Je n'ai pas trop le temps en ce moment de m'adonner à l'écriture frénétique, mais je tenais simplement à rassurer les millions de fans qui fréquentent chaque jour mon blog, qui va être élu le plus lu de l'année 2007.
Donc, je ne suis pas décédé. Tout va bien. La saison sèche est terminée, donc il pleut à verse chaque jour, ce qui garantie l'humidité de la chaleur dès que le soleil se pointe... Les enfants sont en train de terminer les cours et nous les aurons bientôt pour deux mois au foyer, non-stop... L'été s'ra chaud! comme dirait l'autre...
Voilà pour ces quelques nouvelles, je vais tenter d'être plus prolixe dans un prochain message, mais je sais que pendant l'été personne n'a le temps de regarder les blogs, je ne suis pas trop motivé pour écrire...
jeudi 19 juin 2008
jeudi 15 mai 2008
Dimanche 13 Avril
Fatigue fatigue…
Rien de bien grave, c’est seulement l’accumulation de ces quelques mois d’Afrique, à un rythme tout de même soutenu, et sans souffler depuis septembre, qui me met un peu sur les genoux en ce moment. Si on ajoute la chaleur permanente et les enfants qui se déchaînent pas mal ces derniers temps…
Je me retrouve avec quelques plaies suppurantes aux pieds, dues aux cailloux et aux moustiques, et qui ne veulent pas cicatriser, et hier soir, j’ai eu une bonne crise de fièvre, appelée en jargon médical SNF (Saturday Night Fever)… Bref, les pères de la communauté me donnent, sans que je ne leur demande rien, une semaine de repos dans le monastère bénédictin d’Agban, la semaine prochaine, Élie étant absent toute cette semaine. Ouf ! Merci les padres !!
Ora et Dormis
Comme promis, une bonne semaine chez les bénédictins me remet totalement sur pieds. Au milieu de la brousse, loin du bruit de la ville, et à l’abri de la chaleur grâce à l’ombre des arbres, voilà un lieu parfait pour se reposer efficacement.
Il s’agit d’une communauté bénédictine de la branche de St Ottilien, dont je ne connais pas grand chose, sinon qu’ils sont des bénédictins missionnaires, tenant des écoles, aidant la population à se développer etc. Bon, une semaine de retraite/repos ne donne pas lieu à force dissertation… Le tout est de remettre vite le pied à l’étrier.
jeudi 1er mai
Baptême du Palu
Je reprends le temps d’écrire à la suite mon « baptême » du palu. Ça, c’est pas de la petite maladie ! Vraiment, à crever ! Trois jours à 40 de fièvre, des nuits abominables, vomissements, toux, bref, tout ce qu’on peut souhaiter à son pire ennemi…Les pères me disent que je vais en avoir pour une semaine à m’en remettre totalement. Vachement utile le bonhomme !
Petit flash-back sur les semaines passées. Depuis mon retour de repos, la maison a enfin terminé de gros travaux d’aménagement qui étaient en marche depuis que je suis arrivé. Nous avions déjà terminé douches et WC depuis quelques temps, mais nous avons à présent fait des chapes de ciment dans le foyer à peu près partout où il y a avait de la terre avant, ne laissant que le terrain de foot sans ciment. Cela permet aux enfants de se sentir dans un lieu bien propre, qu’ils aient à cœur de respecter.
Concernant les enfants, quelques histoires sur certains, qui me semblent symptomatiques. Tout d’abord Éric. Éric est un garçon de 16 ans, souriant, gentil, que je me suis surpris dès le début à surnommer « gueule d’ange », le genre de type qui fait ses coups en douce. Seulement, en quatre mois, j’ai eu largement le temps de me faire amadouer… Toujours est-il qu’un jour, il y a maintenant un mois de ça, Élie chasse Éric, ainsi que deux autres gars, en leur disant de ne plus remettre les pieds au foyer sans leurs parents, pour leur faire passer l’envie des échappées nocturnes, devenues une habitude pour les gamins concernés. Au bout de deux jours, Éric vient avec une dame, qu’il dit être sa maman. Élie les renvoie tout de suite, il connaît la mère, et ce n’est pas elle. Éric amène alors sa vraie maman pour s’expliquer avec Élie. Celui-ci lui dit que si son fils ne change pas d’attitude, il sera renvoyé du foyer et devra retourner vivre avec elle. Et celle-ci de se défendre, devant son propre fils « Moi, ce garçon n’est plus mon fils, je ne veux plus en entendre parler ! C’est fini. S’il sort d’ici, qu’il se débrouille tout seul ! » Quelle magnifique attitude de mère !
Mais le garçon est tenace, et veut tenter de rester chez sa maman pour finir la semaine. Élie le laisse aller pour qu’il se rende compte de ce qu’il doit au foyer. Effectivement, au bout de seulement une journée, Éric se retrouve seul, au marché, trois ans en arrière. Je lui soignais patiemment une grosse plaie au pied depuis un mois, la voilà qui se réinfecte à fond, l’enfant perd confiance et ne sait plus où il en est. Élie l’envoie alors chercher pour lui donner une autre chance, en lui demandant de bien prendre ses responsabilités à l’avenir.
Éric revient, mais ce n’est pas fini ! Au bout d’une semaine et demie de présence au foyer, il trouve le moyen de se faire confier par sa classe les 2000F d’un concours sportif remporté par eux, et cet idiot mange aussitôt l’argent ! Au lieu de nous demander de l’aide en faisant amende honorable, il fonce encore au marché pour tenter de gagner cet argent en faisant des travaux de chien ! Finalement, pour éviter qu’il se fasse écharper par ses camarades, nous bouclons l’affaire en demandant aux professeurs de ne jamais confier un franc à nos enfants, même aux gueules d’ange ! Et résultat pour Éric, il sera copieusement puni dès son retour par une énorme attaque de palu due aux fatigues qu’il s’est infligé au marché.
Cette histoire montre une fois de plus que ces enfants peuvent revenir bien en arrière pour des bêtises, et nous devons tout le temps revenir à eux pour les aider…
Une autre histoire, plus courte, celle de Baram. En fait, je ne connais même pas son nom mais tout le monde l’appelle « Baram » ce mot semble vouloir dire grossier, dans le sens physique su terme. En effet, ce garçon à une grosse tête un peu niaise, de très grosses mains, et une allure générale pataude et rustre. Ce jeune a fini son temps au foyer Immaculée depuis un an, et il est maintenant à la charge du foyer Don Bosco, c’est-à-dire qu’il suit un apprentissage au centre professionnel, là où vit la communauté.
Il y a un mois et demi, il est parti voler 30 000 francs chez son grand-père. Cela représente environ 40€, ce qui ne parait pas énorme, mais qui est tout de même ici un bon mois de salaire. Au terme de rocambolesques péripéties toutes à la gloire de la maréchaussée locale, il s’échappe du commissariat avant de passer devant le commissaire et nous n’en entendons plus parler.
Cependant, il y à quatre jours, en nous rendant, Élie et moi au foyer, qui croisons-nous, assis sur une pierre ? Baram. Or, il ne cherche pas à nous éviter. Nous allons le voir et nous le voyons avec une infection à la main telle que jamais je n’en aurais imaginée ! La main avait quintuplé de volume, comme si une balle de hand-ball avait poussé dans sa paume. Il nous raconte qu’il est hébergé depuis quelques temps par ses parents, mais qu’il s’est blessé avec un bois qui lui a traversé de part en part la main, et dont un bout a dû rester fiché là ! et les parents qui ne font rien ?! Ce n’est pas par pauvreté, ceux-ci ont les moyens de l’emmener à l’hôpital, mais c’est parce qu’ils n’en ont rien à faire ! Quel scandale de voir tant d’irresponsabilité de la part des parents ! Et des histoires comme ça, il y en a plein d’autres ! Et si Baram ne nous avait pas croisé ? Il aurait pu mourir de septicémie ou de ce genre de saloperie !
Enfin, pour cette fois-ci, c’est bon, Don Bosco était sur le coup !
jeudi 3 avril 2008
Mardi 1er Avril
Mardi 1er Avril
Quelques temps que j’ai lâché le clavier…
Samedi dernier, moment très touchant de communauté, de famille. Un père salésien de la communauté de Bamako est mort dans un accident de voiture impliquant toute sa communauté en retour de journée de retraite. Il a été éjecté de la voiture, partie en tonneaux à cause de l’explosion d’un pneu. Un jeune prêtre catalan, de quarante-cinq ans, très aimé dans la province, et prometteur pour l’avenir. Mais voilà, le Bon Dieu en avait besoin pour une autre mission.
C’est pour moi l’occasion de constater à quel point une province religieuse est une famille. Tous les pères étaient consternés, vraiment atterrés. On voyait bien qu’ils avaient perdu plus qu’un confrère-collègue. Ils ont perdu un frère tout court. Même s’ils n’ont jamais vécu avec lui en communauté, même s’ils ne le connaissaient finalement pas si bien que ça, ils ont été touchés profondément par sa disparition. Les chères petites sœurs salésiennes de Kara sont venu présenter leurs condoléance comme si un père d’ici était mort, et ce ne furent pendant deux jours que des souvenirs évoqués, des coups de téléphone dans tous les sens, pour comprendre comment, pour s’expliquer pourquoi. Surtout une grande compassion pour le conducteur de la voiture, responsable mais non coupable comme disait Georgina, mais qui devra vivre avec ça toute sa vie.
Je dois avouer que je ne suis quant à moi pas personnellement touché par cette disparition, mais elle me permet de mieux toucher du doigt le mystérieux et profond lien qui unit ces hommes si différents dans un même corps, et cela me fait peut être mieux comprendre l’Église…
Quelques temps que j’ai lâché le clavier…
Samedi dernier, moment très touchant de communauté, de famille. Un père salésien de la communauté de Bamako est mort dans un accident de voiture impliquant toute sa communauté en retour de journée de retraite. Il a été éjecté de la voiture, partie en tonneaux à cause de l’explosion d’un pneu. Un jeune prêtre catalan, de quarante-cinq ans, très aimé dans la province, et prometteur pour l’avenir. Mais voilà, le Bon Dieu en avait besoin pour une autre mission.
C’est pour moi l’occasion de constater à quel point une province religieuse est une famille. Tous les pères étaient consternés, vraiment atterrés. On voyait bien qu’ils avaient perdu plus qu’un confrère-collègue. Ils ont perdu un frère tout court. Même s’ils n’ont jamais vécu avec lui en communauté, même s’ils ne le connaissaient finalement pas si bien que ça, ils ont été touchés profondément par sa disparition. Les chères petites sœurs salésiennes de Kara sont venu présenter leurs condoléance comme si un père d’ici était mort, et ce ne furent pendant deux jours que des souvenirs évoqués, des coups de téléphone dans tous les sens, pour comprendre comment, pour s’expliquer pourquoi. Surtout une grande compassion pour le conducteur de la voiture, responsable mais non coupable comme disait Georgina, mais qui devra vivre avec ça toute sa vie.
Je dois avouer que je ne suis quant à moi pas personnellement touché par cette disparition, mais elle me permet de mieux toucher du doigt le mystérieux et profond lien qui unit ces hommes si différents dans un même corps, et cela me fait peut être mieux comprendre l’Église…
Semaine Sainte
Semaine Sainte
Une très belle semaine sainte. Vraiment forte, pieuse, et bien célébrée. Mention spéciale pour le chemin de croix du vendredi saint. C’en fut un vrai de vrai !
Nous partons dès sept heures de la paroisse, la tête encore dans le pâté, pour faire une marche de deux heures dans la brousse derrière la paroisse, par une chaleur étouffante dès huit heure. La foule est nombreuse, nous marchons sur ce terrain pierreux et aride qui permet bien d’imaginer la marche du Christ hors de la Ville Sainte. Les enfants courent partout, les femmes portent courageusement leur bébé sur le dos, malgré le soleil qui nous frappe et la poussière qui nous fait suffoquer. Au bout d’une heure et demie, nous ne pensons plus qu’à boire, mais nous nous agenouillons dans les pierres « nous t’adorons ô Christ, et nous te bénissons ! ». Les stations se succèdent, en kabiyé ou en français, avec de simples mais efficaces méditations qui nous font rentrer dans le mystère que nous célébrons et auquel nous participons. Le P. Paco m’impressionne de stoïcisme et de résistance physique, du haut de ses soixante-dix ans, il prend la tête avec une grande et grave autorité, il ne semble même pas souffrir de la chaleur, du moins ne le montre-t-il pas, et il nous conduis ainsi à la fin de notre marche, en un lieu accidenté, bien « golgothique », où nous achevons notre prière.
Notre marche prend fin à deux pas du centre professionnel, à ma grande surprise. Je me croyais au milieu de nulle part… Je peux paresseusement rentrer m’abreuver et prendre une douche, alors que les fidèles doivent prendre le chemin du retour, toujours sous le soleil, pour retourner à la paroisse. Les enfants du foyer rentrent à pied également, et j’arriverai avant eux, ayant eu le temps de prendre une douche et de boire un coup. Je suis édifié par la résistance physique dont font preuve tous ces gens, habitués à la marche sous le soleil, sans boire.
L’après-midi, célébration de la Passion et vénération de la Sainte Croix, toujours aussi recueillie. Cette fois, heureusement, la passion est en français et elle n’est pas mimée, ce qui permet un plus grand calme et plus de prière. Le soir, le P. José-Luis revient d’un village perdu dans la brousse, dans lequel la Passion a été célébrée pour la première fois. Il est très ému de la ferveur de ces quarante-cinq chrétiens, qu’il a pu confesser et communier dans le plus profond recueillement. Il était touché de leur patience, d’autant plus qu’ils auraient à retourner chez eux dans la nuit, au milieu de la brousse et des serpents. Les villages ici ne sont pas des regroupements de maisons collées les unes aux autres, elles sont au contraire souvent très éloignées les unes des autres, en fonction des terres cultivables, des points d’eau etc.
Pâques
Un millier de participants, tous en plein air, un feu immense, une panne de courant, quatre-vingt baptêmes d’adultes, trente première communions, dix confirmations, huit lectures, six gouttes de pluie, quatre heures de célébration, trois chorales, un seul sauveur…
Non, ce n’est pas le dernier spectacle de Robert Hossein, c’est une veillée pascale à Kara… Et encore, devant mon émotion à la vue des catéchumènes, un fidèle me dit qu’à la Cathédrale, ils sont environ cinq cent !!!
Émotion, recueillement, prière, mais certainement pas ennui en cette sainte nuit qui a pris fin à deux heures du matin. J’avoue que j’avais peur avant d’y être, les longueurs dans de telles célébrations sont parfois étouffantes, mais peut être suis-je devenu patient, et en tout cas l’Esprit Saint était là ! Vraiment une magnifique messe, une ampleur et une ferveur, parfois un peu distraite par la pluie, les sautes de courant, ou des couacs musicaux m’ont profondément édifié. Ce qui est touchant, ce sont particulièrement les applaudissements et les you-yous à chaque nouveau baptisé, accueilli dans une communauté consciente du mystère célébré et de la joie qui en est le fruit.
Nous avions emmené nos enfants avec Élie, mais ils se sont vite réfugiés dans le camion pour y dormir paisiblement, veillés sueñiosement (jeux de mot bilingue pour les amateurs…) par le frère, terrassé par de nombreuses activités ces derniers temps… Cette fatigue passagère des enfants ne les empêchera pas de danser jusqu’à l’aube à la maison, mais ce sera sans moi, on dort sois pendant, sois après la messe…
Le jour de Pâques, nous nous retrouvons en communauté autour d’un repas pantagruélique, comme à son habitude admirablement concocté par notre cuisinier de choc, Coffi, qui, au passage, malgré son nom fait le café le plus dégueulasse d’Afrique, mais puisque c’es la seule chose qu’il rate, on lui pardonne… J’écris précisément en digérant le gigot de porc et les autres délicieusetés abondamment mises à notre menu. Je ne vais pas tarder à retourner au foyer où les enfants doivent être en train de roupiller paisiblement, repus d’un bon repas servi par nos chères mamans.
Une très belle semaine sainte. Vraiment forte, pieuse, et bien célébrée. Mention spéciale pour le chemin de croix du vendredi saint. C’en fut un vrai de vrai !
Nous partons dès sept heures de la paroisse, la tête encore dans le pâté, pour faire une marche de deux heures dans la brousse derrière la paroisse, par une chaleur étouffante dès huit heure. La foule est nombreuse, nous marchons sur ce terrain pierreux et aride qui permet bien d’imaginer la marche du Christ hors de la Ville Sainte. Les enfants courent partout, les femmes portent courageusement leur bébé sur le dos, malgré le soleil qui nous frappe et la poussière qui nous fait suffoquer. Au bout d’une heure et demie, nous ne pensons plus qu’à boire, mais nous nous agenouillons dans les pierres « nous t’adorons ô Christ, et nous te bénissons ! ». Les stations se succèdent, en kabiyé ou en français, avec de simples mais efficaces méditations qui nous font rentrer dans le mystère que nous célébrons et auquel nous participons. Le P. Paco m’impressionne de stoïcisme et de résistance physique, du haut de ses soixante-dix ans, il prend la tête avec une grande et grave autorité, il ne semble même pas souffrir de la chaleur, du moins ne le montre-t-il pas, et il nous conduis ainsi à la fin de notre marche, en un lieu accidenté, bien « golgothique », où nous achevons notre prière.
Notre marche prend fin à deux pas du centre professionnel, à ma grande surprise. Je me croyais au milieu de nulle part… Je peux paresseusement rentrer m’abreuver et prendre une douche, alors que les fidèles doivent prendre le chemin du retour, toujours sous le soleil, pour retourner à la paroisse. Les enfants du foyer rentrent à pied également, et j’arriverai avant eux, ayant eu le temps de prendre une douche et de boire un coup. Je suis édifié par la résistance physique dont font preuve tous ces gens, habitués à la marche sous le soleil, sans boire.
L’après-midi, célébration de la Passion et vénération de la Sainte Croix, toujours aussi recueillie. Cette fois, heureusement, la passion est en français et elle n’est pas mimée, ce qui permet un plus grand calme et plus de prière. Le soir, le P. José-Luis revient d’un village perdu dans la brousse, dans lequel la Passion a été célébrée pour la première fois. Il est très ému de la ferveur de ces quarante-cinq chrétiens, qu’il a pu confesser et communier dans le plus profond recueillement. Il était touché de leur patience, d’autant plus qu’ils auraient à retourner chez eux dans la nuit, au milieu de la brousse et des serpents. Les villages ici ne sont pas des regroupements de maisons collées les unes aux autres, elles sont au contraire souvent très éloignées les unes des autres, en fonction des terres cultivables, des points d’eau etc.
Pâques
Un millier de participants, tous en plein air, un feu immense, une panne de courant, quatre-vingt baptêmes d’adultes, trente première communions, dix confirmations, huit lectures, six gouttes de pluie, quatre heures de célébration, trois chorales, un seul sauveur…
Non, ce n’est pas le dernier spectacle de Robert Hossein, c’est une veillée pascale à Kara… Et encore, devant mon émotion à la vue des catéchumènes, un fidèle me dit qu’à la Cathédrale, ils sont environ cinq cent !!!
Émotion, recueillement, prière, mais certainement pas ennui en cette sainte nuit qui a pris fin à deux heures du matin. J’avoue que j’avais peur avant d’y être, les longueurs dans de telles célébrations sont parfois étouffantes, mais peut être suis-je devenu patient, et en tout cas l’Esprit Saint était là ! Vraiment une magnifique messe, une ampleur et une ferveur, parfois un peu distraite par la pluie, les sautes de courant, ou des couacs musicaux m’ont profondément édifié. Ce qui est touchant, ce sont particulièrement les applaudissements et les you-yous à chaque nouveau baptisé, accueilli dans une communauté consciente du mystère célébré et de la joie qui en est le fruit.
Nous avions emmené nos enfants avec Élie, mais ils se sont vite réfugiés dans le camion pour y dormir paisiblement, veillés sueñiosement (jeux de mot bilingue pour les amateurs…) par le frère, terrassé par de nombreuses activités ces derniers temps… Cette fatigue passagère des enfants ne les empêchera pas de danser jusqu’à l’aube à la maison, mais ce sera sans moi, on dort sois pendant, sois après la messe…
Le jour de Pâques, nous nous retrouvons en communauté autour d’un repas pantagruélique, comme à son habitude admirablement concocté par notre cuisinier de choc, Coffi, qui, au passage, malgré son nom fait le café le plus dégueulasse d’Afrique, mais puisque c’es la seule chose qu’il rate, on lui pardonne… J’écris précisément en digérant le gigot de porc et les autres délicieusetés abondamment mises à notre menu. Je ne vais pas tarder à retourner au foyer où les enfants doivent être en train de roupiller paisiblement, repus d’un bon repas servi par nos chères mamans.
jeudi 13 mars 2008
Du 29 février au 6 mars
Semaine assez routinière, je dirais « coolôss »…
La chaleur est arrivée, vraiment forte. Et cette fois je ne suis pas le seul à le dire ! Il fait en permanence plus de 35° à l’ombre, et le soleil est écrasant. Je me suis rendu compte de la chaleur ambiante l’autre jour en moto, l’air qui m’arrivait ne me rafraichissait pas, comme c’est l’habitude en moto, mais il était presque brulant. Vers 14h, au plus chaud de la journée, on respire vraiment comme devant un sèche-cheveux, ce qui n’est pas le plus agréable…
Résultat, on aime son ventilateur et on boit quatre litres d’eau, mais ça n’empêche pas vraiment de vivre.
Prise de conscience l’autre jour, je suis décidément nul en math… J’aide les collégiens à faire leurs devoirs tous les jours pendant une heure et demie, et je veux qu’ils travaillent les maths, matière capitale pour réussir, alors qu’ils ne veulent apprendre que l’histoire et l’anglais (tiens, ça me rappelle quelqu’un…). Bref, je me suis mis fièrement à aider Tchapo, un gars de 3e, dans un exercice de physique, ou il fallait multiplier… 13, 6 par 250 pour calculer une masse volumique, et voilà que je suis incapable de calculer ce truc à cause de la virgule et de mes fautes d’inattention. J’en ai rajouté pour faire passer le truc et ne pas trop passer pour une tâche, et j’ai hurlé « Élie ! Élie ! AU SECOUR ! », il est arrivé et a explosé de rire en voyant le calcul qui me tenait en échec. Heureusement, les enfants sont persuadés que je suis super fort en maths, même quand je leur assure que je suis nul ! Ils me regardent en souriant, l’air de dire « te fatigue pas, on sait que tu fais exprès de te planter ». Et pourtant la vérité sort de la bouche des enfants…
Vision étonnante également dans la semaine, une troupe de soldat en route alors que je vais au foyer. Au moins cent cinquante gaillards, éparpillés sur deux kilomètres, débraillés, habillés d’uniformes d’au moins cinq armées différentes, et armés de superbes fusils à culasse flambants…vieux… qui ont sûrement été rejetés pour vétusté avant la première guerre. Elle est belle l’armée, c’est sécurisant pour les gens !
lundi 25 février 2008
Du 14 au 29 février
Jeudi 14 février
Ce soir, nous accueillons le père Juan, italien des missions étrangères d’Espagne. C’est l’occasion de voir ce que la mission peut être. Ce prêtre est depuis trois ans dans une petite paroisse du diocèse de Dapaon, le diocèse le plus éloigné de Lomé, au nord-est du Togo, à la frontière avec le Bénin.
Quand il est arrivé, il a bâti de ses propres mains la maison dans laquelle il vit maintenant, il a fait ses briques et monté ses murs. Maintenant, il n’a toujours ni eau, ni électricité, et seulement 15 chrétiens dans sa paroisse. Quel héroïsme ! On voit dans ses yeux la sainte folie du missionnaire qui sème dans les larmes comme dit le psaume, et qui garde l’espoir de moissonner dans la joie. Mais quelle semence ! Je suis vraiment impressionné de rencontrer un prêtre qui est le premier missionnaire quelque part. Nous ne nous rendons pas compte, en Europe, de ce que c’est qu’arriver dans un endroit et d’annoncer le Christ. Ici, il y a encore des villages qui n’ont pas vu de prêtre. L’autre jour, Don Paco, le curé de la paroisse, revenait tard pour le déjeuner du dimanche et il était tout joyeux. Je lui ai demandé la cause de cette allégresse, et il m’a répondu qu’il venait de célébrer la première messe dans un village. C’était la première fois qu’une messe était célébrée là-bas ! J’en ai eu les larmes aux yeux, je me suis dit « alors il y a encore du boulot, ce n’est pas de l’histoire ancienne ». La première mission me semblait limitée à des époques lointaines d’expéditions épiques a cheval dans des lieux non encore cartographiés, mais ce n’est pas vrai, deux mille ans après l’envoi, les disciples courent encore de par le monde ! Qu’il est vaste !
vendredi 15 février
Le P. José-Luis a fait livrer cette semaine vingt camions de sable pour recouvrir notre terrain de foot, établi sur une ancienne décharge à gravats, et qui laisse affleurer de gros bouts de parpaings qui entaillent sérieusement les pieds pourtant solides de nos chenapans. Le vendredi, beaucoup d’entre eux n’ont pas cours, alors nous leur demandons de commencer à étaler le sable, avec quelques pelles et houes qui nous sont prêtées.
Je m’imagine qu’ils vont mettre un temps fou à pelleter ces tonnes de sable, mais ils y passent l’après-midi, déployant une impressionnante énergie, et abattent à dix les trois quarts du travail. A la fin de la journée, je me mets au travail avec eux pour leur faire plaisir. Je ne croyais vraiment pas les surprendre à ce point là en prenant la pelle en main ! Ils étaient tous persuadés qu’un « ensayi » (blanc) ne pouvait pas faire de travaux de ce genre. Ils me prient tout de suite de m’arrêter, croyant d’abord que je vais mal faire, puis que je vais me blesser. Je travaille une heure avec eux, juste le temps de me flinguer le dos, furieux de ma faiblesse. Le P. José-Luis me rassure ensuite, m’expliquant qu’une pelletée par ce climat en vaut deux en Europe et qu’il est normal de travailler bien moins longtemps que les gens d’ici, qui vont douuuouuucement…mais sûrement !
Mardi 19 Février
Aujourd’hui reparait John, un de nos enfants, âgé de onze ans, un garçon calme et serviable. Il a passé la semaine dernière en fuite. C’est l’occasion de me rendre compte de la fragilité de notre travail auprès de ces enfants. Nous sommes dans une position délicate vis-à-vis d’eux. D’un côté, nous voulons à tout prix les sauver de leur situation d’instabilité, nous voulons leur donner un avenir meilleur que ce que leur passé leur promet, mais de l’autre, nous ne pouvons rien faire pour eux sans eux, et ils nous le rappellent souvent sans s’en rendre compte.
Ainsi John fuit parce qu’il n’avait pas payé de la bouillie qu’il avait prise au marché et il avait peur d’éventuelles représailles au foyer. Au bout de deux ans ici, il en est toujours à ce niveau d’instabilité qu’il cache d’ailleurs très bien. Nous devons alors reprendre avec lui les choses en amont pour lui réexpliquer que la fuite n’est pas une solution etc. mais comprendra-t-il un jour ? Comprendront-ils un jour ?
Certains sont au foyer depuis près de cinq ans mais restent des gamins farouches, la tête pleine de combines et de manigances. C’est parfois assez décourageant… Mais bon, nous faisons notre travail, nous leur donnons ce que nous pouvons et le Bon Dieu fait le reste !
Vendredi 22 février
Chaque vendredi, je dors au foyer, et je projette un film sur la terrasse aménagée au dessus des classes, c’est notre cinéma hebdomadaire. Je passe la semaine à motiver les enfants pour voir des films autres que ceux qu’ils affectionnent naturellement, des espèces de films de Kung-fu sans scénario, seulement pleins de combats.
Aujourd’hui, je leur passe Indiana Jones et le temple maudit. J’adorais ce film étant petit et je suis convaincu de l’effet. C’est réellement magique. Nous avons un problème logistique avec le son, ce qui empêche de bien saisir les dialogues, mais les enfants suivent très bien l’histoire et hurlent comme des fous pendant les bagarres. Tonnerre d’applaudissement quand Indiana Jones reprends ses esprits après avoir été ensorcelé par le méchant sorcier-qui-enlève-le-cœur-de-gens…
Samedi 23 février
Aujourd’hui, pèlerinage diocésain. Les grands partent avec Élie et deux éducateurs, je dois rester avec les petits parce que quelqu’un doit bien le faire, et j’ai de toutes les façons des entailles aux pieds à cause de la sècheresse qui me dissuadent de la marche.
Ambiance…énergique… Je suis seul avec les vingt-trois plus jeunes, qui sont évidemment les plus turbulents, et je me retrouve à essayer de faire étudier des CE1 en empêchant deux CP de s’étrangler, pour courir chez les CE2 qui jouent au ballon dans la salle de classe, puis il faut soigner les blessures habituelles pendant qu’un enfant se fait frapper par un plus fort parce qu’il refuse de faire sa lessive… Waouh ! Bonne journée !
Je cède à la facilité en les mettant devant la télé, meilleur baby-sitter du monde…
Dimanche 24 février
La chaleur commence… L’harmattan donne ses derniers souffles poussiéreux et on sent le soleil derrière qui arrive, redoutable. Quand le vent tombe, la chaleur est vraiment déjà forte, on sent l’air nous brûler le nez comme quand on se tient devant un four ouvert. Je suis impressionné par la résistance physique de nos cuisinières qui tournent la pâte de maïs sur le feu, avec d’immenses spatules, dans une chaleur suffocante, sans compter la fumée puisqu’il n’y a pour ainsi dire pas de cheminée dans la cuisine.
Ce soir, nous accueillons le père Juan, italien des missions étrangères d’Espagne. C’est l’occasion de voir ce que la mission peut être. Ce prêtre est depuis trois ans dans une petite paroisse du diocèse de Dapaon, le diocèse le plus éloigné de Lomé, au nord-est du Togo, à la frontière avec le Bénin.
Quand il est arrivé, il a bâti de ses propres mains la maison dans laquelle il vit maintenant, il a fait ses briques et monté ses murs. Maintenant, il n’a toujours ni eau, ni électricité, et seulement 15 chrétiens dans sa paroisse. Quel héroïsme ! On voit dans ses yeux la sainte folie du missionnaire qui sème dans les larmes comme dit le psaume, et qui garde l’espoir de moissonner dans la joie. Mais quelle semence ! Je suis vraiment impressionné de rencontrer un prêtre qui est le premier missionnaire quelque part. Nous ne nous rendons pas compte, en Europe, de ce que c’est qu’arriver dans un endroit et d’annoncer le Christ. Ici, il y a encore des villages qui n’ont pas vu de prêtre. L’autre jour, Don Paco, le curé de la paroisse, revenait tard pour le déjeuner du dimanche et il était tout joyeux. Je lui ai demandé la cause de cette allégresse, et il m’a répondu qu’il venait de célébrer la première messe dans un village. C’était la première fois qu’une messe était célébrée là-bas ! J’en ai eu les larmes aux yeux, je me suis dit « alors il y a encore du boulot, ce n’est pas de l’histoire ancienne ». La première mission me semblait limitée à des époques lointaines d’expéditions épiques a cheval dans des lieux non encore cartographiés, mais ce n’est pas vrai, deux mille ans après l’envoi, les disciples courent encore de par le monde ! Qu’il est vaste !
vendredi 15 février
Le P. José-Luis a fait livrer cette semaine vingt camions de sable pour recouvrir notre terrain de foot, établi sur une ancienne décharge à gravats, et qui laisse affleurer de gros bouts de parpaings qui entaillent sérieusement les pieds pourtant solides de nos chenapans. Le vendredi, beaucoup d’entre eux n’ont pas cours, alors nous leur demandons de commencer à étaler le sable, avec quelques pelles et houes qui nous sont prêtées.
Je m’imagine qu’ils vont mettre un temps fou à pelleter ces tonnes de sable, mais ils y passent l’après-midi, déployant une impressionnante énergie, et abattent à dix les trois quarts du travail. A la fin de la journée, je me mets au travail avec eux pour leur faire plaisir. Je ne croyais vraiment pas les surprendre à ce point là en prenant la pelle en main ! Ils étaient tous persuadés qu’un « ensayi » (blanc) ne pouvait pas faire de travaux de ce genre. Ils me prient tout de suite de m’arrêter, croyant d’abord que je vais mal faire, puis que je vais me blesser. Je travaille une heure avec eux, juste le temps de me flinguer le dos, furieux de ma faiblesse. Le P. José-Luis me rassure ensuite, m’expliquant qu’une pelletée par ce climat en vaut deux en Europe et qu’il est normal de travailler bien moins longtemps que les gens d’ici, qui vont douuuouuucement…mais sûrement !
Mardi 19 Février
Aujourd’hui reparait John, un de nos enfants, âgé de onze ans, un garçon calme et serviable. Il a passé la semaine dernière en fuite. C’est l’occasion de me rendre compte de la fragilité de notre travail auprès de ces enfants. Nous sommes dans une position délicate vis-à-vis d’eux. D’un côté, nous voulons à tout prix les sauver de leur situation d’instabilité, nous voulons leur donner un avenir meilleur que ce que leur passé leur promet, mais de l’autre, nous ne pouvons rien faire pour eux sans eux, et ils nous le rappellent souvent sans s’en rendre compte.
Ainsi John fuit parce qu’il n’avait pas payé de la bouillie qu’il avait prise au marché et il avait peur d’éventuelles représailles au foyer. Au bout de deux ans ici, il en est toujours à ce niveau d’instabilité qu’il cache d’ailleurs très bien. Nous devons alors reprendre avec lui les choses en amont pour lui réexpliquer que la fuite n’est pas une solution etc. mais comprendra-t-il un jour ? Comprendront-ils un jour ?
Certains sont au foyer depuis près de cinq ans mais restent des gamins farouches, la tête pleine de combines et de manigances. C’est parfois assez décourageant… Mais bon, nous faisons notre travail, nous leur donnons ce que nous pouvons et le Bon Dieu fait le reste !
Vendredi 22 février
Chaque vendredi, je dors au foyer, et je projette un film sur la terrasse aménagée au dessus des classes, c’est notre cinéma hebdomadaire. Je passe la semaine à motiver les enfants pour voir des films autres que ceux qu’ils affectionnent naturellement, des espèces de films de Kung-fu sans scénario, seulement pleins de combats.
Aujourd’hui, je leur passe Indiana Jones et le temple maudit. J’adorais ce film étant petit et je suis convaincu de l’effet. C’est réellement magique. Nous avons un problème logistique avec le son, ce qui empêche de bien saisir les dialogues, mais les enfants suivent très bien l’histoire et hurlent comme des fous pendant les bagarres. Tonnerre d’applaudissement quand Indiana Jones reprends ses esprits après avoir été ensorcelé par le méchant sorcier-qui-enlève-le-cœur-de-gens…
Samedi 23 février
Aujourd’hui, pèlerinage diocésain. Les grands partent avec Élie et deux éducateurs, je dois rester avec les petits parce que quelqu’un doit bien le faire, et j’ai de toutes les façons des entailles aux pieds à cause de la sècheresse qui me dissuadent de la marche.
Ambiance…énergique… Je suis seul avec les vingt-trois plus jeunes, qui sont évidemment les plus turbulents, et je me retrouve à essayer de faire étudier des CE1 en empêchant deux CP de s’étrangler, pour courir chez les CE2 qui jouent au ballon dans la salle de classe, puis il faut soigner les blessures habituelles pendant qu’un enfant se fait frapper par un plus fort parce qu’il refuse de faire sa lessive… Waouh ! Bonne journée !
Je cède à la facilité en les mettant devant la télé, meilleur baby-sitter du monde…
Dimanche 24 février
La chaleur commence… L’harmattan donne ses derniers souffles poussiéreux et on sent le soleil derrière qui arrive, redoutable. Quand le vent tombe, la chaleur est vraiment déjà forte, on sent l’air nous brûler le nez comme quand on se tient devant un four ouvert. Je suis impressionné par la résistance physique de nos cuisinières qui tournent la pâte de maïs sur le feu, avec d’immenses spatules, dans une chaleur suffocante, sans compter la fumée puisqu’il n’y a pour ainsi dire pas de cheminée dans la cuisine.
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