Mercredi 15 août 2007
Voyage + accueil
Le voyage en avion s’est passé sans encombre, 6h15 qui sont passées très vite grâce aux films que j’ai enchainés…ce qui m’a permis de ne pas trop penser au saut que je faisais, en quittant la famille pour cette terre inconnue.
Dès la descente de l’avion, on comprend que le climat à changé en 6000 km ! Je sens de l’air chaud me venir des persiennes du couloir de débarquement et je pense au début que ce sont les refoulements de la climatisation, mais non, c’est bien l’air ambiant, je suis en Afrique, il pleut mais il fait trente degrés dehors !
Je savais que Thomas, séminariste Camerounais aux études à Bruxelles, et avec qui j’avais passé une année là-bas, devait venir me prendre à l’aéroport avec « Papa Ngaliembou » mais je suis extrêmement soulagé de le voir m’attendre après le contrôle des passeports. Nous poireautons pendant deux clopes avant que mes bagages n’arrivent, sans dommage, impecc ! Puis nous sortons de l’aéroport, le plus grand du Cameroun, mais qui évidemment est ridicule à côté de celui de Beauvais… Je suis directement harcelé par deux gamins qui me demandent dix euros parce qu’ils ont porté mon sac sur trois mètres, en me l’ayant pris des mains. Je ne suis pas encore rompu aux techniques de négoce, mais je me doute que dix euros sont légèrement exagérés, puisqu’ils représentent le tiers du SMIC local…Nous les ignorons et sortons sans plus de troubles.
Dans le parking, je m’amuse à regarder les voitures, dont l’une est couverte de boue des roues jusqu’au toit, sans qu’il y ait la moindre visibilité par le pare brise, et pourtant elle est garée à un endroit qui n’a absolument pas été inondé. Marrant. Papa Ngaliembou a cependant une très belle Toyota avec une clim super efficace, ce qui me fait me dire que je ne passerai pas une nuit dans un taudis. Non pas que ça me rebute tellement, mais tant qu’on peut faire la transition en douceur…
Alors nous sortons et traversons Douala. Là, c’est le plongeon. Pas de lignes sur la route, on roule à droite quand on peut, et à gauche…quand on peut ! Les taxis moto se bousculent et Thomas me dit qu’ils sont la cause de dix accidents par heure, ça ne loupe pas, à notre gauche l’un d’entre eux se casse la gueule, pas de bobo, éclat de rire dans la voiture.
Je me rends compte que je suis vraiment dans un univers radicalement différent de tout ce que j’ai pu voir avant, une végétation totalement nouvelle, manguiers, papayers, bananiers etc. et une crasse inouïe. On a l’impression que la boue sourd de chaque scellement des parpaings inégaux. Et l’état du macadam se détériore au fil de la route, sans parler de la foule qui fait commerce de trois brosses à dents, ou des échoppes « plombier professionnel », « coiffeur moderne » et autres fantaisies pleines d’autant de charme que de fautes d’orthographe.
Nous larguons Thomas en cours de route, et arrivons au quartier de Papa Ngaliembou, et là, mes espoirs de confort s’envolent, nous tournons à gauche, quittant une portion de route étonnement neuve, pour s’aventurer dans un dédale de chemins aussi pentus que boueux. Hallucinant ! Sa Toyota grimpe sans rechigner dans ces lits de torrent aux pierres saillantes, avec des trous de trente centimètres. Plus on avance, plus je me dit que la voiture doit être son seul luxe et que nous allons nous retrouver dans un bouge immonde. Je m’en fous cependant royalement, je suis heureux d’être là et Papa Ngaliembou est extrêmement sympa et rigolard. Mais au bout de dix minutes, nous arrivons devant une grosse maison-forteresse quasiment neuve, assez kitch dès l’abord pour reconnaître sans doute le goût Africain, et je suis accueilli par toute la maisonnée de l’Emmanuel du quartier qui était rassemblée pour fêter le quinze août. On chante et on tape des mains pour m’accueillir, puis nous nous posons au salon avec Papa Ngaliembou pour se boire un Martini plein de glaçons. Je me suis d’ailleurs rendu compte après que je ne sais pas d’où venait l’eau pour les faire, on verra demain à la musique intestinale…
Puis on nous sert, à 17h… un copieux repas typiquement du coin, j’avais bien fait de lui dire dans la voiture que j’avais envie de tout gouter ! En fait, ça tombe bien que ce soit le quinze août, puisqu’on finit ainsi tous les restes du repas de fête. Au menu crudités qui me permettent d’apprécier les vrais avocats, puis riz accompagné de porc et bœuf épicés. Je ne sais pas d’où venait le porc, mais je n’avais jamais gouté cette partie là, des bouts moyens en taille, avec quatre centimètres de graisse gélatineuse…mais c’était pas mal, puis du poisson avec de l’écorce de je sais pas quoi, très noir, comme de la mélasse mais assez doux. Quand je prends un morceau du poisson, il me dit que c’est la tête et que ce ne sera pas très bon, j’en prends un autre, 100% d’arêtes, immangeable…puis des bananes plantain frites, très bonnes, et de la racine de manioc, entre la pomme de terre et la banane, vraiment pas mal non plus. Le tout accompagné d’une bouteille de pinard français, un Cabernet Sauvignon très agréable.
J’apprends ensuite que Papa Ngaliembou est avocat, ce qui explique son aisance et sa position sociale. J’en ai la preuve le soir même : je vais avec lui pour accompagner des gens dans un endroit où prendre un taxi, puisqu’ils ne montent pas dans leurs chemins douteux. On se fait arrêter par les flics parce qu’on dépose quelqu'un en plein carrefour, et il lui suffit de dire « eh ! chef, je suis avocat », sans aucune preuve, pour qu’on nous laisse passer notre chemin…je lui dit alors que je dirai toujours que je suis avocat et il me répond en éclatant de rire que ça marche encore mieux pour les prêtres ! Ça m’va !
Nous rentrons et je décide d’aller écrire ces quelques lignes avant de me coucher, je me permet d’abord une inspection des gogues, un chiotte normal, mais des cafards, sans exagérer, longs comme mon index, et je constate que la porte n’est tout simplement pas à la bonne taille pour l’encadrement, ce qui empêche toute fermeture. Étant donné que la douche est dans la même pièce, sans cabine et sans bac mais avec évacuation directement au sol, j’espère ne pas être surpris sexe nu demain matin !
Je me pieute maintenant dans un lit king size avec la clim’, comme dans toutes les pièces de la maison, pour me préparer à la deuxième partie de mon voyage.
Première journée parfaite, le reste suivra !!!
Jeudi 16 août 2007
Voyage Douala-Yaoundé
Je me lève comme prévu vers 7h pour prendre le petit dèj avec Papa Ngaliembou et partir tôt à la capitale. Je me rends compte que la douche n’a qu’un seul robinet, celui avec un petit truc bleu en plastique…réveil assuré ! On nous sert de l’omelette aux oignons et un café, le réveil se poursuit aussi efficacement.
Je n’avais rien compris hier, ce n’est pas quelqu'un qui doit m’emmener en voiture jusqu’à Yaoundé, mais nous sommes sensés y aller ensembles en bus. Peu importe, papa Ngaliembou doit nous emmener au départ du car pour 9h, sa belle sœur tarde, nous partons sans elle, elle se débrouillera avec les taxis pour prendre le prochain départ…Il contacte Papa Pierre, responsable de l’Emmanuel Cameroun, qui vit à la capitale, pour qu’il se charge de moi et me fasse faire le transfert.
Le voyage dure trois heures, et je ne touche pas au livre que j’avais pris, subjugué par le paysage. En traversant encore la ville, je suis fasciné par tous ces commerçants, artisans et autres marchants ambulants (allitération). Puis nous roulons dans la forêt pendant deux cent kilomètres. Les essences d’arbres me sont inconnues, sinon par la télé, et je guette sur les arbres pour voir des singes. Je n’en verrai pas mais j’aperçois un toucan, ou un oiseau lui ressemblant, ce qui suffit à me consoler. À mesure qu’on s’éloigne de la ville, les maisons se font de plus en plus pauvres, de la brique au bois, du bois au torchis, puis une petite ville et ainsi de suite, jusqu’à Yaoundé.
Là, papa Pierre arrive avec sa femme et son chauffeur dans une Nevada arborant « Mission catholique, communauté de l’Emmanuel ». Je n’ai pas besoin de longtemps pour qu’on se reconnaisse…Il m’emmène directement manger un morceau, et nous atterrissons dans une espèce de rôtisserie assez sale, où nous mangeons un très bon poulet aux piments, avec des frites et des plantains frites. Je manque de m’étouffer avec le piment que j’avale de travers, bien qu’il ne soit pas trop piquant. Maman Françoise est très intriguée par le fait que je fumais quand ils sont arrivés pour me prendre, alors que ce n’est visiblement pas bien vu du tout dans le pays. Bourde, je me planquerai à l’avenir…Elle m’explique que ça ne fait pas sérieux, que c’est pour ceux qui se « refuge » dedans…
Puis nous partons pour le car qui doit m’emmener à Ebolowa. Pierre me prévient que le transport sera spartiate, ce que je constate en voyant les mythiques cars africains, surmontés du classique chapeau de bagages. Après une demie heure d’attente, nous faisons charger les sacs, je m’apprête à monter dans le car, quand Pierre décide de prévenir le P. Joseph, supérieur d’Ebolowa, que je parts. Il demande de tout stopper pour qu’on me dépose à la maison mère de Yaoundé !
Nous déchargeons et reprenons la voiture, je sens que Pierre commence à faire la gueule même s’il n’en dit rien…nous tentons alors de repartir et la circulation est totalement bloquée vers le centre ville, impossible de bouger. Pierre et Françoise me disent que ça tombe bien puisqu’il y a une cérémonie de condoléance pour une de leurs cousines, dans la direction opposée. En route pour ma « première expérience sociale camerounaise » selon Pierre ! Nous arrivons dans une maison en construction avec une vingtaine de mamans en Boubou, nous prenons place et poireautons. Visiblement, on attend une délégation qui est bloquée sur la route. Elles arrivent au bout d’une demi heure en expliquant que toute la circulation de la ville a été bloquée parce que le Président se déplaçait…tu parles d’un merdier !
La cérémonie commence par une prière en français suivie de chants de tristesse puis de louange. Nous restons à l’écart pour une raison que j’ignore, puis nous allons à l’intérieur pour manger tous les trois. Je n’ai pas fin mais me forces, au menu sorte de pâte de haricots orange frite avec des piments accompagné de bananes vertes cuites, de manioc et d’arachides bouillies. Pas mal, mais à 16h…
Un coup de fil du P. Khonde qui commence à s’inquiéter nous remet sur la route, qui s’est débouchée entre temps. Sans encombre particulière – je ne compte pas les contresens et passages sur les trottoirs – nous parvenons à la maison mère des salésiens, un collège qui donne sur le principal carrefour de Yaoundé, le carrefour de la poste centrale.
De ma chambre, j’ai vue sur le Hilton, la Société Nationale d’Investissement, et d’autres immeubles modernes. Mais je vois en contraste, juste à ma gauche, un immeuble de vingt étages, en béton, qui n’est tout simplement pas fini, et abandonné depuis dix ans…on s’est contenté de l’utiliser pour peindre au dernier étage une grande inscription « votez Paul Biya »…
Je rencontre le P. provincial, ainsi que le P. Arthur, un polonais d’une trentaine d’années, qui sera à Ebolowa avec moi. Après cela, je vais me promener dans les petites rues adjacentes pour découvrir de plus près tous ces petits vendeurs qui vendent de tout et de rien, attendant des heures pour trouver un rare client plus riche qu’eux. Je rentre par des ruelles miteuses puant horriblement et je retrouve le P. Arthur en me plaignant, pour amorcer la conversation, de la chaleur. Il me répond qu’au contraire il fait abominablement froid, et je comprends que mes pulls resteront sagement rangés pour un bout de temps !
À l’heure où j’écris, j’attends pour aller à l’office en entendant le ballet des voitures sur le carrefour. A entendre la fréquence des klaxons, on croirait qu’ils sont branchés directement sur les pistons des moteurs ! Il est 18h45 et le soleil est couché depuis maintenant un quart d’heure.
Vendredi 17 Août 2007
Yaoundé-Ebolowa
J’écris ces lignes trois jours après les faits, ils seront donc moins bien détaillés, dommage pour les souvenirs, mais les conditions ne me permettaient pas d’écrire.
Journée qui commence bien, levé pour la messe de 7h, petit dèj, puis je passe le reste de la matinée à travailler sur les souvenirs de Grand Père que Papa m’a donnés à relire. Après le déjeuner, je commence à me sentir patraque, et ça va aller en s’empirant pendant tout l’après-midi. Je reste au lit et je sens la fièvre monter progressivement. Je devais partir à 13h par le bus avec quelques professeurs d’Ebolowa en formation ici à Yaoundé, mais le P. Joseph préfère que j’attende le soir, vers 18h, qu’arrive une voiture d’Ebolowa qui fait l’aller-retour pour déposer quelqu'un. J’attends donc, puis nous voilà en Pickup pour le voyage. Roger roule à tombeau ouvert sur la route qui est très bonne mais très dangereuse à cause des piétons qui marchent n’importe où et des troncs d’arbres posés ça et là le long de la route et qui interdisent de mordre sur l’herbe un tant soit peu.
Je crois mourir pendant ce voyage, qui ne dure que deux heures qui m’en paraissent quatre. Je grelotte et veux mettre le chauffage, mais, évidemment, les ventilateurs de la voiture ne sont conçus que pour la rafraichir…
Nous arrivons vers vingt heures trente à Ebolowa, où nous accueille le P. Joseph. Je suis très impressionné par la modernité des lieux, qui datent des années quatre-vingt, mais dont la peinture bien entretenue fait neuf. La mission d’Ebolowa est un complexe énorme, sur trois où quatre étage suivant les endroits. Je ne connais encore pas bien les lieux car aujourd’hui lundi 20 août, le P. ne m’a toujours pas fait visiter. Pour dire combien c’est grand, je me suis complètement perdu hier soir en rentrant de regarder la télé (bon réconfort pour le cafard, on capte plein de chaînes françaises !).
Je me couche en arrivant en m’excusant auprès du P., mais je ne tiens plus debout. Cependant, impossible de dormir avant tard, tous les soirs, jusqu’à deux heures du mat, il y à un ramdam de tous les diables dans la ville, je ne sais pas quand ces gens dorment !?
Samedi 18 Août 2007
Révolution dans les Pays-Bas et prison
A mon lever, vers 8h30 (grass-mat du convalescent), je tombe dans la galère totale, genre Chaillé… Je me lève, en me rendant compte que la fièvre est passée mais que les intestins n’apprécient pas la cuisine locale. Je fais mon affaire dans mes chiottes privées (heureusement), et je me rends compte que le PQ ne suffira absolument pas ! Qu’importe me dis-je, j’en profiterai pour prendre ma douce et laver la souillure que le fondement de mon être ne saurait tolérer sans rougir ! Peste ! Pas d’eau ! rien ! NOOOOOOOOOOOOOOONNNNNNN !!!!!!!!!!!!![1]
Énorme moment de solitude, je décide, après avoir rentabilisé le carton du rouleau, qu’il faut que je sorte pour me mettre en quête de la précieuse denrée. Je tombe sur le P. Joseph qui veut que je mange quelque chose, mais ce n’est pas par ce bout là du processus que je suis obnubilé…Il me confie à Patrice, une sorte de novice très sympa, à qui je demande des chiottes, qu’il m’indique, je fais le plus silencieusement les sept cabines sans trouver ce que je cherche et finalement, penaud, j’ose lui demander de me fournir ce dont j’ai besoin. L’affaire semble ridicule après coup, et j’aurais dû être plus simple, mais j’ai bien paniqué… (et une histoire de gros popo en plus a raconter dans les dîners entre copains !!!).
Après, plus sérieusement, je fais la connaissance d’une bande de sept italiens qui sont venus passer un mois ici. Il leur reste deux semaines. Le P. Mierco qui les accompagne me propose de rejoindre le groupe qui nous a devancés à la prison de la ville. Super, première expérience pastorale concrète, la taule !
On a certains clichés sur les prisons du tiers-monde, genre sale, plein de maladies, de corruption et de violences, et bien je n’ai pas encore changé mes clichés. C’est exactement ce que j’ai constaté. Une bande de pauvres bougres enfermés là. Pendant la journée, hommes, femmes et enfants mélangés. Certains jouent aux cartes, d’autres cuisent des arachides pour faire un peu de commerce, mais la plupart sont aujourd’hui accaparés par les jeux olympiques de la prison. Petite explication :
Depuis quelques années, dans la ville d’Ebolowa, s’organisent les jeux olympiques, qui voient s’affronter, par classe d’âges, tous les habitants de la ville, qui représentent leur quartier dans toutes les disciplines. Chaque quartier porte le nom d’un pays et doit se défendre en foot, hand, basket, babyfoot, ping-pong… ainsi qu’aux dames et…au quizz biblique !
Le principe est exactement le même dans la prison, sauf que ce sont les cellules qui s’affrontent. J’ai compté en visitant une cellule pour parler avec les gars environ huit lits sur quinze mètres quarrés…
Nous commençons par faire un tour de la prison avec le P. Mierko pour recueillir quelques doléances et demandes de médicaments. J’apprends alors qu’on ne prescrit les médicaments que pour trois jours pour empêcher qu’il n’y ait trop de trafic. Malgré cela, les gars revendent les ¾ de leurs médocs pour pouvoir becqueter ! Nous voyons un type qui a les jambes et les mains couvertes de cloques blanches qui n’ont rien de saines et qui dit au P. « docteur, ça m’fait mal pour pisser ! », et de joindre à la parole la preuve par la vue. Nous l’arrêtons à temps, on a compris. Oui, on a compris que ce pauvre type souffre le martyre mais préfère refourguer ses médicaments pour pouvoir se nourrir convenablement.
Nous passons dans une petite cours, dont les cellules, plus petites, n’ont pas de fenêtres mais des trous dans les portes. Elles portent les noms des grands patriarches de la bibles, avec de délicieuses fautes comme « mathuselam ». Cette cours avait été réalisée à la demande d’une sœur qui voulait séparer les mineurs des adultes. Comme beaucoup de bonnes intentions des missionnaires, cette initiative a vu le jour avec elle et périclité également avec son départ. Cette cours est maintenant fréquentée par tout le monde…
Deux types nous tirent par le bras pour nous mener vers une des cellules, la seule fermée à clef, où gît un jeune homme. Il a tenté de se suicider voilà deux jours en se tranchant la gorge, et a tenté de s’échapper de l’hôpital ou en tentait de le soigner. Beaucoup de tentatives, résultat, il n’est ni mort, ni libre, ni soigné, mais il est le plus blessé et le plus enfermé de tous. Il souffre et sa plaie est immonde. Il n’a rien mangé depuis longtemps. Le Padre donne discrètement à un salésien qui est dans un autre coin a palabrer une pièce de 100CFA pour qu’il lui achète de quoi manger.
Puis nous regardons le match de foot pour la qualification en demi-finale. Ce match oppose une cellule dont l’équipe s’est baptisée…Liverpool à une équipe…du centre Don Bosco ! Ils sont très présents autour de la prison et les jeunes ados qui animent les enfants sous la tutelle des pères font souvent du foot avec les prisonniers. Le match se déroule sans incident, commenté par un prisonnier qui parle dans une sono avec un débit de paroles digne des commentateurs de courses de lévriers !
Nous rentrons à pieds en passant par la paroisse pour déjeuner vers 12h30. Je suis incapable d’avaler quoi que ce soit, malgré le manque de nourriture qui me donne un mal de crâne à tout casser. Je m’excuse encore auprès du P. Joseph qui comprend que mon acclimatation soit difficile.
L’après midi, nous accueillons les jeux olympiques d’Ebolowa car les terrains de foot de la paroisse, habituellement utilisés à cet effet, sont squattés par un mariage. J’assiste au début du match Allemagne-Côte d’Ivoire quand le P. Mierko m’emmène avec lui chez une couturière pour récupérer des habits.
Une autre expérience dépaysante, la couturière n’a pas fini à cause de la coupure de courant mais nous accueille dans sa boutique pour papoter. C’est une baraque en bois de deux mètres sur deux, elle travaille pour le moment sur une vielle machine à pédale, il fait une chaleur étouffante et elle se plains de ces coupures de courant. Son fils de deux ans est tranquillement en train de couler un bronze dehors, presque sur le pas de la porte. Elle nous propose de la bière et est vexée que nous n’en prenions pas. Le P. Mierko me dit en partant que lorsqu’on passe trop de temps dans ce genre d’endroits, les gens autours sont persuadés que c’est parce qu’on recrute des prostitués. Pour eux, il est évident que tous les soirs nous avons de joyeuses compagnes au centre pour nous remonter le moral…
Rien d’autre de très notable jusqu’au soir, où j’assiste à la négociation entre les italiens et une chef d’atelier de fabrication d’objets en ébène et os. Ils commandent une centaine de bagues, une cinquantaine de petits éléphants etc. Je pense bien qu’ils vont tout revendre, mais je n’ose trop rien demander. Vu le prix d’achat, il est facile de se faire 1000% de bénef !
Dimanche 19 Août 2007
La citée de la joie et le caillou invincible
Pour la première messe du dimanche au Cameroun, on me propose d’aller à la léproserie. Il s’agit d’un village situé juste à la sortie d’Ebolowa, un peu dans la montagne. Les villageois sont partis pour laisser les lépreux s’y installer.
Ce dimanche, c’est la messe de clôture de la retraite des jeunes des quatre léproseries d’Ebolowa. Ils sont environ une quarantaine, rassemblés pour trois jours. Ils sont les enfants des lépreux et ne sont eux-mêmes pas atteints par la maladie. Nous nous serrons dans la chapelle du village, pour la messe célébrée par un salésien qui vient passer deux mois par an dans la paroisse salésienne d’Ebolowa. Je suis tout de suite soufflé par leurs chants et la joie qu’ils y mettent. C’est vraiment magnifique. Une belle et forte voix de femme chante tous les versets solos et je cherche des yeux de qui elle provient. Je la vois, il s’agit d’une jeune femme dont les deux jambes sont coupées et qui est assise au milieu des choristes.
Pendant la messe, un tout petit bambin pose sa tête sur les genoux de l’italienne devant moi, et y dort pendant tout le reste de l’office. Il règne une chaleur écrasante pendant toute la messe car le soleil, que je vois pour la première fois ici, frappe directement sur la tôle du toit, sans qu’il y ait de plafond pour nous en protéger.
A l’issue de la célébration, après la remise des prix des diverses équipes de la retraite, récompensant leurs jeux, nous somme invités par Armand, le chef, à manger un petit quelque chose. Nous pénétrons dans une grande pièce où est dressé un couvert en plastique. Je ne vois que des boissons et me dis que nous ne mangerons pas, ce qui me convient, vue la chaleur, mais on découvre alors une table entière de plats faits en notre honneur. Pâtes (cuites à l’africaine…), poissons grillés, bananes plantain etc. Yepee !
Puis nous rentrons en déposant au passage un diacre près de la cathédrale d’Ebolowa (eh oui, Ebolowa est un diocèse…). Et nous rentrons au centre à temps pour…le déjeuner ! Car ici aussi les plats sont cuisinés pour nous et pas question de les dédaigner. Re-Yepee ! (je commence à perdre mes espoirs de cure d’amaigrissement !)
L’après-midi, nous partons pour Akokass (orthographe douteuse), qui est un village situé à 20km dans la brousse, pour y voir un rocher magique. Je pense à une petite balade sans problème, j’y vais donc en tongs, tranquillou !
La piste n’est pas une partie de plaisir ! Ce sont des chemins particulièrement défoncés, avec d’énormes creux et bosses, et de forts dénivelés. La voiture brinqueballe pas mal, mais j’ai la chance d’être dans le pickup, ce qui n’est pas le cas de six italiens…encore fait-il beau. Au passage, les gens des villages que nous traversons nous hèlent « eh ! les blancs, vous allez où ! », « donnez-nous de l’argent », et même un petit gars de pas plus de dix ans qui cours vers nous en criant avec beaucoup d’assurance « donnes-moi mes 100 [CFA] ».
Nous arrivons à Akokass, où nous demandons la maison du chef de village. En effet, partout en Afrique, quand on va dans un lieu touristique, ou si nous visitons un village, il faut se signaler à son chef, pour qu’il soit au courant de notre présence en cas de problèmes qui pourraient nous arriver. Si un touriste est blessé, mordu par un serpent ou que sais-je, c’est au chef que revient la responsabilité devant les autorités.
Mais, pour trouver le chef, toute une histoire. Heureusement, nous avons Charles avec nous, le très sympathique chef de l’atelier de mécanique, qui est local et parle donc couramment le Bulu. On nous dit que le chef est dans le village suivant. Nous y allons, en emportant trois types bourrés comme six canons qui veulent nous aider à le trouver. Dans ce village accourt un type cravaté qui se présente comme le chef des excursions en l’absence du chef, ce qui est le cas aujourd’hui. Mais, alors que nous l’embarquons pour redescendre à Akokass, un type surgit en disant que celui-là n’est pas qui il prétend, qu’il n’est pas un notable etc.
Nous décidons de faire confiances à la compagnie locale des taste-vins de palme qui se défendent de toute usurpation. Nous démarrons prestement, ce qui nous fait perdre l’un des drilles, trop saoul pour se tenir correctement derrière et nous arrivons enfin pour le départ. Là, déluge mémorable en arrivant. Les italiens se pressent dans le pickup que je fuie pour me réfugier avec Charles chez un gars, où nous allons commencer à négocier les prix de l’ascension. En voyant la taille du cailloux, je comprend que les tongs ne sont peut-être pas les chaussures les plus adaptées… Il s’agit en fait d’une masse rocheuse d’environ cinq cent mètres de haut, en deux niveaux, le deuxième étant à pic. Le guide me dit fièrement que personne n’est jamais allé en haut, même une cordée d’américains qui prétendaient y planter un drapeau. Il m’explique que ce rocher est sacré, et qu’il est mystérieusement défendu contre toute intrusion.
Les prix passent de 3000 à 1000 par personne, ce qui est normal… puis nous partons. Entre-temps, la pluie a cessé, laissant toute la piste boueuse. Le P. Mierko me regarde d’un air narquois en me disant que je vais m’amuser dans la jungle avec mes tongs, mais, au même moment le guide me félicite d’avoir choisi de marcher pieds nus, comme un vrai…
Nous passons un petit ruisseau dans lequel nous sommes obligés de nous laver les mains sous peine de malédiction pour le village. Les guides (d’autres hommes du village se sont joints à nous) ne rigolent pas avec cela. Je peux sauter sans problème dans l’eau avec mes chaussures, mais les autres sont bien embêtés pour traverser sans se mouiller en l’absence de pont.
Je laisse mes tongs au ruisseau et commence en tête l’ascension avec un guide. Nous parcourons les premiers mètres en pleine jungle puis nous arrivons aux pieds du rocher proprement dit. Seules quelques herbes poussent presque à même la roche noire et glissante.
C’est sur ce terrain qu’il faut monter, sans glisser et tomber. Je marche à quatre pattes pour garder l’équilibre en pensant à l’horreur que sera la descente. L’ascension nous prend environ une heure au cours de laquelle nous lâchons le P. ainsi qu’une ou deux italiennes. Le jeu en vaut la chandelle ! La vue est magnifique ! Cependant, il s’agit d’une balade extrêmement dangereuse. La roche est très pentue et glissante et toute chute pourrait être fatale. Mais quand j’en parle à un des enfants qui nous on rejoint, intrigués par les blanc, il me rie au nez en me disant « alors il faut pas tomber ! ».
La descente est comme prévu périlleuse autrement que la montée, et nous l’effectuons en sautant de mottes en mottes d’herbes et en araignée sur les parties rocheuses. Arrivés en bas, une douce pluie commence à tomber, mais qu’à cela ne tienne, les six secoués de l’allée décident de reprendre leurs places extérieures. Bien mal leur en prendra !
Nous roulons une demie heure sous la plus grosse pluie que j’ai jamais vue ! En passant dans un des villages, cependant, nous voyons au moins deux cent personnes amassées sous les hallebardes, pour…la finale de foot de la coupe des villages de la piste ! Sous des mètres d’eau qui ne semblent pas les incommoder, ils sont tous là !
D’ailleurs, sur le chemin, nous croisons pas mal de villageois qui circulent d’un village à l’autre, sans plus de protection contre la pluie que s’il s’était agi d’un vulgaire crachin ! Nous prenons également au passage une jeune fille avec sa valise, qui veut aller à Ebolowa et qui n’a pas peur de monter se faire tremper à l’arrière du pickup !
Mais tout est bien qui finit bien, et nous sommes content de trouver une bonne douche (froide) pour nous réchauffer.
Lundi 20 août 2007
Anniv, cool attitude
RAS, à part une gentille attention des filles, qui me font un saucisson au chocolat pour mon anniv le soir.
Sinon, je passe ma journée à me balader aux JO, à lire et travailler.
Mardi 21 août 2007
Pas grand-chose de plus
RAS aussi, sauf que je me met à la menuiserie avec Valery, le prof des grands, pour faire 60 tables avant la rentrée. Cependant, cette foutue coupure de courant (qui dure depuis quatre jours) nous empêche d’utiliser plus d’une machine, le groupe électrogène étant très faiblard. Nous tombons en plus sur une panne machine et un manque hallucinant d’initiative de la part du prof qui n’est pas capable de se rabattre sur une autre machine. Il reste interdit et décide de laisser pour aujourd’hui.
Je trouve son organisation déplorable, évidemment je ne dis rien, mais par exemple, nous avons perdu en tout un temps fou à prendre les cent-vingt planches à assembler deux par deux pour les poser sur des chariots, les poncer, les reposer par terre, puis les remettre sur des chariots et ainsi de suite, alors qu’il aurait suffi de les déplacer directement d’un poste à l’autre. Je ne sais pas si je suis clair, mais en tout cas je suis étonné, et je me demande comment des délais peuvent être ainsi respectés !
Mercredi 22 août 2007
Menuiserie encore, incompétence organisationnelle encore
Je ne mets pas en doute les capacités de Valery pour la menuiserie mais son côté pratique laisse cruellement à désirer. Une fois de plus, nous devons arrêter de travailler à cause d’un problème des machines, plus précisément des fusibles, mais il n’est même pas capable de les remettre lui-même, alors que ce doit être courant comme panne. Non, il préfère s’en remettre à « quelqu'un du métier »…
En plus, le P. Arthur vient faire un tour et découvre furibard que les tailles des tables sont inférieures de… 25cm à ce qui était demandé ! Tout ça parce que Valery à voulu éviter des chutes en coupant en deux les planches qu’on lui avait donné plutôt qu’à la taille prévue !
Par contre, le courant est revenu et je suis guéri de mes problèmes avec la bouffe, ouf !
[1] Il y a en fait une coupure de courant, et le système d’eau repose sur un puits, dont on pompe l’eau électriquement.
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