mercredi 19 décembre 2007

Journée de voyage

Mardi 18 décembre

Je suis sensé partir mardi matin en compagnie du P. provincial, directement pour Lomé. Cependant, comme le disait Don Bosco, ce qu’il faut prévoir, c’est l’imprévu. Je ne parts pas avec le provincial, et mon billet d’avion ne va pas directement au Togo, mais me fait atterrir à Cotonou, capitale du Bénin, pour me rendre par la route à Lomé, 150 km plus loin sur la côte.
Voilà pour le compte rendu lapidaire des évènements. Je détaille à présent les modestes péripéties qui rythment le voyage, et qui le rendent digne d’être écrit pour souvenir.
Je vais à Yaoundé comme prévu dimanche dans l’après-midi pour rejoindre Douala le lendemain matin tôt, profitant de la compagnie du P. Sabe, l’économe provincial qui se rend lui-même au Centre-Afrique et qui prend l’avion à la capitale. Il me fait déposer à la procure des missions pour que j’y passe la journée, que j’y retrouve le soir le provincial devant arriver du Congo, et que j’en parte le lendemain matin pour prendre mon avion.
C’est en me laissant à la procure que le P. Sabe m’annonce qu’il m’a finalement pris un billet pour Cotonou, ce qui ne manque pas de me soucier un minimum, étant donné que je n’ai pas de visa pour le Bénin… Heureusement, me dis-je, je serai avec le provincial, qui est habitué à ce genre de manœuvre, tout ira pour le mieux.
Je reste donc à la procure des missions, vaste bâtisse au centre de Douala. Je me pose dans un fauteuil, pour lire un peu la matinée et me promener dans l’après-midi. Je rencontre au déjeuner un belge, d’une septantaine d’années, mordu de voyage depuis le début de sa vie active, et qui, depuis qu’il est « pensionné » passe le plus clair de son temps à voyage de part le monde. Nous passons une partie de l’après-midi à discuter ; il me raconte des voyages de quinze mois qui le mènent de la Belgique à l’Australie en traversant tous les pays de l’Europe de l’Est, la Russie puis la Chine etc. Il aime beaucoup la Chine et y va régulièrement. Sa discussion me fait passer le temps et son accent liégeois n’est pas sans rappeler le P. Piret, même s’il n’aime pas qu’on le lui dise.
Bref, nous passons l’après-midi ainsi, pénardement installés à discuter. Nous sommes rejoints ensuite par un personnage haut en couleurs, un visage à la Sim, brûlé par le soleil, dégingandé, sec comme un coup de trique. Il a une soixante-dizaine d’années, passées toute en Afrique. Son père était technicien dans le béton, il a participé à la mise en place du chemin de fer au Cameroun, puis à la seconde guerre. Frddy, puisque c’est son nom, a donc suivi son père puis l’a lâché pour se lancer dans des affaires semble-t-il assez douteuses de paillotes à frites, puis dans la mécanique. Un type autant mytho qu’amusant, et il est très amusant… Subodorant ma condition, il se lance dans une série de blagues de corps de garde, avec lesquelles il espère (gentiment) me mettre mal à l’aise, mais j’en connais certaines et rie aux autres (tiens, qui l’eût cru ?). Adopté. Il me prend rapidement en amitié et nous nous asseyions pour refaire le monde, il expose ses grandes théories sur la guerre en Irak, sur les juifs, sur l’uranium appauvrit, le tout ponctué par des blagues et des saillies qui me donnent l’impression d’être aux grosses têtes. « et maintenant, une question de madame Chombier, de Bâle… ».
Tout se passe donc bien, mais, voyant le soir venir, je commence à m’inquiéter un peu de l’absence du provincial. Je demande au frère hôtelier, qui me dit que le provincial est inscrit… trois jours plus tard !
Eh bien, ils communiquent entre eux les salésiens, c’est beau à voir ! Je me rassure tout de même en me disant que seul ou avec lui, le voyage ne sera pas si compliqué que ça. C’est juste le principe qui m’énerve.
Départ le lendemain, poireautage de trois heures à l’aéroport à cause de la convocation pour l’enregistrement. Je ne me plains pas, je vois sur les tableaux d’affichages qu’un vol en partance pour Abidjan a… 13 heures de retard !
La compagnie s’appelle « Toumaï Air Tchad », ce qui m’incite mine de rien à écouter avec plus d’attention que d’habitude les consignes en cas de crash… Mais ces quelques lignes prouvent que le vol s’est bien passé.
Arrivé à l’aéroport de Cotonou, par une chaleur sèche, très différente de Douala, et à mon goût plus supportable, je m’adresse au gars de l’immigration en lui expliquant ma situation de transit sans visa etc. Il est très conciliant et me donne un cachet, sans autre forme de procès.
Je prends ensuite un taxi pour qu’il m’emmène au car pour me rendre à Lomé, mais il me convainc qu’il vaut mieux louer un taxi pour faire les 150km, les cars étant des charters, je suis sûr de ne pas partir après la nuit, et je ne suis pas sûr d’arriver… Bon, j’accepte en négociant le prix à 25000CFA, soit environ 40€. Je mets mes affaires dans le nouveau taxi, sous l’œil vigilant de celui qui m’a conduit depuis l’aéroport. Le nouveau chauffeur réclame d’être payé d’avance alors que l’autre a le dos tourné. Je n’y vois pas d’inconvénient, me disant qu’à sa place je me méfierais avant de faire un tel trajet. Mais quand le premier voit que j’ai payé, il se met en colère en menaçant l’autre s’il ose me larguer en brousse. Voilà qui me rassure… Je n’avais pas pensé à ce genre de manœuvre. Et me voilà, parano comme je suis, à stresser pendant tout le début du voyage, puis quand il me fait descendre à la frontière pour les formalités de visa, je suis persuadé qu’il va m’abandonner en piquant tout mon avoir. Mais non, ce type est aussi antipathique qu’honnête, et rapide, ce qui est appréciable étant donné le temps perdu à la frontière à cause des camions.
J’y perds d’ailleurs 15€ à cause de ma niaiserie administrative. Comme une bille, je me présente au bureau du Bénin d’abord, alors que je n’en ai aucun besoin. Je sors du pays ! Mais les gars m’attrapent, voyant mon visa irrégulier, et me font payer un visa de 48h, soi-disant pour que je n’ai pas de problème au poste togolais. Ces derniers sont trop occupés à essayer de rançonner un groupe de nigériens qui récriminent et me mettent négligemment le tampon, sans évidemment regarder mon visa Béninois, ce qui n’est pas leur affaire…
Les cinquante km restants se passent sans encombre, dans ce paysage très différent du Cameroun. Je cite au passage deux noms de villes exotiques que nous avons traversées au Bénin, la ville de Ouidah, au joli nom et au séminaire où travaille, je crois, un ancien de l'IET, puis la ville de Grand-Popo, qui je crois se dit "Ka-Kah" en langue locale... (sans commentaire).

La saison des pluies vient de s’achever, et la végétation est très verte, bien qu’assez rase par rapport à la forêt tropicale. Sur la droite donc, cette savane verte, avec quelques maisons en parpaing ou quelques cases dont les murs sont faits de feuilles de palmier. Sur la gauche, nous apercevons de temps en temps la mer, bordée par une plage de sable qui à l'air très jolie ; j'essaierai d'y aller demain!
L’habitat est très différent du Cameroun, ce dont je m’étais rendu compte dès Cotonou. Cette ville est très basse, encore plus qu’Ebolowa, où quelques bâtiments comptent plusieurs étages ; Cotonou en a encore moins. Il y a beaucoup moins de monde dans les rues, moins de bruit, plus de poussière et de vent qu’à Douala ou Yaoundé.
J’arrive ensuite à Lomé, où je trouve assez vite le théologat salésien, où je suis accueilli par les huit formateurs, et les cinquante séminaristes, venant de trois provinces
s’étendant du Sénégal au Gabon.

lundi 17 décembre 2007

Le Depart approche


samedi 15 décembre 2007

Nous sommes samedi, demain je m’en vais. Déjà, enfin, je ne sais pas tellement. Les choses se sont précipitées cette semaine, sans que je ne me rendes compte que j’allais déjà m’en aller.

Mardi, je dois aller à Yaoundé pour faire mon visa pour le Togo, or j’apprends lundi soir que finalement il n’y a pas de consulat à Yaoundé, ce qui veut dire que je dois me rendre à Douala. Pas de problème, j’ai deux jours sans cours devant moi, cela devrait suffire. La suite me montrera que rien n’est si simple que ça ici décidément. Il est donc prévu que j’aille à Yaoundé le mardi matin pour tenter de foncer à Douala, 3h de route plus loin, dès l’après-midi pour coucher à Douala et faire le chemin du retour mercredi matin.
Je prends donc le car « Buca Voyage » mardi matin, après la messe de 6h30, et l’aventure commence. C’est mon premier voyqge en « car » ici, et c’est pas mal. D’abord, il faut comprendre ce que veut dire « car ». Il y a deux types de cars, le car « prestige », c’est-à-dire un véhicule comparable à ceux qu’on prend en France, et dans lesquels on rechigne à passer plus de deux heures, puis il y a les cars normaux, ceux…qu’on ne voit pas en France… Déjà, les inscriptions qui y sont faites sont pour le moins inquiétantes. « Dieu est avec nous » « roulons prudemment, le ciel est pour plus tard » et autres « à la grâce de Dieu ». Ce qui veut dire qu’on ne doit pas compter sur le chauffeur…Je ne condamne pas la confiance en la Divine Providence, mais j’ai tendance à dire « aide toi et le ciel t’aidera ». De plus, dans le car, des affichettes nous rappellent qu’il faut engueuler le chauffeur quand celui-ci roule trop vite. Bon ! Voilà du voyage participatif en perspective. Et alors on regarde la morphologie de la bête. On dirait un peu un « Jésus van » en plus grand, avec 5 rangs les uns derrières les autres. Sur le toit, deux tonnes de bagages, qui se composent essentiellement de sacs de maïs, de régimes de bananes et de poulets en paniers qui auront tout le loisir pour déféquer joyeusement sur les bagages « civils », intelligemment rangés sous eux. Ensuite vient le moment du placement. Je ne l’ai pas compris à l’aller, mais c’est une partie hautement stratégique du voyage, et même de la journée… Nous sommes appelés dans notre ordre d’achat de billets, et nous choisissons notre place. Moi, fiérot, je m’élance au fond du bus en me disant « quand j’étais p’tit, tout le monde volait y aller, c’est que ça doit être mieux ». Grand mal m’en a pris, voilà que le chargeur crie « serrez-vous bien au fond, c’est cinq par rangs ». « QUOI ?!!! », on est déjà quatre et je me dis qu’on va être serrés, et voilà qu’un type vient en plus s’encastrer entre nous. Nous sommes cinq types au fond, comme si on s’était donné le mot pour mettre les cinq plus rachitiques ensembles pour faire contrepoids.
Nous partons et le reste du voyage est long, seulement long mais très très long. J’avais prévu un bouquin pour tuer le temps mais j’ai les bras trop serrés pour le tenir. Alors je tente de dormir, ce qui me donne des coupures de circulation dans le bras à tel point que je redoute l’amputation. (bon d’accord, j’en rajoute, mais c’est pour dire que c’était long…) Enfin, je ne vais pas dramatiser, c’est l’aventure, on n’en meurt pas, et ça me fait déjà marrer.

Arrivée à Yaoundé, je me mets en quête d’un taxi, le temps de me faire draguer par un jeune homme aux mœurs hellènes, et me voilà à 12h à la maison provinciale, que j’avais quittée voilà tout juste quatre mois, n’ayant pas eu d’occasion particulière de revenir à Yaoundé.
Je suis alors saisi par l’immeuble délabré situé derrière la maison. Je l’avais déjà évidemment vu à mon arrivé, et décrit, mais il m’a frappé d’une toute autre manière cette fois-ci. Sans me lancer dans une étude ethno-politico-philosophico-architecto-baveuse, je dirais qu’il est un peu comme une allégorie du Cameroun. Il est situé sur un des plus gros carrefours de la ville, un des plus hauts édifices à perte de vue, et n’est pas terminé depuis plus de vingt ans. Monstrueux squelette, comme incendié mais avorté, il semble être un monument érigé à la gloire de l’inachevé. Je ne doute pas que d’aucuns y verraient un signe de l’humilité de l’homme devant la sauvage réalité de la nature dans les paysages désolés mais sublimes qu’offrent les canyons désertiques, mais là, j’ai peine à voir quelque chose de positif. Et ce qui en accentue le drame et qui donne tout son sens à l’œuvre, c’est l’inscription qui trône en son sommet. « Votez Paul Biya ». Comme si qui que ce soit avait le choix ! Il est en haut, et domine ce spectacle gênant de l’édifice abandonné aux corbeaux, du gâchis du travail des hommes qui l’ont commencé, et il ose narguer les autres bâtiments en étant le plus haut.
Voilà ce que malheureusement est dans un sens le Cameroun. Un pays dominé par un dirigeant qui commence sans jamais finir, et qui donne à tous ses sous-fifres et à tous les responsables administratifs cette même ligne de conduite qui fait que lorsque la vacance d’un poste se termine, ce sont les vacances de celui qui l’assument qui commencent… Loin de moi l’idée de cracher sur ce pays qui m’a accueilli, mais je trouve scandaleux qu’il soit de la sorte gâché par tant d’arrivistes, qui profitent des petits. (Ça y est, non content de se la péter à faire des jugements à l’emporte-pièce le voilà qui se la joue marxiste maintenant…)


Bref, cet immeuble est laid.

Le P. Miguel, un salésien qui est chargé de s’occuper de moi ici, me dit que je pourrais profiter demain de la voiture du P. Benoît, qui se rend à Douala pour prendre des colis au port, et qui emmène justement une dame qui doit aller au consulat du Togo. Parfait !
Je passe tranquillement l’après-midi à bouquiner ce que j’avais raté dans le car et à me balader dans les rues de Yaoundé, ville très animée mais sale et assez laide. J’ai l’immense plaisir le soir de manger du fromage, si délectable met dont je fus privé depuis mon dernier passage ici.

Mercredi, départ à 5h du mat’ pour arriver au plus tôt à Douala. Le voyage se passe sans heurt, dans la voiture du P. Benoît, une 4/4 climatisée, ce qui n’a rien pour me déplaire. Nous arrivons à 8h30 à la porte de Douala. Je dis bien « la » porte, parce qu’il n’y a qu’une seule route qui pénètre dans la plus grande ville du pays. Mais c’est malin ça ! Comme ça tout le monde a le plaisir de se taper une heure de bouchons tous les matins ! J’avoue qu’ je n’y aurais pas pensé !
Les gens semblent prendre la chose avec patience, et ne klaxonnent pas plus que d’habitude, c’est-à-dire trop de toute façon. Un bar porte même comme enseigne « bar de l’embouteillage ». Ils auraient pu pousser le bouchon (humour) jusqu’à s’appeler « bar du débouteillage ».
Le P. Benoît nous fait conduire ensuite au consulat par un taximan de confiance, en effet aussi rapide que sympathique. Nous faisons nos papiers rapidement avec un préposé compétent et efficace, qui nous promet le tamponnage de nos passeports deux heures plus tard. Je m’en réjouit et me prépare à me balader tranquillement et à lire mon bouquin devant une bonne bouteille de « top » (jus pétillant de pamplemousse très bon) mais Médiatrice (c’est le nom de la dame que nous avons conduite ici) en décide autrement et me propose de l’accompagner pour tuer le temps en achetant… une voiture ! Je découvrirai par la suite qu’elle avait secrètement prévu ce plan qui se déroulera à nos dépends. Et les choses deviennent pénibles.
Nous passons deux heures à discuter avec les vendeurs de voitures d’occasion, eux aussi malhonnêtes qu’elle peu au fait du marché visiblement, le tout sous une chaleur écrasante aggravée par les bagarres entre vendeurs qui se disputent la poire.
A la fin des deux heures, et comme rien n’est conclu, je me dis qu’une fois nos passeports récupérés nous pourrons rentrer peinardement et que je pourrais être à Ebolowa dans la soirée. Nous récupérons les papiers sans encombre, j’ai même l’heureuse surprise de ne payer que 15€ alors que j’en avais prévu plus du double, et nous rejoignons le P. Benoît pour manger un morceau. J’en profite pour manger un steak, que je demande le moins cuit possible et qui fut le plus cuit que j’ai jamais mangé, sous le regard horrifié des africains me voyant dévorer de la viande crue…
Et là, Médiatrice nous déclare qu’elle a fait venir de Yaoundé son chauffeur qui est en train de traiter l’affaire de voiture laissée un peu plus tôt. C’est là que nous découvrons qu’elle profitait en fait de nous pour régler ses petites affaires confortablement, ayant chauffeur et porte banane (je me coltine en effet un demi-régime qu’elle a acheté le matin sur la route et qu’elle ne veut pas laisser dans la voiture de peur qu’il prenne chaud…)
L’après midi se passe ensuite en d’invraisemblables rebondissements pour achever de négocier le prix, puis pour obtenir le transfert d’argent que son mari doit lui faire, visiblement aussi peu au courant que nous des velléités d’acquisition de sa femme, puis il faut changer la batterie, le filtre à huile, le disque dur et le tube cathodique de la bagnole. Comble du comble, Médiatrice ne veut pas rentrer avec sa propre voiture, ce qui nous aurait fait économiser trois bonnes heures. Elle veut rentrer avec le P. Benoît, ou avec la clim, je n’en sais rien.
Pendant ce temps, je lis furieusement pour ne pas m’énerver, et je déconseille au passage tout le monde de faire comme moi et de lire Germinal de Zola dans de telles conditions, parce que pour donner la « positive attitude », on a fait mieux depuis.

Bref, sept heures de perdues, je finis la journée furieux et sur le chemin du retour Médiatrice a le culot de critiquer mon silence en disant que c’est sûrement à cause des clopes que j’ai fumées dans la journée et qui me rendent taciturne ! Non mais y’en a des, j’vous jure !
Le lendemain, voyage nettement plus confortable, près d’une fenêtre, pour arriver à Ebolowa et foncer dans ma salle de cours, avec seulement une heure de retard qui ne semble pas avoir déprimé les élèves…

Et voilà, je vais aller mettre en ordre mes affaires, demain après-midi mon voyage recommence, vers de nouvelles aventures épiques…


mardi 4 décembre 2007

Pourquoi ce silence ?

Un lecteur assidu (à juste titre) de mon blog, m'a fait part d'un déchirant cri du coeur causé par mon silence assourdissant...
Je vous transmet se message anonyme pour vous prouver que même les moines peuvent avoir de l'humour (qui a des oreilles, qu'il entende). Je sais qu'en publiant son message, j'encours de graves sévices, mais je prends le risque en espérant que vous rierez autant que moi !

"Au fait, qu’est-ce qui se passe ? Tu es interdit de blog par les autorités ecclésiastiques, tu n’as plus le temps et plus l’envie de blogguer, t’as rien d’autre à raconter que les emmerdes du moment donc tu préfères ne rien dire, t’as perdu à une partie de strip poker endiablée et tu n’as pas envie de publier la photo, tu as si peu le moral que tout ton temps est investi dans le tressage de la corde à laquelle tu vas te pendre, tu as été enseveli dans une galerie de ta bibliothèque, tu as été bouffé par tes élèves, la dysenterie ne te laisse jamais le temps d’arriver jusqu’au clavier, tu as été hypnotisé par un serpent-python-boa bicolore de rocher, tu t’es fait un piercing nasal avec un os de girafe qui te fait tellement loucher que tu ne peux plus te servir d’un clavier, tu as échangé ton écran contre un casque de moto car les noix de coco volent bas en ce moment, la saison des pluies a provoqué une crue qui a englouti le village et tu n’as pas assez d’autonomie en apnée pour descendre blogguer, tu te sens humilié parce que tu ne joues pas aussi bien que moi à YétiSports, tu es emprisonné pour avoir affirmé en cours que le fier lion de la jungle n’est à l’origine qu’un ours polaire frileux et déterminé à changer de climat, tu t’es réfugié dans la jungle parce qu’ils ont découvert grâce à ton blog qu’en fait tu t’appelles Charlie, tu réfléchis à un moyen de revenir à temps pour les soldes d’hiver aux Galeries Lafayette, tes élèves t’ont fait charger par un phacochère pour t’avoir entendu dire que celui qui trichera sans que tu le voies n’est pas encorné, tu es à l’hôpital sous perfusion de jus de rollmops, ton vendeur de DVD piratés s’est fait arrêter par la police et tu agonises en état de manque, tu as marché sur une fourmi rouge et elle t’as insulté si violemment que tu restes prostré ?

Ou quoi ?"

Mais ce n'est pas le tout de faire des copier/coller, encore faut-il répondre !
En fait, ce qui explique le mieux mon silence, c'est que une fois de plus j'ai passé un très sale moment ces dernières semaines, et je n'avais pas tellement envie de m'étaler sur mes malheurs...
Mais depuis ce WE, tout change, mon évêque a décidé de me changer de mission devant les difficultés de la communauté ici, dûes à différentes choses qui ne permettent pas de faire reposer une quelconque culpabilité sur eux ou moi. De plus, après en avoir parlé avec le supérieur d'ici, il me comprend très bien et admet que la situation n'est pas évidente, a fortiori pour un séminariste... Il a en outre été très élogieux à mon égard, à propos de toute ma mission ici, ce qui m'a fait bien plaisir !

Moralité, Je déménage au Togo, à Kara, dans une autre commuauté salésienne, aux environs du 21 décembre, et c'est reparti pour de nouvelles aventures ! "allez hop! on y va, en route pour l'aventure !"

ET en tout cas mon moral est remonté à bloc, soulagé, plein d'espoir et d'énergie, malgré la chaleur qui me fait dégouliner en permanence, sans avoir visiblement les effets bénéfiques qu'on pourrait en espérer...

Sur ce à bientôt, et n'hésitez pas à laisser un commentaire, ne serait-ce que pour dire "untel était dans la place"...






lundi 26 novembre 2007

Spéciale Dédicace pour Soeur Julie !

Cela fait un bout de temps que je ne donne pas de nouvelles. Je traverse actuellement une période difficile ici, pour différentes raisons.

Je vous demande donc à tous de prier pour moi et pour la suite de ma mission.

Et puisque les parents m'ont dit que vous lisiez le blog, je vous adresse, Sœur Julie, ma chère Akela, un grand bonjour et mes sincères remerciements pour la prière qui monte pour moi de votre Carmel. Je vais essayer, sachant que vous lisez mes lignes, de modérer mon langage et mes gros mots... Si vous avez en outre une adresse mail où je puisse vous envoyer un message plus personnel, n'hésitez pas à la transmettre aux parents qui feront suivre.

J'essaierai de donner bientôt de bonnes nouvelles, mais la sincérité me pousse pour le moment à la gravité, c'est ça la mission...

samedi 10 novembre 2007

Où est Charly ?


Une petite image qui date du dimanche des missions. Je ne mets que très peu d'images en ligne parce que j'ai toutes les peines du monde à les charger...

Du 28octobre au 4 novembre

Du 28 octobre au 4 novembre

Une semaine pas toujours facile

Je reprends encore après une interruption le fil de mon récit.

Cette semaine, pas mal de difficultés, pas d’électricité de Mardi à dimanche, seulement le groupe électrogène, puis la pompe du puits tombe en panne, donc pas d’eau pendant deux jours, le téléphone est en panne depuis trois semaines et pas moyen de bouger les réparateurs, et en plus, ce qui n’est pas grave mais juste chiant, mon chargeur de piles crame en détruisant ma multiprise.

Pour ajouter à cela, j’ai vraiment du mal avec Zibbi, je ne rentre pas dans les détails mais c’est vraiment balèze et je me sens terriblement seul. Puis arrive Ottavia, une étudiante italienne qui vient depuis 5 ans et qui n’a pas sa langue dans sa poche, ce qui pose pas mal de problèmes avec la communauté. En une soirée, elle me monte contre toute la communauté en montrant tous les défauts des pères d’ici, avec une vérité qui me laisse déprimé. Heureusement, je me rends compte que ce n’est pas la peine de me laisser abattre, alors je me relance de plus belle dans le boulot, et ça marche…

J’ai avancé dans la bibliothèque comme un fou, je tiens le bambou comme dirait l’autre, bien que l’ordinateur soit tombé en rade à cause de ce foutu courant capricieux. Puis j’ai ouvert mon cour de guitare, pas trop de jeunes au premier cours, ce qui est mieux, nous pouvons bosser plus sérieusement, et je viens de boucler en 3 jours un manuel de guitare d’accompagnement que j’ai décidé de faire sur un coup de tête. Je me demande ce qu’il vaut mais j’en suis très fier… Je vais demander l’expertise de Kevin à Bruxelles.

Sinon, deux trois anecdotes marrantes, l’autre jour, j’ai vécu le plus grand moment de solitude de ma vie depuis le jour où j’ai dit « bonjours madame » à un type aux cheveux longs à qui je voulais vendre des calendriers louveteaux… Cette fois-ci, je suis victime de ma grande difficulté à retenir les visages africains. C’est un peu honteux et cela peut paraître raciste, mais mes yeux ne sont pas encore habitués aux africains et je les confonds tous, sauf ceux que je vois souvent ou avec qui je discute un peu longtemps. Bref, l’autre jour, j’achète une bricole à une boutique, et je me rends compte le soir que je me suis trompé. Je repasse le lendemain devant, mais je suis pressé et me dit que je ne m’arrêterais que si je vois le vendeur dehors. Or, en passant devant, je vois un type et j’ai l’impression qu’il me regarde, ce qui est évident puisque je suis blanc… Alors je m’élance vers lui et lui serre chaleureusement la main en lui demandant comment ça va depuis hier. Et là, je me rends compte de la boulette. Il me regarde avec l’air du gars pris par surprise sur prise et je sens que le monde entier s’effondre autours de moi. J’ai l’impression d’être à poil dans la rue avec tout le monde qui me montre du doigt… alors je me taille en vitesse sans même dire un mot et en me jurant de ne plus jamais aborder un gars sans être sur de mon coup ! En y repensant, je me suis bien marré…

Jeudi, j’ai trouvé la technique pour amadouer la classe des mécaniciens turbulents. En fait, ce sont de grands enfants, il suffit de leur conter une histoire. J’ai donc lu un texte dans le but de l’étudier avec eux, mais j’y ai mis tout le ton possible, genre théâtre. Ils m’ont demandé de le lire en me disant qu’ils avaient l’impression que je parlais vraiment à quelqu’un et que je répondais. (là je me la pète un peu, mais faut bien des moments de réconfort, merde !) Je leur fais ensuite une imitation de Gollum pour illustrer le mot « servile » et c’est le tonnerre d’applaudissements. Ça-y-est, c’est gagné ! (pour une heure en tout cas).

Autre truc sympa, ce week-end, lancement solennel des activités du centre de jeunes. Je ne sais pas pourquoi, mais ils sont fanas des cérémonies en grandes pompes. Alors au menu, sur deux jours, concours de chorale, de danses régionales, de foot bien sur, journal radiophonique (à hurler de rire) des jeunes de différents groupes etc.

Je reviens sur les journaux, c’était vraiment marrant. Ils se croyaient en direct et écoutés par plein de gens et baratinaient sur l’actualité de l’arche de Zoé en faisant intervenir leur correspondant en direct de N’Jamela, évidement situé dans une des salles du centre. Mais bien sur tout ça c’est pour s’amuser, et ils ont bien joué le jeu. C’est juste que c’était long, long, long ! D’ailleurs, nous devions être cinq à faire l’effort de ne pas faire autre chose en même temps sur les deux cent personnes présentes. Certains faisaient du tam-tam, d’autres du ping-pong, d’autres encore du yo-yo etc.

Et puis pendant le match de foot, mon premier gros fou rire depuis mon arrivée ici. Une jeune femme est en train de s’entretenir sur le côté avec Paul-Marie quand le ballon est dégagé en l’air. Toutes les têtes se tournent pour suivre la trajectoire du projectile, et il arrive en plein sur le haut de son crane. J’ai cru que j’allais mourir de rire en voyant son expression. Évidemment, pas de bobo, sinon j’aurais eu honte d’en parler…

Voilà pour cette semaine. Ah, si, nous avons la visite pour une semaine, depuis hier (samedi 3 nov), la visite d’un charmant couple de français. Ça fait un bien fou de voir des gens du pays. Et sinon toujours des petits trucs dingues que je peux voir dans la rue, mais que je laisse s’accumuler inconsciemment dans ma mémoire pour ressortir plus tard, quand mon imagination aura bien hyperbolé les choses…

lundi 29 octobre 2007

Du lundi 24 au dimanche 28

LUNDI 24 OCTOBRE
Le gang des gabonais

Le pauvre P. Joseph, qui se traine une sale grippe depuis plus d’une semaine, il n’avait pas besoin de ça : on a choppé plusieurs de gabonais du centre pour vol. Je ne suis pas très au courant de ce qui s’est passé mais un des élèves d’ici, et un de mes élèves en français, a été attrapé pour avoir formé autour de lui tout un réseau de voleurs et de petites frappes. Ils étaient quelques uns dans le centre et d’autres dans tous les collèges de la ville, tous gabonais. Leurs larcins allaient de quelques journaux dans le bureau du frère Paul-Marie « pour le sport », pour s’exercer à l’escamotage et au détournement d’attention, jusqu’aux vols de portables et MP3.
Ils passent toute la journée au poste et le « cerveau » refuse de parler, alors le P. Joseph, qui visible l’interroge au commissariat en tant qu’autorité sur l’enfant, l’emmène à la salle d’interrogatoire. Le gamin s’est fait fouetter assez longtemps pour parler… les méthodes sont rudes !
Au bout de 24h, ils ont tout récupéré ou dédommagé, ce qui annule les poursuites plus lourdes qui les auraient conduits en prison pour attendre un hypothétique procès. Tout sauf ça ! Ceci dit, quand je suis allé voir Daniel mercredi dernier, il n’avait pas l’air scandaleusement mal traité. Ce qui est sur, c’est que ça n’arrange jamais les types de passer au violon.

Je donne mes cours comme d’hab, la classe des électriciens m’en fait voir des vertes et des pas mûres. Je donne une dictée préparée aux menuisiers et j’en chope deux qui trichent. Le premier, très mauvais en français, est au premier rang. Je dicte le mot « redouble » et il l’écrit « reboudle », je le lui fais réécrire pour qu’il évite au moins cette faute. Il se trompe encore, alors je le lui re-dicte, et cela au moins cinq fois avant qu’il n’écrive correctement ce mot, sa feuille est évidemment pleine de ratures, ce dont je lui tiendrai pas rigueur. Je vais au fond de la classe pour dicter un peu et je reviens devant voir où il en est. Cet idiot qui se prend pour l’as de la triche a à présent devant lui une feuille sans aucune rature, et pas plus de fautes… Je suis atterré par un aussi grand manque de sens pratique, surtout que je l’avais déjà attrapé la semaine dernière car il avait déjà très mal triché… J’attrape vite le deuxième, qui je guettais, et qui a recopié à l’avance toute la dictée sur la couverture du cahier qui lui sert de sous-main.
Ce qui est bête, c’est que ce sont les deux plus faibles et que leur moyenne va être encore plus plombée, ce qui ne va pas les encourager à bosser…

MARDI 25 OCTOBRE
Bibliothèque

Je devais aller à Yaoundé avec Kastel aujourd’hui pour acheter des cordes de guitare et un carnet de chant, mais au moment de partir je comprends que cet animal compte profiter de mes largesses pour voyager, bouffer, se payer ses propres cordes etc.
Je suis furieux parce que ce type n’est pas capable de bosser et d’essayer de s’en sortir et il passe son temps à quémander ou à se plaindre de ne pas être reconnu comme grand artiste alors qu’il est tellement souvent alcoolisé qu’il n’est pas capable de plaquer correctement deux accords. Il doit avoir quarante ans et est persuadé qu’il a toutes ses chances dans la chanson, ou dans la peinture…
Au lieu de le chasser parce que ce serait impulsif et idiot, je lui donne l’argent qu’il faut et lui dit de se débrouiller, d’y aller sans moi et de me rapporter ce qu’il nous faut. J’en profiterai pour bosser ici. Il est tout aussi content de partir tout seul, il est habitué à se balader pour raconter dans ses chansons ses rêveries d’un promeneur solitaire. (waouh les crypto-références que je mets dans mon blog !!)

Et je passe le reste de ma journée à marner comme un beau diable dans ma bibliothèque qui commence à devenir quelque chose.

DU MERCREDI 26 AU DIMANCHE 28 OCTOBRE

Une fin de semaine pleine de travail, notamment à la bibliothèque encore, où j’emploie les punis pour m’aider à déplacer des livres et des étagères. Je remanie totalement l’organisation, j’ai détruit une cloison en bois qui ne servait à rien et nous avons aménagé un coin de lecture qui attirera plus les jeunes à la lecture.
Du côté des cours, la routine, j’ai attrapé quatre tricheurs sur une dictée préparée, c’était donc la dernière, je ne peux pas leur faire confiance, ils devront faire des dictées non-préparées, tant pis pour eux.
Et pour la paroisse, ça bouge. Je prends de plus en plus mes marques parce que les groupes commencent à connaître plein de micro-crises, surtout avec Zibbi qui est très difficile à gérer… Je suis en train notamment de virer les musiciens de la messe des jeunes, qui sont tous protestants et font n’importe quoi pourvu que ça fasse du bruit…
Également, je m’échine à apprendre le boulou, avec la cuisinière du centre, mais c’est difficile, je cherche des livres de méthode.

Sinon, semaine pluvieuse normalement, grosses chaleurs pendant les accalmies, ce qui fait que je suis trempé en permanence…
J’essayerai d’être plus prolixe la prochaine fois mais le temps me fait défaut.

Come back

Voilà quelques temps que je n’ai rien écrit. Je reprends le clavier pour continuer à narrer mes expériences.

Mon silence s’explique par un passage à vide, le cap des deux mois… J’ai découvert des choses pas très jolies dans la paroisse, et je me suis enfermé dans de pessimistes considérations sur l’Église Africaine. De plus la routine, seulement réjouie par l’agréable présence des italiennes ne me donnait pas envie de m’exprimer plus que cela…
Mais voilà, ça va mieux ! Sûrement grâce au soutien des mails de quelques amis et confrères attentionnés et surtout grâce au bon Dieu dont quelques signes m’ont fait beaucoup de bien.

Je raconte juste deux évènements avant de reprendre le cours linéaire de mon bafouillage :

Mercredi dernier, veille du départ des italiennes, nous sommes allés visiter la prison pour qu’elles y donnent quelques soins médicaux et que je visite Daniel, ce jeune de la paroisse incarcéré après un braquage.
Nous sommes reçus normalement, je suis introduit dans la cour, escorté par un garde pour y voir mon ami tandis que les italiennes consultent dans l’infirmerie, dans une ambiance surchauffée.
Après avoir vu Daniel, je les préviens que je rentre tranquillement à pied. Je suis alors alpagué dehors par un gentil vieux bonhomme qui m’explique être en prison depuis dix-sept ans (ce qui explique ses permissions de sortie) et qui se plaint de problèmes oculaires. Nous taillons ensuite une bavette sur la France lorsque j’entends des cris dans la prison, et je reconnais des jurons italiens, puis je vois sortir en trombe la dotoressa suivie de ses acolytes en furie. Elles me font signe de monter avec elles en voiture avant de partir en trombe en insultant copieusement une matrone qui les menace de la main. Je ne comprends rien de ce qui se passe, elles étaient sensées rester une heure et ne pas partir en criant… Elles m’expliquent alors que cette bonne femme est la maitresse du garde chiourme en chef, et qu’elle voit d’un mauvais œil la présence de quatre femmes, dont deux toute jeunes qui en laissent pas indifférent son amant. Elle les a donc tout simplement congédiées sans que les gardes en uniforme ne fassent quoi que ce soit…

Nous partons donc, pilotés par la sœur Maria-José, pour rentrer au centre. Mais nous ne prenons pas la bonne route. Étant à l’arrière du Pick-up avec les deux jeunes Nalia et Iréna, qui ne parlent pas français, je ne peux pas demander où nous allons. Après cinq minutes de route, nous arrivons aux abords de la cathédrale d’Ebolowa, que nous dépassons pour arriver dans un centre qui a tout l’air d’un pensionnat. Je vois une nuée d’enfants qui s’approchent timidement de nous. Le directeur nous accueille et s’étonne que nous ne nous soyons pas encore rencontrés. Puis Ileana (la dotoressa) se dirige avec lui vers son bureau pour parler de formalités pour faire entrer un enfant de la paroisse qui vient de perdre sa mère. Je reste dehors avec les enfants mais je trouve que quelque chose cloche. Nul ne parle. Alors je ne sais quoi dire et hasarde quelques grimaces. C’est alors un brouhaha de…signes ! En fait, tous les enfants qui sont là sont sourds-muets ! Impression surréaliste d’être moi-même le sourd muet ! Je ne comprends rien, mais ils me touchent les bras en se pinçant le nez. Je pense qu’ils disent que je pue, ce qui est toujours sympa à « entendre »… Mais le gardien surgit, hilare devant mon air interdit et m’explique que c’est leur façon de dire que je suis blanc ! Les blancs sont, ici comme en Asie, les longs nez ! Ils m’enseignent quelques autres mots comme garçon, fille, musulman (obédience du gardien), que l’on dit en plaçant les bras derrière la tête, imitant la prière à Allah.
Voilà pour cette expérience décapante.

Le deuxième moment qui sort de l’ordinaire est arrivé hier, je suis allé avec quelques profs du centre à un match de foot disputé contre les jeunes d’un village à trente km dans la brousse. Je ne leur ferait pas l’honneur de ma présence sur le terrain, puisque je subis depuis trois jours une bonne insurrection armée dans les Pays-Bas…
J’y vais donc pour faire quelques photos et profiter du calme du village. En effet, le bruit assourdissant des sonos extérieures des bars est pesant à la fin ici en ville. Nous partons avec une heure de retard, ce qui est assez normal pour attendre encore une demi-heure sur place que le culte protestant se termine.
Je suis accueilli avec le maximum de déférence, étant blanc, et reçoit de « Mr le directeur » à tous bouts de champs. Nous en rions bien avec Paul-Marie, qui me racontera ensuite ce que les gens disaient en boulou sur l’éventualité de me donner une de leurs femmes pour qu’elle vienne avec moi en Europe…
Match normal, nous perdons un à zéro, quelques magnifiques gamelles, dont la plus belle est celle d’un des supporters autochtones, c’est un papa d’une quarantaine d’années qui a bu un bon coup de vin de palme, ce qui le rend d’autant plus enthousiaste. Alors, quand la balle est envoyée en touche et qu’elle passe au dessus de lui, il part dans une magnifique détente à faire pâlir Barthez, mais il ne touche même pas le ballon et retombe de tout son long dans l’éclat de rire général qu’il déclenche, non sans fierté…
À l’issue de la rencontre, nous sommes reçus pour manger quelques tubercules de manioc avec de la sauce à l’arachide et on nous apporte deux jerricans de vin de palme, qui déclenchent l’acclamation des profs assoiffés par leur effort. Ce n’est pas exactement la boisson que je voudrais ingurgiter après un match de foot, mais ils ne partagent pas mon avis. La boisson disparaît en un tournemain, les laissant béats. Évidement, je goûte à la mixture. Ça à l’air de lait coupé d’eau avec des morceaux d’écorce en suspension. Le goût est celui d’alcool au bois, très amère, pas à mon goût du tout. Un papa m’entretient ensuite avec animation de la suprématie de ce breuvage sur tous les alcools, et vu ses yeux il doit être un croyant pratiquant…
Nous rentrons ensuite peinardement vers notre bonne ville pour arriver pour les vêpres.

lundi 15 octobre 2007

Bas-art...

Une image envoyée au P. Piret, pour ceux qui ne le connaissent pas, c'est un professeur de l'IET, comme moi passionné de BD et grand admirateur de Franquin. J'ai fait ce dessin sur une photo de la bibliothèque que je suis en train de ranger... Y'a du boulot!!!

vendredi 12 octobre 2007

Jeudi 4 octobre - mardi 10 octobre

JEUDI 4 OCTOBRE
Journée calme soirée trouble
Je redoute l’arrivée des italiennes, m’attendant à un groupe du même acabit que ceux qui étaient là au début et m’ont assommé de suffisance. Mais rien ne vient.
Je donne mes cours normalement, sauf chez les menuisiers, chez qui j’attrape, à mon grand désespoir, un tricheur.
C’est un pauvre garçon, qui est toujours au premier rang et ne fait jamais de bruit. Cependant, quand je l’interroge, il a tendance à être lent à la détente, et c’est peu dire. Cette fois encore, je leur donne une dictée que nous avons préparé lundi, à propos de quelque chasse à l’éléphant. Pendant la dictée, deux d’entre eux sont à la traine comme je ne l’ai jamais vu, ils ont une moitié de dictée de retard. Alors je m’attarde auprès d’eux et surveille ce qu’ils écrivent pour savoir où ils en sont. Mais en m’attardant auprès de Georges, je regarde la copie de son voisin pour voir s’il suit. À ce moment, ce génie sort une deuxième copie de son cahier qui remplace la première. Or, sur cette nouvelle copie, la dictée est écrite jusqu’au bout alors que je n’ai pas fini de dicter. De plus elle ne souffre, a priori, d’aucune faute alors que la première est un torchon qui ferait rougir un illettré. J’hésite un instant à le piquer car il me fait pitié, mais je dois être juste. Je lui fonds dessus et le confonds. J’accepte cependant d’écouter sa défense bredouillante et vasouillarde qui ne parvient même pas à me convaincre, moi qui suis bonne poire. Pendant ce temps, les autres élèves hurlent au scandale, non pas contre moi mais contre lui et réclament de le vouer aux gémonies en l’exposant publiquement, pieds et poings liés et couvert de confiture pour nourrir les fourmis qui sont au passage envahissante sur mon bureau. Je l’envois chez le P. André qui le mènera au P.
Joseph chez qui, ironie du sort, son propre père est là en train de parler des résultats déprimants de son fils… Je reprends la dictée en exhortant les élèves à choisir le zéro fièrement plutôt que la bassesse de la tricherie, s’ils ne se sentent pas capables de marner un minimum.
Ensuite de ça, je retrouve mes chenapans mécaniciens et électriciens qui se calment peu à peu, surtout quand j’en sors un qui menaçait d’étriper son voisin de devant pour une histoire de stylo…

En fin d’après midi, Zibi est parti je ne sais où alors je conclus l’adoration paroissiale à la suite du chapelet quotidien du mois de Marie. Or, impossible de trouver un missel, alors je dois retrouver de mémoire l’oraison finale, ce que je parviens à faire, mais en bredouillant abominablement, ce qui n’a aucune espèce d’importance.
Finalement, les italiennes arrivent demain, mais le P. provincial est déjà là pour sa visite canonique.

VENDREDI 5 OCTOBRE
Journée mondiale de l’enseignant
Bon plan, aujourd’hui pas de cours. C’est la journée mondiale de l’enseignant.
Je ne me souviens pas d’avoir vécu pareille journée en France, peut être le monde se limite-t-il au Cameroun ?
Toujours est-il que c’est l’occasion d’organiser quelques matchs de foot et de volley, prof élèves et élèves entre eux. J’apporte sans grande conviction ma glorieuse tenue de grand père, que je cède volontiers à un prof qui se lamente d’avoir oublié la sienne. Je regarde ainsi peinardement les professeurs gagner encore et me fais houspiller par mes élèves qui veulent encore me voir me viander dans la boue… Dans l’après-midi, je parviens enfin, au bout d’une semaine de tentative, à obtenir l’argent qui me vient de France. Je pars alors à la recherche d’un dictionnaire, dont je rêve depuis que je suis ici. Je trouve dans le premier magasin ce que je cherche, à savoir un authentique Petit Robert édition de bureau, pas de poche. Mais le vendeur me le propose à 25000 CFA. Je ne lui en offre que dix mille, mais il ne consent, après force tractations, à ne me le céder qu’à dix-huit mille. Je lui dis alors que je vais voir ailleurs ce qu’on m’en demande. Il me souhaite bonne chance.
C’est vrai que j’aurais dû en avoir de la chance. Ce bandit détient le seul Robert de toute la ville. Je fais tous les magasins qui vendent en vrac des bouquins au milieu des casseroles et des télés pour finalement revenir chez lui, sous une pluie battante. Il m’attendait et ne fléchis pas devant mes récriminations. Il vent en effet des dicos neufs à 6000, mais celui-là, édité en 1977, à 18. Je cède et trouve même le moyen de me faire refourguer pour 3000 CFA un code orthographique et grammatical, qui, à la réflexion, ne me servira qu’à l’extrême rigueur à caler une armoire… J’attends la fin de la pluie dans son boui-boui en fumant une Pall-Mall, et je repars cependant tout content d’avoir ce pesant bouquin. Finalement, 30€ pour un Robert, ce n’est pas trop cher.

Le soir, les italiennes arrivent. Ce n’est pas ce que je croyais. Ce sont deux femmes d’une grosse soixantaine d’année, accompagnées de deux jeunes filles de mon âge. Ces dernières ne parlent pas un mot de français mais sont là pour rendre service au dispensaire des sœurs. La doyenne, Giovanna, est la sœur d’un prêtre salésien mort ici voilà treize ans. Après s’être battue bec et ongle pour récupérer le corps de son défunt frère, devant la lutte de toute la paroisse pour garder ce prêtre qui aurait souhaité être enterré ici, elle a préféré tourner casaque et depuis ce moment elle revient tous les ans avec des médecins pour aider au dispensaire. Elles sont très sympathiques, vivantes, enjouées, et je me rends compte que c’est bon de trouver des européens de temps en temps…

Tiens, anecdote qui me reviens seulement maintenant, en parlant d’Europe, l’autre jour, en prenant mon petit déjeuner, je picorait des morceaux d’une espèce de saucisson à l’ail sans ail et probablement sans porc. Me révoltant contre l’immondice de cette chose, je regarde l’étiquette pour voir où est l’usine des empoisonneurs. Que vois-je, l’étiquette a pour marque « Belle Vendée ». Tiens ! Et l’adresse du fabriquant, je vous le donne en mille : les Lucs sur Boulogne !!!
Si les cousins me lisent, prière leur est faite de plastiquer l’entrepôt où de prendre en otage le personnel pour qu’ils améliorent leur came ! M’enfin, ça fait du bien de bouffer français, hum ! hum !

LUNDI 9 OCTOBRE
Routine…
Rien de très spécial, les cours, les élèves… Je m’échine en ce moment à faire comprendre aux menuisiers l’accord du participe passé avec être ou avoir. C’est dur, car ils ne reconnaissent pas être ou avoir quand ils sont conjugués… M’enfin, ils sont sympa et les cours sont détendants.
Aujourd'hui, ils me tannent pendant toute l’heure pour que je leur dise les noms de douze apôtres, sans me dire pourquoi. Je me doute bien qu’il y a une entourloupe et en effet ils ont un contrôle l’heure d’après avec le P. Artur, en religion, où ils doivent donner ces noms.

En rentrant à la maison après mes cours, je me dis que décidément je voudrais avoir des caméras à la place des yeux pour ne pas perdre une miette de tous les trucs que je croise. Que ce soit les mototaxis avec quatre personnes dessus, les voitures bondées, avec quatre personnes sur la place avant droite, cette chèvre qui mange un tas de riz tombé au milieu de la route, et qui slalome entre les voitures qui passent pour ne pas en perdre une miette, etc. En marchant, j’entends derrière moi deux gamins qui se disputent « allemand » « mais non !
Français » « mais non, allemand, regarde ses cheveux » « mais non, je te dis, il est chez les pères. » Je me retourne et annonce à l’un d’entre eux qu’il a raison. Ils sont pétrifiés et je suis content de mon effet. Je continue donc et les entends encore parler, ils ne sont pas convaincus !

Ce soir, nos chères italiennes nous invitent, chez nous, à un repas italien.
Elles ont apporté huit valises de divers cadeaux pour les gens d’ici, et dans l’une d’elles elles ont entassé toutes sortes de denrées toscanes. Quel bonheur de manger du saucisson et du parmeggiano reggiano ! Une bonne bouffée d’Europe dans laquelle je croque à pleines dents !

MARDI 10 OCTOBRE
Bibliothèque
Je commence à venir à bout de mon triage, j’ai trois gros cartons de livres et je suis en train de faire une superbe tour fortifiée avec tous les livres que je viens de trier…

Ce soir, j’apprends une terrible nouvelle. Daniel, celui avec qui j’avais acheté des livres l’autre jour, qui est un ancien du centre professionnel, dont il a été renvoyé, et qui a été renvoyé du gardiennage de la paroisse pour une sombre histoire de vol vient d’être arrêté après avoir volé 5 millions de CFA (cent mile euros environ) dans une station essence avec une bande de voyous. Il laisse une petite fille dont il me disait la semaine dernière encore qu’elle était tout pour lui…

lundi 8 octobre 2007

Lundi 24 septembre - mercredi 3 octobre

LUNDI 24 SEPTEMBRE
Cours
Je rends les devoirs aux mécaniciens et électriciens, nettement meilleurs que les menuisiers. Nous préparons ensuite une dictée pour jeudi. Ils me charrient en me faisant répéter la fin du mot « ridicule » « ridi…quoi ? » et éclatent de rire. Je leur fait alors une petite leçon de prononciation française, sur les lettres muettes, notamment le « l » dans un certain mot de trois lettres que j’écris au tableau pour leur expliquer…

Puis, pendant le cours de religion avec les quatrièmes, nous commençons par un gros débat sur « noir/blanc », pourquoi Jésus est représenté en blanc, pourquoi le noir est symbole de mal. Je m’en sors en ayant une petite sueur froide au début. Ils sont trente, à crier dans tous les sens et prennent mes réponses nettes comme des marques d’agressivité. Situation difficile. Je finis par leur dire que s’ils veulent se croire opprimés par le monde entier, ils le peuvent etc. Je leur fait admettre que le noir comme mal dans l’opposition blanc/noir n’a rien à voir avec leur couleur de peau et que si des gens sont racistes, tous ne le sont pas et les chosent se tassent.
Ils demandent d’eux mêmes que je reprenne mon cours sur la genèse. Wahou ! J’ai eu chaud !
Rechute, quand nous parlons des fils de Noé. L’un d’eux me demande pourquoi on dit que Cham est le père de tous les africains, alors que c’est lui qui a vu la nudité de son père… Nous nous expliquons et ça passe…
Je sors de ce cours en nage, mais content, le dialogue se met en place, ils me testent et j’ai l’impression d’assez bien m’en sortir. J’espère que les autres cours seront plus pacifiques, même si c’est excellent de crever ces abcès qui les font souffrir. Je sens dès que nous parlons des relations nord/sud que la blessure est encore vive pour eux. Je penses du coup leur faire un exposé sur l’esclavage.

MARDI 25 SEPTEMBRE
RAS
Rien à signaler à part ma joie et mon soulagement de voir l’ambiance dans le presbytère s’améliorer et se décontracter de jours en jours. Je ne sais pas pourquoi, mais depuis ce week-end, Freddo devient bavard, marrant, attentionné. Nous passons nos soirées à échanger des anecdotes sur des thèmes diverses. Ce soir, le macabre est à l’honneur avec partage sur le thème « comment traite-t-on les cadavres chez moi », que ce soit en Pologne, au Congo ou en France. Évidement, spéciale dédicace pour JY, j’ai raconté l’histoire de la grand’mère de la cousine, qui était ramenée sur le toit de la voiture…
Également, aujourd’hui a eu lieu la plus grosse pluie que j’ai vue de ma vie ! Un truc de dingue, des seaux d’eau qui sont tombés d’un coup. J’étais tranquilement en train de lire « le cave se rebiffe » sur la terrasse de la maison, quand un mur d’eau est tombé derrière moi. Artur, fidèle au poste de blasé m’a dit « mais ça c’est gouttelettes de l’eau, attends le moi de le octobre, là grrrrosse ploui ! ».

MERCREDI 26 SEPTEMBRE
Une journée qui avait mal commencé !
Le mercredi, il y a la messe à 11h au centre, et je n’ai pas de cours de la matinée. J’en profite pour dormir jusqu’à 8h, quel bonheur ! Et j’ai vraiment besoin de prendre un peu de sommeil de temps en temps. Bref, à 7h40, je pionce comme un loir et voilà que Zbignew se met à tambouriner à ma porte comme un sourd. Je me lève en catastrophe, pensant que les martiens sont arrivés. En fait, c’est je P. Joseph qui me cours après partout, il croit que j’ai oublié de venir donner cours de français à une classe de troisième qui me réclame. En fait, j’avais fait un échange de cours avec un prof de physique pour ce matin et bon, quiproquo, et ils se retrouvent sans prof. Devant mes explications vasouillardes et ma voix d’outre tombe, le P. Joseph me dit qu’il me supplée pour cette fois.
Je suis un peu furieux parce que je suis dans mon bon droit mais c’est sur ma pomme que ça retombe.
Au déjeuner, Artur est persuadé que je suis encore énervé à cause de ça et il me dit que ça lui fait bien plaisir de me voir enfin de mauvaise humeur. Ça ne loupe pas, ça me fout effectivement en rogne. Que les autres se plantent d’accord, mais que ça me retombe dessus et qu’on me charrie en plus, ça me saoule un peu !
Heureusement, tout se termine bien l’après midi. Je pense devoir me battre avec le prof de physique pour maintenir notre arrangement que je crois rompu par lui, mais il me reçoit en me demandant pourquoi moi, j’ai rechangé les horaires. Nous sommes en fait d’accords et victimes d’une erreur de la secrétaire dans la saisie des horaires. Il me donne même un bout de son sandwich aux fayots pour sceller notre arrangement.

Je passe ensuite deux heures dans la bibliothèque pour ranger les bouquins etc. et je pars à la répétition de chants d’une des chorales des jeunes. J’assiste à leur séance de vocalises, qu’Ousman dirige avec beaucoup de fierté. Il me demande ensuite si j’ai quelque chose à dire. Je suis bien gêné, mais tout ce qu’ils viennent de faire est un non-sens complet ! Je lui dit diplomatiquement qu’il y a deux trois choses à changer… Il conseillait de chanter très haut et très fort dès le début. Il félicitait donc tout ceux qui toussaient et criaient comme des damnés. Je leur explique comme il faut faire, puis je leur distribue les pupitres pour s’entraîner un peu à chanter comme un vrai chœur. Après ça, ils commencent à préparer la messe de dimanche, et je me carapate pour me rendre à une deuxième répétition, celle de la chorale commune au centre professionnel et à l’internat professionnel des filles, juste voisin. Là, je trouve une chorale d’une trentaine de garçons et filles, d’un niveau déjà assez bon, je les ai jugés dimanche dernier à la messe.
Je leur donne les mêmes indications. Ils rient beaucoup à mes grimaces pour montrer comment bien articuler et ils semblent bien aimer le refrain de vocalises « moi j’aime la crème au chocolat »…Je me la joue ensuite à la Jugnot dans les choristes en les faisant tous chanter devant moi pour distribuer les pupitres, basses, ténors, soprani et alti. Nous faisons ensuite quelques exercices de respiration et d’harmonique que la maison Ste Thérèse connaît bien.
Je ressors de là crevé, cela fait deux heures et demie de chorale en tout, mais ravi, surtout d’entre les jeunes qui, s’égaillant dans la ville, chantent qu’ils aiment la crème au chocolat !

JEUDI 27 SEPTEMBRE
Cours et bibliothèque
Je donne comme prévu à mes élèves menuisiers la dictée que nous avons préparée lundi, c’est un extrait de Daudet, « le Petit Chose » Il n’y a rien de difficile, et je les aide en mettant en garde contre les petits pièges. Cependant, en corrigeant leurs écrits pendant qu’ils font un contrôle de grammaire à la suite, je me rends compte que sur les 13 présents, 9 ont 0 pointé et la meilleure note est de 8,5/20… Y’a du boulot !
Je passe l’après-midi à enregistrer les livres de la bibliothèque et j’atteins le millième, courage, plus que deux mille !

Le soir la pluie tombe à verse, je corrige ce que je disais mardi, c’est aujourd’hui la plus grosse pluie de ma vie ! Plein d’éclairs, évidemment plus d’électricité et ce n’est que le début !

VENDREDI 28 SEPTEMBRE
Idem
Je rends aux élèves leurs superbes dictées en les avoinant cordialement. Ils semblent tout de même déçus d’eux-mêmes mais celui qui a la meilleure (sic) note ose récriminer contre ma correction qu’il estime trop sévère. Voyez-vous ça !
Je leur propose ensuite de venir avec moi à la bibliothèque pour emprunter un livre chacun qu’ils devront lire en un mois, grand mal m’en a pris ! Nous débarquons, moi et ma vingtaine de sauvages (les absents d’hier ont réapparu comme par miracle la dictée et le contrôle finis) dans la bibliothèque dont les 1500 premiers livres sont rangés. En moins de deux minutes, le bazar le plus général règne dans mon antre… J’avais mis par terre un tas de livres que je destinais à l’index, des livres de contenu sulfureux ou tout simplement inutile, comme des livres de science-fiction ou de nombreux guides pour s’assurer correctement en Suisse dans les années 70. Les livres viennent en effet de containers de provenance Helvète, venus directement par la mer de là-bas…
Bref, j’ai le malheur de leur dire de ne pas prendre les livres au sol, puisqu’ils ne sont pas intéressants, et en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, ils sont tous pris par les élèves qui me supplient de pouvoir les prendre, puisqu’ils ne serviront à rien… Je les autorise naïvement, pensant que ça me débarrasserait. Je leur demande ensuite de choisir chacun un livre à lire. Ils se précipitent au hasard, prenant un livre sans même en lire le titre, leur « choix » est réglé en cinq minutes. Je prends ensuite en note les livres qu’ils choisissent. L’un veut lire Germinal de Zola, j’ai beau lui dire que c’est peut-être un peu grand, il s’en fiche, un autre prend un énorme roman sentimental, faisant fi de mes conseils… Pendant ce temps, certains trouvent des livres d’éducation sexuelle, bourrés d’illustrations photographiques à faire rougir un camionneur allemand, et me pressent de les laisser le prendre…
Je suis ensuite obligé de vérifier tous les livres qu’ils prétendent faire sortir, chacun en ayant devant lui un tas. J’y reconnais certains livres bannis mais plusieurs ont pris au hasard des livres dans les rayons et prétendent les avoir trouvés au sol. Heureusement, je connais précisément les livres que je ne veux pas garder, alors je reprends patiemment les Voltaire, Balzac et autres Montherlant qu’ils prétendent me soustraire…
Puis je me rends compte que je m’expose à des complications quand ils seront surpris avec plein de livres de la bibliothèque dans leurs sacs au moment de quitter le lycée. Je leur signe une décharge mais les somme de taire cette affaire et de faire disparaître au plus vite les ouvrages coupables… Puis j’assure mes arrières en confiant mon erreur au Fr Paul-Marie…

Le reste de la journée se passe sans encombre, je continue mon rangement et mon enregistrement des livres. Puis la pluie. Je reviens sur mes considérations d’hier, c’est ce soir la plus grosse pluie que j’ai vue de ma vie !

SAMEDI 29 SEPTEMBRE
Ah ! la chorale…
Comme d’hab, je passe quelques heures à ranger la bibliothèque, en m’énervant contre le pseudo classement en place, Basile Boli (je ne savais pas qu’il écrivait lui aussi) côtoie fièrement Maupassant…
J’en suis à trois cartons de déménagement pleins de livres à donner où à bruler.

L’après-midi, chorale ou plutôt chorales. La première, celle des amis de Don Bosco est assez modeste en quantité et en qualité, mais la deuxième, la chorale des internes filles et garçons est bien fournie et promet ! Je leur apprend en une heure un chant d’offertoire de l’Emmanuel « grain de blé qui tombe en terre » et ne peux m’empêcher de sourire benoîtement en les dirigeant, c’est une sensation extraordinaire d’avoir une trentaine de jeunes voix qui chantent bien, sauf les basses qui chantent cacophoniquement malgré mon soutien le plus appuyé. Nous allons surement animer la messe des adultes un de ces quatre, ce qui sera une grande récompense pour ces jeunes qui montreront aux « vieux » qu’ils savent faire de belles choses carrées.

DIMANCHE 30 SEPTEMBRE
Départ du P. Freddo
Freddo part ce matin à 7h, pour prendre son mois de vacances bisannuel dans sa famille, à Pointe Noire, au Congo Brazzaville. Je me retrouve donc seul avec Zbigniew pour le mois à venir, l’occasion de mieux se connaître.
Ce matin, c’est la chorale des amis de Don Bosco qui anime, à la messe des jeunes de 8h30. Les choristes sont arrivés pour la plupart avec une heure de retard hier, ce qui m’a mis dans une belle colère et nous a obligés à faire une répétition à…7h 30 du matin. Sans complexe, ces ânes arrivent encore avec une demi-heure de retard !
Je n’avais participé hier qu’à l’échauffement vocal et à la répétition du chant d’entrée du fait du timing séré avec la chorale des internes. Je ne connais donc pas les chants en langue et me retrouve dans la chorale, Ousman dirigeant, à apprendre les chants en les chantant pendant la messe. Heureusement qu’il m’a filé les textes, sinon j’aurai fait du play-back… Ousman me demande de faire le soliste pour les couplets des chants français, tout se passe finalement assez bien. J’ai seulement du mal à danser en cadence avec les autres sur les chants en langue, tiens, c’est étonnant ça…

L’après midi passe tranquillement, je fais mon bout de prêche aux vêpres, le courant est coupé, il pleut, c’est une soirée de dimanche quoi…

LUNDI 1 OCTOBRE
Les petits chameaux !
Cours de français avec les menuisiers, nous préparons une nouvelle dictée et je tente de leur faire comprendre comment ne pas se tromper entre les infinitifs et les participes passés, les fameux verbes homonymes qui sont la cause de tant de fautes dans les mails… J’espère d’ailleurs ne pas faire ce genre de fautes dans le présent torchon, j’en aurais honte, étant donné que c’est vraiment ce qui me fait le plus pester en lisant des mails ! bref, tout se passe bien avec eux.
Après une heure de pause dans mon emploi du temps, que je passe évidemment dans mon antre livresque, j’attaque le cours des méca élec, et là, c’est chaud ! Cette bande de gougnafiers ne cesse de ricaner pendant la dictée, puis pendant le contrôle de grammaire que je leur prop… non, impose. Il y en a deux qui sniffent un espèce de truc louche que je prends pour un bâton de colle et supprime, pour découvrir qu’il s’agit d’un innocent inhalateur de menthol. Je ne les engueule pas moins pour autant. Ensuite, deux types se lèvent et se disputent pour une histoire de portable, je ne comprends rien de leurs explications, ils parlent d’un pari sur mon dos, que l’un d’eux devait me poser une question sur le contrôle, je ne comprends pas en quoi cela constitue une prouesse… Ensuite le premier s’approche du deuxième pour lui reprendre son portable, celui-ci brandit son compas en le menaçant de l’empaler s’il fait un pas de plus. Je crains alors de me retrouver avec un remake de massacre à la tronçonneuse version compas, ce qui est moins dangereux mais tout de même salissant. Je les empoigne pour les emmener chez le fr. Paul-Marie pour qu’ils s’expliquent avec lui mais ils éclatent de rire en me disant que c’était pour rigoler. Je ne sais pas si c’est du lard ou du cochon, mais ça commence à passablement m’irriter, d’autant plus que le contrôle est encore en cours. S’ajoute à ça les hauts cris que pousse Roland, un des bons élèves de la classe, pour dénoncer plusieurs tricheurs qui lisent prétendument sur leurs tables des antisèches. Ne l’ayant pas constaté moi-même, et ne voyant rien en regardant la table, j’en conclue un non-lieu.
Quand le contrôle est fini, j’essaye de leurs faire le cours sur les PP et les infinitifs, mais ils ne laissent pas une seconde de silence, malgré mes coups de gueule, qui n’ont pour effet que de les énerver en les surprenant. Je leur dit qu’ils me font chier et qu’ils n’ont qu’à se démerder sans moi puisqu’ils sont si intelligents. Je prends mon barda et claque violemment la porte. De toute façon nous ne sommes qu’à cinq minutes de la fin du cours, mais je veux leur montrer qu’ils poussent un peu le bouchon !
Ils me croisent ensuite un peu penauds dans le centre, me voyant tête baissée et peu avenant. Je croise Roland à qui je demande de m’expliquer pourquoi c’était tant le brin. Il me répond comme je le voulais, c’est-à-dire en me conseillant la fermeté. Il me reproche, à raison, de ne pas avoir mis dehors les fouteurs de trouble (comme diraient « les inconnus », on a les références qu’on peut…) alors que je les en avais menacés. Je le remercie de sa franchise et promets une plus grande fermeté. Il me reproche aussi de ne pas avoir mis zéro aux grugeurs, car lui et d’autres bossent et en ont gros sur la patate. Ok, je vais être dur.
Je me rends compte que c’est dur d’être dur. Je veux être aimé des élèves, ce qui est normal, parce que c’est comme ça qu’ils voudront travailler. Alors je pense aux profs que j’ai moi-même eu, et je rends compte que les plus durs étaient respectés et aimés, et que les lavettes étaient chahutés.

Je redoute ensuite le cours de religion des 4e méca elec, qui m’avaient donné des sueurs froides la semaine dernière. Mais, à ma grande et agréable surprise, ils semblent captivés par l’exposé que je leur fait, au long de la lecture de la Bible (nous en avons une trentaine alors ils peuvent suivre en direct) de l’histoire de Joseph en Égypte. Je m’arrête à un moment pour leur demander si cette manière de faire leur va et s’ils ne dorment pas tous. Ils me répondent que c’est super et qu’il faut continuer. En fait, c’est un cours reposant, je lis une histoire, ils notent deux ou trois trucs et ils savent que le contrôle ne sera pas vache. Je veux qu’ils comprennent la Bible et qu’ils sachent ce qu’il y a dedans, ça les change des débats sur Gandhi…

MARDI 2 OCTOBRE
Encore et toujours la bibliothèque…
Journée passée dans la bibliothèque à virer des tonnes de bouquins…

J’ai de temps en temps de passionnantes conversations avec Pierre Claver, un séminariste salésien arrivé récemment, qui est Hutu et a connu ce qu’il appelle pudiquement les « évènements » de 1994. Pour mieux comprendre cette horrible page d’histoire et mieux le comprendre lui, j’ai regardé hôtel Rwanda. Très franchement, je ne l’ai pas regardé de la même façon le lendemain et j’ai entamé la discussion sur la suite, après les évènements. Il m’a expliqué que les Hutu, meneurs du massacre à l’origine, se sont fait chasser par les Tutsi au moment de leur reprise du pouvoir par les forces rebelles. Il m’a raconté ensuite sa fuite, à pied, sur des milliers de kilomètres à travers le Congo Kinshasa puis le Congo Brazzaville. Ce qui m’a énormément frappé, c’est sa façon de parler de la mort. Je lui demandais comment il avait la force de continuer à marcher alors qu’il avait perdu ses parents et presque tous ses frères et sœurs, comment il surmontait sa peine, et il me répondait qu’il ne ressentait pas de peine de les avoir perdus, puisqu’il était absolument persuadé de mourir très vite. La marche et la fuite n’étaient que devoirs de tentative de survie. Il n’avait aucun doute quant à l’issue proche, voire immédiate pour lui de toute cette histoire. La mort n’est peine, pour un chrétien, qu’en tant qu’elle est séparation d’avec l’être aimé, mais quand la sienne propre est proche, on ne sens pas cette séparation trop rudement. Il n’empêche qu’il a survécu et qu’il ressent maintenant cette amertume, qu’il ne montre pas mais qu’on sent, par son silence et sa discrétion, souvent présente chez ceux qui ont dans le fond du cœur une douleur qui les rend étrangers à la légèreté.

MERCREDI 3 OCTOBRE
Temps perdu…
Je pense que c’est une des choses qui me pèsent le plus ici, c’est le temps que l’on peut perdre, et qui semble être naturel aux gens. Dans une journée, nous perdons peut être presque une heure à chaque fois à attendre l’un ou l’autre ou à ne rien faire entre deux activités. Par exemple, les cours se finissent à 12h et le déjeuner n’est qu’une demi-heure plus tard. Aujourd'hui, j’atteins cependant des sommets en me rendant trois fois à la banque, pour qu’on me dise que ce n’est pas ouvert, puis que je n’ai pas les bons papiers puis que c’est fermé. Enfer et damnation !
Puis nous avons une réunion des profs qui, pour me mettre de bonne humeur me fait louper mes répétitions de chorales et dure deux heures pour…rien ! Bavardages inutiles et ratiocinations stériles à propos des cheveux des élèves ou de leurs tenues négligées…

Le soir, nous accueillons le P. Jean-Jacques, qui est prêtre en brousse et passe une nuit ici de temps en temps. Il est très sympa et j’aimerai beaucoup passer quelques jours avec lui, là-bas, loin de tout. Je parts dans de grandes considérations sur la différence de développement entre l’Europe et l’Afrique, du fait du décalage dans le temps de la création des états car il est pessimiste sur le sort à long terme de son continent. Nous avons mis plus de mile ans à stabiliser la France, ils n’ont qu’une centaine d’année d’existence pour la plupart, il faut du temps au temps. Il me demande ensuite un cours sur la révolution française. C’est un grand plaisir de parler du pays à quelqu’un qui écoute ! Puis nous terminons la soirée en beauté avec la victoire de Marseille contre Liverpool…
Demain, débarquement de quatre italiennes pour deux semaines et du provincial salésien pour une semaine de visite canonique, je vais ranger ma chambre…

jeudi 27 septembre 2007

Mercredi 19 - dimanche 23 septembre

MERCREDI 19 SEPTEMBRE
Réunion de lancement du centre de jeunes
Seule activité importante de la journée, la réunion de lancement des activités des jeunes. Nous nous retrouvons, tous les animateurs, avec le P. Zibi et une sœur, pour préparer l’année. C’est en fait une présentation des activités pour le P. Zibi qui sera en charge de tout ça. Je suis là comme spectateur. La réunion dure deux heures, car chacun a droit à la parole, et en use…Surtout Ousman, qui part dans une diatribe à propos de la chorale, mais il parle tellement longtemps que…je n’ai rien compris de ce qu’il voulait dire… Je suis obligé d’aller le voir à la fin de la réunion pour qu’il me résume sa pensée, sans grand succès…
Le centre compte donc pas mal d’activités, qui vont du foot aux servants de messe en passant par les cœurs vaillants et les trois chorales. En tout quatre pôles, sport, liturgie, action catholique et Unesco (groupe culturel), qui se divisent chacun en trois ou quatre groupes d’activités.

Alors tout démarre ! Peut être pas… Il faut encore attendre une semaine…Pationce !

JEUDI 20 SEPTEMBRE
Cours
Puisque je n’ai pas de cours les mardi et mercredi, les jeudi et vendredi sont des « grosses » journées. Cinq heures de cours, ça va encore !
Aujourd’hui, dictée dans les deux classes de 3e, que nous avons préparé lundi. C’est un texte de Bazin, tiré de vipère au poing. Je verrai les résultats, j’espère qu’ils ont bien profité de la préparation. Je leur donne aussi un examen de grammaire sur les cours que nous avons eu, on verra s’ils ont bûché un minimum…

VENDREDI 21 SEPTEMBRE
Cours et bibliothèque
Je rends les dictés et contrôles aux menuisiers, et je me rends compte de l’écart entre le premier et le dernier, en dicté, les notes vont de 14 à -1 (à la première dictée, sans préparation, la moyenne de la classe était de…40 fautes). Quant aux tests de grammaire, moyenne à 14, meilleur note à 18 et moins bonne 7. Le contrôle était vraiment facile, en témoignent le nombre de 15, mais certains semblent ne pas avoir été là pendant les cours, ils n’ont rien compris…C’est très dur de faire le grand écart entre les bons, avec qui on voudrait aller plus loin, et les mauvais, qui, si on les laisse en arrière, ne rattraperont jamais le bateau.

Je passe ensuite l’après-midi dans la bibliothèque à enregistrer des bouquins pour faire un fichier informatique propre et net. Il y a au moins 2000 livres, venus par containers entiers de Suisse vu les éditeurs. Il y a du bon, Hugo, Balzac, Zola, mais du moins bon, Gillo-Pétré (et oui, il savait écrire !), Rika Zaraï (encore mieux !), Bedos etc. Il y a aussi beaucoup de ces éditions en faux cuir, achetées par correspondance, les coupons étant donnés dans les science et vie et autres magasines dans les années soixante-dix. Les collections du genre « exploits extraordinaires », « les miracles de l’alchimie », « tout ce que l’Église vous a caché sur le frère de Jésus» etc. également beaucoup de livres de sectes, où Krishna est en bonne place.
Heureusement, le P. Joseph m’a donné licence pour évacuer les torchons, ça va y aller ! Par contre, j’ai trouvé un excellent bouquin « le cave se rebiffe », de Simonin, qui me permet de me délecter du bon vieil argomuche du titi de Panam !

SAMEDI 20 SEPTEMBRE
Rat de bibliothèque
Je passe la journée à enregistrer des bouquins, j’en suis à 600, courage !

DIMANCHE 23 SEPTEMBRE
Jour du seigneur
Messe avec les jeunes, la chorale d’aujourd’hui est « agrémentée » de la batterie et du piano, y’a du boulot !

jeudi 20 septembre 2007

Mardi 11 - mardi 18 septembre

Mardi 11 Septembre
Tranquillement
Journée plutôt cool, je donne une heure de cours de religion le matin, et retrouve Nicolas, mon ami séminariste, pour une petite visite des quartiers pauvres de la ville ainsi que du marché, dans lesquels il vaut mieux s’aventurer…accompagné !
Les quartiers pauvres ressemblent aux villages de la brousse. Les chemins sont en terre, les maisons en briques de terre et les toits en cette éternelle tôle ondulée. Je suis immédiatement saisi par le calme qui règne ici, loin des bars à la musique assourdissante et de la circulation klaxonnante du « centre ville »…où je vis.
C’est dans les quartiers que l’on saisit que la ville n’est en fait qu’un ensemble de petits villages. Nicolas m’explique que chaque quartier dispose de la structure hiérarchique traditionnelle, avec notamment le chef de village. Celui-ci est essentiellement un conseil de sagesse, et un arbitre de conflits mineurs. Nous sommes accostés dans notre promenade par un espèce de prophète de la nation triomphante qui nous hurle qu’il n’a pas peur des esprits ni des sorciers. Je suis un peu intrigué par cet hurluberlu, mais Nicolas semble être tout a fait accoutumé à ce genre d’individus, il ne s’interrompt même pas de parler, même si je n’entends absolument rien à cause du bonhomme.
Nous allons ensuite dans le marché d’Ebolowa, dédale de ruelles couvertes de tentures où règne une fraicheur providentielle. On peut trouver ici de tout, de la tondeuse sans lame ni moteur à la chaîne hi-fi ultramoderne, en passant par l’habillement et les chaussures de la dernière mode. Par contre, il faut être tenace négociateur, surtout si on est blanc…
Reste de la journée sans histoire. Ah ! oui, j’ai retenu le nom du père polonais : Zibnieff

Mercredi 12 septembre
RAS

Deux heures de français puis préparation des cours de religion, notamment découverte historique de la Bible.

Jeudi 13 septembre
RAS
Je commence à rentrer dans la routine. Le temps est très chaud ces derniers jours, et même si nous sommes en pleine saison des pluies, pas une goute de flotte…

Vendredi 14 septembre
Idem
Même chose qu’hier, rien d’extraordinaire, à part le match prof-élèves de foot pour le début d’année. J’y participe en tant que défenseur. Je suscite des exclamations quand je touche la balle, mais ce ne sont, étonnamment, pas des cris de fans, mais plutôt des éclats de rire. Je fais fi de ces quolibets pour être tout à ma tâche Thuramienne, et je trouve le moyen de glisser et de m’étaler majestueusement dans la boue, à la grande joie de la gente supportrice. Je me relève, le séant endolori, et je me rends compte que je perds mon short. Je pense à un soudain amaigrissement dû à l’effort de ces dix dernières minutes, mais me rends compte, déconfit, que mon costume de sport a souffert de ma chute…
Bref, dix minutes de match, et forfait pour short craqué ! Elle est belle l’image sportive de la France au Cameroun !
Je suis le reste du match, bien sagement assis sur le banc de touche, et je me rends compte à un moment que je suis intoxiqué par la télé. Un prof met en effet un magnifique but en pleine lucarne sur un coup franc, et je me dis aussitôt « on va voir ça au ralenti, ça devait être splendide… »…


Samedi 15 septembre
Déjà un mois !
Déjà un mois que je suis ici, tout va bien, je me balade un peu et assiste à la séance de répétition de la chorale des enfants. La pluie tombe par seaux, nous en avions bien besoin, quand il ne pleut pas, le soleil tape très fort sur mon crâne dégarni…

Petite aventure à la messe du soir, je me retrouve par deux fois obligé de sortir de l’église, en aube et sous la pluie, pour chercher la première fois le missel au presbytère, et la deuxième fois pour trouver la clef du groupe électrogène, l’électricité de la ville s’étant coupée en plein sermon du père Sbigniew…

Dimanche 16 septembre
Ouverture des activités des jeunes
Première messe des jeunes ce dimanche. En effet, pendant que les parents sont dans la grande église, les enfants de 0 à 20 ans sont dans la chapelle réservée à cet effet. Elle est située derrière le presbytère. Je pense qu’elle peut accueillir environ 300 personnes. Il y a donc quatre cent enfants pour la messe… On voit qu’ils suivent scrupuleusement l’exemple de leurs parents, ils arrivent jusqu’à la consécration…
La messe est bien animée, par des musiciens prêtés par les églises protestantes du quartier. Les catholiques ne sont pas très forts pour la musique, alors ils recrutent les prott pour mettre l’ambiance. C’est pour ça que le P. Joseph voudrait que je forme des guitaristes…
Après la messe ont lieu les cours de caté. Pour le moment, ce sont les inscriptions, environ quatre cent enfants sont attendus !

L’après midi, une scène assez comique. La presbytère à une chatte qui sert à attraper les souris qui ont tendance à pulluler dans les cuisines. Vu la taille de celles qu’elle attrape, je pense qu’elle est assez indispensable…bref, cette chatte met bas régulièrement de quelques chatons. Il y en a trois actuellement et le moment est venu de les donner. Or, ils ont élu domicile dans les tiroirs de la commode de la salle à manger. Ils grimpent par derrière et se planquent là pendant la journée, pourrissant allègrement les environs des fruits de leur digestion… Toujours est-il qu’Ousman, le menuisier de la paroisse est venu pour les prendre. Nous ouvrons les tiroirs, évidemment les chatons en profitent pour se carapater en vitesse et nous voilà en train de les poursuivre dans toute la maison, en nous faisant griffer par eux comme par leur mère. J’aurais bien filmé la scène pour la monter avec l’ouverture de Guillaume Tell tagada tagada tagada tsouin tsouin…

Lundi 17 septembre
5 heures de cours
Voilà, le rythme commence à venir, cinq heures à suer dans les salles de cours. Les élèves rigolent et marnent, mine de rien. Le gros problème, c’est que pour deux ou trois qui participent et comprennent bien les choses, d’autres n’impriment absolument rien. J’ai beau essayer de leur donner des trucs pour comprendre, ils écoutent mais ne pigent pas. J’ai peur pour les interros. Je me rends compte que ce n’est pas facile de mettre des taules. C’est dur de donner un contrôle en connaissant les résultats à l’avance. Est-ce que ça les motivera à travailler, ou laisseront-ils tomber ?
Ça, c’est pour le français. Pour les cours de religion, le contact avec les élèves est plus compliqué, du fait du sens même de ce cours. Étant donné que je ne veux pas en faire un cours de caté ou d’Aumônerie, je choisis de leur faire un cours un peu magistral sur la religion, ils n’en ont jamais eu et je suis sur que c’est plus productif que des discutions stériles. Nous voyons pour le moment la Bible, et je suis en train de préparer une sorte de cours sur le crédo à partir du Catéchisme de l’Église Catholique et du catéchisme des évêques de France. Nous verrons ce que ça donnera. Je pense aussi leur donner des exposés à faire, mais je préfère ne pas trop compter sur leur travail personnel, ça à l’air d’être le cadet de leurs soucis.

Mardi 18 septembre
RAS

Pas de cours aujourd’hui, RAS à part une petite visite chez Ousman, le menuisier, pour lui rendre des DVD et l’aider avec son ordinateur. La taille de sa maison est assez effrayante tout de même, il doivent être une dizaine dans trois pièces surcharger, sans dire la chaleur étouffante venant des taules.

mardi 11 septembre 2007

Samedi 8 - lundi 10 septembre 2007

Samedi 8 septembre
Grammaire et arrivée de renforts
Aujourd’hui, journée plutôt tranquille, je continue à faire des fiches de grammaire, pas d’aventure extraordinaire.
Je reçois la visite d’un musicien, dont le nom de « scène » est Kastel, du nom de la bière la plus bue au Cameroun…il me propose de donner des cours de guitare avec moi, gratuitement, aux jeunes de la paroisse qui le désirent. J’accepte, mais je me rends compte que je vais avoir beaucoup de choses à mener de front quand les activités vont vraiment reprendre. J’espère avoir les grâces nécessaires pour les accomplir ou oser les lâcher…
Nous accueillons le soir un père polonais qui vient de la communauté de Port-Gentil, au Gabon. Le père Joseph m’avais prévenu voilà deux jours que des renforts allaient arriver pour aider à la paroisse, mais Frédéric n’était pas au courant. Quand je lui en avais parlé, pas plus tard qu’hier, il m’avait dit qu’il ne savait pas. Et le père arrive aujourd’hui…
C’est une vraie bénédiction pour Frédéric que d’avoir un prêtre en plus. Je sentais qu’il était vraiment débordé, ce qui expliquait son caractère un peu difficile. Maintenant, il va pouvoir partager les messes, les confessions et les enterrements. Ceux-ci prennent du temps, parce qu’il faut aller à la mise en bière à la morgue, puis célébrer la messe dans la maison du défunt. C’est un us que Frédéric a du mal à comprendre. Il est très retissant à célébrer la messe chez les gens qui n’étaient pas fidèles à la messe dominicale. De plus, ces messes sont le plus souvent vers 21h, et durent assez longtemps…Heureusement, il y a finalement assez peu d’enterrements sur la paroisse. Je ne me rends pas très bien compte de leur fréquence dans les paroisses françaises, mais quand je lui ai demandé combien il enterrait de gens en moyenne par semaine, il m’a répondu « quand même pas toutes les semaines ! ».
Enfin, tout ça pour dire que le père polonais est le bienvenu. Je suis désolé de ne pas mettre ici son nom, mais il est extrêmement barbare à mes oreilles françaises, ce qui le fait beaucoup rire. Je vais mettre du temps à le retenir !

Dimanche 9 Septembre
Repos dominical
Je chante pour la première fois dans la chorale. Gros défi, je n’ai assisté qu’a une des répétitions sur trois, et je ne connais même pas la première voix de trois quarts des chants, alors pour la ténor…De plus, étant le seul blanc de l’assemblée, je suis pas mal regardé, alors je déchiffre en direct pour chanter avec les autres, ou me rabat sur le play-back…
Je confie doucement à Frédéric mon scepticisme quant au choix des chants de la messe, m’attendant à ce qu’il les défende, mais au contraire, il abonde dans mon sens et m’encourage à enrichir leur répertoire. Je vais essayer, mais mon but n’est pas de vouloir tout changer, ce qui pourrait être mal perçu et créer des tensions.
A l’apéritif, bonne discussion avec les pères sur la justice au cameroun. J’apprends que le lynchage est ici extrêmement courant. Les voleurs pris sur le fait sont massacrés par la foule sans autre forme de procès. Ainsi un enfant a été tué l’année dernière pour avoir volé deux mangues sur un arbre ! Le P. Artur me raconte aussi comment, alors qu’il revenait de Yaoundé, il avait trouvé une fois la route barrée, un homme gisant en son milieu. Celui-ci avait été roué de coups en punition d’un quelconque vol, et nul n’osait le toucher de crainte de se rendre impur ! Le bon samaritain Artur s’est empressé de le conduire, plus mort que vif, à l’hôpital d’Ebolowa.
Les bulus ont une justice extrêmement dure, ils n’ont pas peur de tuer les gens ou de leur faire subir des supplices vraiment atroces. C’est surtout le cas dans les villages, qui continuent, en dépit du travail des missionnaires, à vivre selon les coutumes ancestrales. Ainsi l’adultère est très sévèrement puni, comme d’habitude plus pour les femmes que pour les hommes coupables… Et, plus surprenant, le veuvage d’une femme était (je ne sais pas si c’est encore le cas) accompagné également de terribles humiliations et privations, en plus du deuil de son mari. Ici, toute mort est considérée comme imputable à quelqu'un.

Le soir, je préside les vêpres, et je fais un micro-sermon, sur l’évangile de ce matin. Je ne sais pas si c’est vraiment ma place, mais je le fais de tout cœur et y prends un grand plaisir. Je me sens profondément à ma place et à l’aise dans l’explication de la Parole de Dieu. Je rends grâce à mes exposés à l’IET de Bruxelles qui m’ont donné une bonne assurance orale.
Puis bonne discussion avec Nicolas, un séminariste du diocèse, à propos des difficultés des séminaristes ici. Visiblement, leur vie est bien moins simple que la notre, tant financièrement qu’avec leur famille. Surtout ceux qui quittent ou sont renvoyés du séminaire. Ils sont alors relégués du rang de notable à celui de paria, soupçonné des pires perversions. Beaucoup sombrent dans l’alcool, comme l’un de ses propres cousins, ou fondent carrément leur secte. Très rares sont ceux qui réussissent dans la vie après cela.

Lundi 10 septembre 2007
Ça y est, je suis prof !
Ce matin, jour de rentrée (enfin !) au centre Don Bosco. À 7h15, mot du matin du P. Joseph, qui exhorte ses élèves à la discipline, notamment à la ponctualité. Ce sont visiblement plus les professeurs qui auraient besoin de se surveiller à ce propos… Il présente les professeurs pour les nouveaux, et les anciens les acclament en hurlant de rire avec leurs surnoms. L’ambiance est extraordinaire, très chaleureuse. Quand viens mon tour, il y a un gros blanc dans la salle (c’est le cas de le dire ouah ouah ouah !). Ils redoutent d’avoir pour professeur de français…un français…
Dès 7h30, les cours commencent ! Je donne deux heures de français à ma classe de 3eme menuiserie. La prise de contact est plutôt timide de leur côté. Ils ne sont pas nombreux (huit), et seulement des garçons. J’essaye de les mettre à l’aise en paraissant détendu, mais ils continuent à faire profil bas…
Je me lance alors dans mon test de début d’année et leur fait subir ce que je détestait : la dictée. Quelle étrange sensation que de se trouver de l’autre côté du texte ! J’ai l’impression de les trahir en faisant le professeur, moi qui n’ai jamais eu plus de…zéro en dictée !!! De plus, je me sens comme le speaker de la BBC pendant la guerre, à répéter lentement des bouts de phrases qui n’ont ni queue, ni tête « le crocodile plongea dans l’eau, je répète, le crocodile plongea dans l’eau… ». Ils sont très lents à écrire et je vois par-dessus leur épaule les énormes fautes qui traduisent un gros manque de compréhension du sens même des phrases. Ce sont des lacunes dues à un enseignement primaire bâclé. De plus, la plupart de ces élèves ont été mis ici en raison d’un échec scolaire dans la filière dite normale. Je vais tout faire pour les aider, parce qu’un mauvais niveau de français les handicaperait énormément sur le marché du travail. Je les soumets ensuite à un test de grammaire et conjugaison, niveau 6e je pense, pour voir où nous en sommes. Je ne leur compterai pas les résultats d’aujourd’hui, les pauvres, je les prends un peu en traitre, à 8h du matin, au retour des vacances !

Bonne mésaventure, une deux heures après être revenu de ce cours, alors que j’ai écrit deux ou trois choses, je me mets à faire mon planning, et je me rends compte que…je devrais être en train de donner cours depuis une heure à la classe de troisième mécanique et électrique…
J’y cours et les trouve à glander tranquillement dans leur classe. Ils ne semblent pas m’en vouloir de leur avoir donné une heure de récréation gratuite ! c’est une classe bien plus vivante que celle de menuiserie. Je suis immédiatement rebaptisé « Golgotha »…
Je laisse tomber la dictée pour leur faire faire le test de grammaire du fait du temps perdu par ma faute. Ils démarrent sans rechigner, mais au bout de trois minutes l’un d’entre eux, un certain Dick, me demande de sortir pour faire vous savez quoi. Je sens évidemment l’arnaque, mais décide de le tester pour voir combien de temps il osera sécher. Je ne suis pas déçu, il ne réapparait tout simplement pas de l’heure ! Un culot énorme quand même ! Premier cours, les autres sont en test, et lui sèche délibérément ! Waouh ! Ça c’est un roi de la sèche ou je ne m’y connais pas ! Je signale évidemment ce cas au frère Paul-Marie, préfet disciplinaire, qui me rassure en me disant que…je verrai bien pire ! Yepee ! On va bien samuzé !

Avant le déjeuner, je passe par la maison, où je discute un peu avec Maman Christine, notre cuisinière, qui me demande combien j’ai de frères et sœurs. Quand elle apprend que nous sommes sept, elle s’exclame que nous somme des africains, ou qu’au moins on vit comme eux. Nous rions tous les deux, puis nous parlons de la mortalité infantile ici. Elle m’apprend que sa petite sœur a mis au monde neuf enfants, et en a perdu cinq. Je lui demande alors quel est le rapport au deuil de l’enfant. Le cliché courant en Europe est qu’un de plus, un de moins…Mais elle me dit qu’au contraire, aucun enfant ne remplace un mort. Elle m’explique aussi qu’il est courant que des vengeances passent par l’empoisonnement des enfants de l’autre, et que souvent, on profite que la mère allaite pour la tuer et tuer l’enfant par son lait.

Au retour à l’école, je suis alpagué par Kastel, le musicien, qui m’apprend que sa femme vient de le quitter avec les enfants et tout son avoir pour retourner au Sénégal, d’où elle est. Il est en détresse et a besoin de 20000CFA pour aller l’empêcher de prendre l’avion à Douala. Ce prix me parait assez excessif, mais bon. Je suis tenté de lui faire confiance et l’introduit auprès du P. Joseph, pas question de lui donner par moi-même, ce serait le meilleur moyen de m’attirer des ennuis. Cela ne m’empêche pas de compatir !
L’après-midi, premier cours de religion, élèves très vivants, mais étonnamment ignorants de la religion. Je suis très étonné. On va rattraper ça ! Pour commencer, étude de la Bible, ponctuée par des questions sur la discipline morale de l’Église. Voilà des questions qui taraudent tous les jeunes gens !