mardi 11 septembre 2007

Samedi 8 - lundi 10 septembre 2007

Samedi 8 septembre
Grammaire et arrivée de renforts
Aujourd’hui, journée plutôt tranquille, je continue à faire des fiches de grammaire, pas d’aventure extraordinaire.
Je reçois la visite d’un musicien, dont le nom de « scène » est Kastel, du nom de la bière la plus bue au Cameroun…il me propose de donner des cours de guitare avec moi, gratuitement, aux jeunes de la paroisse qui le désirent. J’accepte, mais je me rends compte que je vais avoir beaucoup de choses à mener de front quand les activités vont vraiment reprendre. J’espère avoir les grâces nécessaires pour les accomplir ou oser les lâcher…
Nous accueillons le soir un père polonais qui vient de la communauté de Port-Gentil, au Gabon. Le père Joseph m’avais prévenu voilà deux jours que des renforts allaient arriver pour aider à la paroisse, mais Frédéric n’était pas au courant. Quand je lui en avais parlé, pas plus tard qu’hier, il m’avait dit qu’il ne savait pas. Et le père arrive aujourd’hui…
C’est une vraie bénédiction pour Frédéric que d’avoir un prêtre en plus. Je sentais qu’il était vraiment débordé, ce qui expliquait son caractère un peu difficile. Maintenant, il va pouvoir partager les messes, les confessions et les enterrements. Ceux-ci prennent du temps, parce qu’il faut aller à la mise en bière à la morgue, puis célébrer la messe dans la maison du défunt. C’est un us que Frédéric a du mal à comprendre. Il est très retissant à célébrer la messe chez les gens qui n’étaient pas fidèles à la messe dominicale. De plus, ces messes sont le plus souvent vers 21h, et durent assez longtemps…Heureusement, il y a finalement assez peu d’enterrements sur la paroisse. Je ne me rends pas très bien compte de leur fréquence dans les paroisses françaises, mais quand je lui ai demandé combien il enterrait de gens en moyenne par semaine, il m’a répondu « quand même pas toutes les semaines ! ».
Enfin, tout ça pour dire que le père polonais est le bienvenu. Je suis désolé de ne pas mettre ici son nom, mais il est extrêmement barbare à mes oreilles françaises, ce qui le fait beaucoup rire. Je vais mettre du temps à le retenir !

Dimanche 9 Septembre
Repos dominical
Je chante pour la première fois dans la chorale. Gros défi, je n’ai assisté qu’a une des répétitions sur trois, et je ne connais même pas la première voix de trois quarts des chants, alors pour la ténor…De plus, étant le seul blanc de l’assemblée, je suis pas mal regardé, alors je déchiffre en direct pour chanter avec les autres, ou me rabat sur le play-back…
Je confie doucement à Frédéric mon scepticisme quant au choix des chants de la messe, m’attendant à ce qu’il les défende, mais au contraire, il abonde dans mon sens et m’encourage à enrichir leur répertoire. Je vais essayer, mais mon but n’est pas de vouloir tout changer, ce qui pourrait être mal perçu et créer des tensions.
A l’apéritif, bonne discussion avec les pères sur la justice au cameroun. J’apprends que le lynchage est ici extrêmement courant. Les voleurs pris sur le fait sont massacrés par la foule sans autre forme de procès. Ainsi un enfant a été tué l’année dernière pour avoir volé deux mangues sur un arbre ! Le P. Artur me raconte aussi comment, alors qu’il revenait de Yaoundé, il avait trouvé une fois la route barrée, un homme gisant en son milieu. Celui-ci avait été roué de coups en punition d’un quelconque vol, et nul n’osait le toucher de crainte de se rendre impur ! Le bon samaritain Artur s’est empressé de le conduire, plus mort que vif, à l’hôpital d’Ebolowa.
Les bulus ont une justice extrêmement dure, ils n’ont pas peur de tuer les gens ou de leur faire subir des supplices vraiment atroces. C’est surtout le cas dans les villages, qui continuent, en dépit du travail des missionnaires, à vivre selon les coutumes ancestrales. Ainsi l’adultère est très sévèrement puni, comme d’habitude plus pour les femmes que pour les hommes coupables… Et, plus surprenant, le veuvage d’une femme était (je ne sais pas si c’est encore le cas) accompagné également de terribles humiliations et privations, en plus du deuil de son mari. Ici, toute mort est considérée comme imputable à quelqu'un.

Le soir, je préside les vêpres, et je fais un micro-sermon, sur l’évangile de ce matin. Je ne sais pas si c’est vraiment ma place, mais je le fais de tout cœur et y prends un grand plaisir. Je me sens profondément à ma place et à l’aise dans l’explication de la Parole de Dieu. Je rends grâce à mes exposés à l’IET de Bruxelles qui m’ont donné une bonne assurance orale.
Puis bonne discussion avec Nicolas, un séminariste du diocèse, à propos des difficultés des séminaristes ici. Visiblement, leur vie est bien moins simple que la notre, tant financièrement qu’avec leur famille. Surtout ceux qui quittent ou sont renvoyés du séminaire. Ils sont alors relégués du rang de notable à celui de paria, soupçonné des pires perversions. Beaucoup sombrent dans l’alcool, comme l’un de ses propres cousins, ou fondent carrément leur secte. Très rares sont ceux qui réussissent dans la vie après cela.

Lundi 10 septembre 2007
Ça y est, je suis prof !
Ce matin, jour de rentrée (enfin !) au centre Don Bosco. À 7h15, mot du matin du P. Joseph, qui exhorte ses élèves à la discipline, notamment à la ponctualité. Ce sont visiblement plus les professeurs qui auraient besoin de se surveiller à ce propos… Il présente les professeurs pour les nouveaux, et les anciens les acclament en hurlant de rire avec leurs surnoms. L’ambiance est extraordinaire, très chaleureuse. Quand viens mon tour, il y a un gros blanc dans la salle (c’est le cas de le dire ouah ouah ouah !). Ils redoutent d’avoir pour professeur de français…un français…
Dès 7h30, les cours commencent ! Je donne deux heures de français à ma classe de 3eme menuiserie. La prise de contact est plutôt timide de leur côté. Ils ne sont pas nombreux (huit), et seulement des garçons. J’essaye de les mettre à l’aise en paraissant détendu, mais ils continuent à faire profil bas…
Je me lance alors dans mon test de début d’année et leur fait subir ce que je détestait : la dictée. Quelle étrange sensation que de se trouver de l’autre côté du texte ! J’ai l’impression de les trahir en faisant le professeur, moi qui n’ai jamais eu plus de…zéro en dictée !!! De plus, je me sens comme le speaker de la BBC pendant la guerre, à répéter lentement des bouts de phrases qui n’ont ni queue, ni tête « le crocodile plongea dans l’eau, je répète, le crocodile plongea dans l’eau… ». Ils sont très lents à écrire et je vois par-dessus leur épaule les énormes fautes qui traduisent un gros manque de compréhension du sens même des phrases. Ce sont des lacunes dues à un enseignement primaire bâclé. De plus, la plupart de ces élèves ont été mis ici en raison d’un échec scolaire dans la filière dite normale. Je vais tout faire pour les aider, parce qu’un mauvais niveau de français les handicaperait énormément sur le marché du travail. Je les soumets ensuite à un test de grammaire et conjugaison, niveau 6e je pense, pour voir où nous en sommes. Je ne leur compterai pas les résultats d’aujourd’hui, les pauvres, je les prends un peu en traitre, à 8h du matin, au retour des vacances !

Bonne mésaventure, une deux heures après être revenu de ce cours, alors que j’ai écrit deux ou trois choses, je me mets à faire mon planning, et je me rends compte que…je devrais être en train de donner cours depuis une heure à la classe de troisième mécanique et électrique…
J’y cours et les trouve à glander tranquillement dans leur classe. Ils ne semblent pas m’en vouloir de leur avoir donné une heure de récréation gratuite ! c’est une classe bien plus vivante que celle de menuiserie. Je suis immédiatement rebaptisé « Golgotha »…
Je laisse tomber la dictée pour leur faire faire le test de grammaire du fait du temps perdu par ma faute. Ils démarrent sans rechigner, mais au bout de trois minutes l’un d’entre eux, un certain Dick, me demande de sortir pour faire vous savez quoi. Je sens évidemment l’arnaque, mais décide de le tester pour voir combien de temps il osera sécher. Je ne suis pas déçu, il ne réapparait tout simplement pas de l’heure ! Un culot énorme quand même ! Premier cours, les autres sont en test, et lui sèche délibérément ! Waouh ! Ça c’est un roi de la sèche ou je ne m’y connais pas ! Je signale évidemment ce cas au frère Paul-Marie, préfet disciplinaire, qui me rassure en me disant que…je verrai bien pire ! Yepee ! On va bien samuzé !

Avant le déjeuner, je passe par la maison, où je discute un peu avec Maman Christine, notre cuisinière, qui me demande combien j’ai de frères et sœurs. Quand elle apprend que nous sommes sept, elle s’exclame que nous somme des africains, ou qu’au moins on vit comme eux. Nous rions tous les deux, puis nous parlons de la mortalité infantile ici. Elle m’apprend que sa petite sœur a mis au monde neuf enfants, et en a perdu cinq. Je lui demande alors quel est le rapport au deuil de l’enfant. Le cliché courant en Europe est qu’un de plus, un de moins…Mais elle me dit qu’au contraire, aucun enfant ne remplace un mort. Elle m’explique aussi qu’il est courant que des vengeances passent par l’empoisonnement des enfants de l’autre, et que souvent, on profite que la mère allaite pour la tuer et tuer l’enfant par son lait.

Au retour à l’école, je suis alpagué par Kastel, le musicien, qui m’apprend que sa femme vient de le quitter avec les enfants et tout son avoir pour retourner au Sénégal, d’où elle est. Il est en détresse et a besoin de 20000CFA pour aller l’empêcher de prendre l’avion à Douala. Ce prix me parait assez excessif, mais bon. Je suis tenté de lui faire confiance et l’introduit auprès du P. Joseph, pas question de lui donner par moi-même, ce serait le meilleur moyen de m’attirer des ennuis. Cela ne m’empêche pas de compatir !
L’après-midi, premier cours de religion, élèves très vivants, mais étonnamment ignorants de la religion. Je suis très étonné. On va rattraper ça ! Pour commencer, étude de la Bible, ponctuée par des questions sur la discipline morale de l’Église. Voilà des questions qui taraudent tous les jeunes gens !

1 commentaire:

Anonyme a dit…

"Je suis désolé de ne pas mettre ici son nom, mais il est extrêmement barbare à mes oreilles françaises"
C'est pourtant pas compliqué le polonais : il s'appelle Wojciech ? Grzegorz ? Czeslaw alors ? Si c'était Krzysztof tu l'aurais retenu...

Plus sérieusement, merci pour cette lecture de ton quotidien. Bon ministère de prédication et bonne année, Golgotha !