Mardi 11 Septembre
Tranquillement
Journée plutôt cool, je donne une heure de cours de religion le matin, et retrouve Nicolas, mon ami séminariste, pour une petite visite des quartiers pauvres de la ville ainsi que du marché, dans lesquels il vaut mieux s’aventurer…accompagné !
Les quartiers pauvres ressemblent aux villages de la brousse. Les chemins sont en terre, les maisons en briques de terre et les toits en cette éternelle tôle ondulée. Je suis immédiatement saisi par le calme qui règne ici, loin des bars à la musique assourdissante et de la circulation klaxonnante du « centre ville »…où je vis.
C’est dans les quartiers que l’on saisit que la ville n’est en fait qu’un ensemble de petits villages. Nicolas m’explique que chaque quartier dispose de la structure hiérarchique traditionnelle, avec notamment le chef de village. Celui-ci est essentiellement un conseil de sagesse, et un arbitre de conflits mineurs. Nous sommes accostés dans notre promenade par un espèce de prophète de la nation triomphante qui nous hurle qu’il n’a pas peur des esprits ni des sorciers. Je suis un peu intrigué par cet hurluberlu, mais Nicolas semble être tout a fait accoutumé à ce genre d’individus, il ne s’interrompt même pas de parler, même si je n’entends absolument rien à cause du bonhomme.
Nous allons ensuite dans le marché d’Ebolowa, dédale de ruelles couvertes de tentures où règne une fraicheur providentielle. On peut trouver ici de tout, de la tondeuse sans lame ni moteur à la chaîne hi-fi ultramoderne, en passant par l’habillement et les chaussures de la dernière mode. Par contre, il faut être tenace négociateur, surtout si on est blanc…
Reste de la journée sans histoire. Ah ! oui, j’ai retenu le nom du père polonais : Zibnieff
Mercredi 12 septembre
RAS
Deux heures de français puis préparation des cours de religion, notamment découverte historique de la Bible.
Jeudi 13 septembre
RAS
Je commence à rentrer dans la routine. Le temps est très chaud ces derniers jours, et même si nous sommes en pleine saison des pluies, pas une goute de flotte…
Vendredi 14 septembre
Idem
Même chose qu’hier, rien d’extraordinaire, à part le match prof-élèves de foot pour le début d’année. J’y participe en tant que défenseur. Je suscite des exclamations quand je touche la balle, mais ce ne sont, étonnamment, pas des cris de fans, mais plutôt des éclats de rire. Je fais fi de ces quolibets pour être tout à ma tâche Thuramienne, et je trouve le moyen de glisser et de m’étaler majestueusement dans la boue, à la grande joie de la gente supportrice. Je me relève, le séant endolori, et je me rends compte que je perds mon short. Je pense à un soudain amaigrissement dû à l’effort de ces dix dernières minutes, mais me rends compte, déconfit, que mon costume de sport a souffert de ma chute…
Bref, dix minutes de match, et forfait pour short craqué ! Elle est belle l’image sportive de la France au Cameroun !
Je suis le reste du match, bien sagement assis sur le banc de touche, et je me rends compte à un moment que je suis intoxiqué par la télé. Un prof met en effet un magnifique but en pleine lucarne sur un coup franc, et je me dis aussitôt « on va voir ça au ralenti, ça devait être splendide… »…
Samedi 15 septembre
Déjà un mois !
Déjà un mois que je suis ici, tout va bien, je me balade un peu et assiste à la séance de répétition de la chorale des enfants. La pluie tombe par seaux, nous en avions bien besoin, quand il ne pleut pas, le soleil tape très fort sur mon crâne dégarni…
Petite aventure à la messe du soir, je me retrouve par deux fois obligé de sortir de l’église, en aube et sous la pluie, pour chercher la première fois le missel au presbytère, et la deuxième fois pour trouver la clef du groupe électrogène, l’électricité de la ville s’étant coupée en plein sermon du père Sbigniew…
Dimanche 16 septembre
Ouverture des activités des jeunes
Première messe des jeunes ce dimanche. En effet, pendant que les parents sont dans la grande église, les enfants de 0 à 20 ans sont dans la chapelle réservée à cet effet. Elle est située derrière le presbytère. Je pense qu’elle peut accueillir environ 300 personnes. Il y a donc quatre cent enfants pour la messe… On voit qu’ils suivent scrupuleusement l’exemple de leurs parents, ils arrivent jusqu’à la consécration…
La messe est bien animée, par des musiciens prêtés par les églises protestantes du quartier. Les catholiques ne sont pas très forts pour la musique, alors ils recrutent les prott pour mettre l’ambiance. C’est pour ça que le P. Joseph voudrait que je forme des guitaristes…
Après la messe ont lieu les cours de caté. Pour le moment, ce sont les inscriptions, environ quatre cent enfants sont attendus !
L’après midi, une scène assez comique. La presbytère à une chatte qui sert à attraper les souris qui ont tendance à pulluler dans les cuisines. Vu la taille de celles qu’elle attrape, je pense qu’elle est assez indispensable…bref, cette chatte met bas régulièrement de quelques chatons. Il y en a trois actuellement et le moment est venu de les donner. Or, ils ont élu domicile dans les tiroirs de la commode de la salle à manger. Ils grimpent par derrière et se planquent là pendant la journée, pourrissant allègrement les environs des fruits de leur digestion… Toujours est-il qu’Ousman, le menuisier de la paroisse est venu pour les prendre. Nous ouvrons les tiroirs, évidemment les chatons en profitent pour se carapater en vitesse et nous voilà en train de les poursuivre dans toute la maison, en nous faisant griffer par eux comme par leur mère. J’aurais bien filmé la scène pour la monter avec l’ouverture de Guillaume Tell tagada tagada tagada tsouin tsouin…
Lundi 17 septembre
5 heures de cours
Voilà, le rythme commence à venir, cinq heures à suer dans les salles de cours. Les élèves rigolent et marnent, mine de rien. Le gros problème, c’est que pour deux ou trois qui participent et comprennent bien les choses, d’autres n’impriment absolument rien. J’ai beau essayer de leur donner des trucs pour comprendre, ils écoutent mais ne pigent pas. J’ai peur pour les interros. Je me rends compte que ce n’est pas facile de mettre des taules. C’est dur de donner un contrôle en connaissant les résultats à l’avance. Est-ce que ça les motivera à travailler, ou laisseront-ils tomber ?
Ça, c’est pour le français. Pour les cours de religion, le contact avec les élèves est plus compliqué, du fait du sens même de ce cours. Étant donné que je ne veux pas en faire un cours de caté ou d’Aumônerie, je choisis de leur faire un cours un peu magistral sur la religion, ils n’en ont jamais eu et je suis sur que c’est plus productif que des discutions stériles. Nous voyons pour le moment la Bible, et je suis en train de préparer une sorte de cours sur le crédo à partir du Catéchisme de l’Église Catholique et du catéchisme des évêques de France. Nous verrons ce que ça donnera. Je pense aussi leur donner des exposés à faire, mais je préfère ne pas trop compter sur leur travail personnel, ça à l’air d’être le cadet de leurs soucis.
Mardi 18 septembre
RAS
Pas de cours aujourd’hui, RAS à part une petite visite chez Ousman, le menuisier, pour lui rendre des DVD et l’aider avec son ordinateur. La taille de sa maison est assez effrayante tout de même, il doivent être une dizaine dans trois pièces surcharger, sans dire la chaleur étouffante venant des taules.
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