Voilà quelques temps que je n’ai rien écrit. Je reprends le clavier pour continuer à narrer mes expériences.
Mon silence s’explique par un passage à vide, le cap des deux mois… J’ai découvert des choses pas très jolies dans la paroisse, et je me suis enfermé dans de pessimistes considérations sur l’Église Africaine. De plus la routine, seulement réjouie par l’agréable présence des italiennes ne me donnait pas envie de m’exprimer plus que cela…
Mais voilà, ça va mieux ! Sûrement grâce au soutien des mails de quelques amis et confrères attentionnés et surtout grâce au bon Dieu dont quelques signes m’ont fait beaucoup de bien.
Je raconte juste deux évènements avant de reprendre le cours linéaire de mon bafouillage :
Mercredi dernier, veille du départ des italiennes, nous sommes allés visiter la prison pour qu’elles y donnent quelques soins médicaux et que je visite Daniel, ce jeune de la paroisse incarcéré après un braquage.
Nous sommes reçus normalement, je suis introduit dans la cour, escorté par un garde pour y voir mon ami tandis que les italiennes consultent dans l’infirmerie, dans une ambiance surchauffée.
Après avoir vu Daniel, je les préviens que je rentre tranquillement à pied. Je suis alors alpagué dehors par un gentil vieux bonhomme qui m’explique être en prison depuis dix-sept ans (ce qui explique ses permissions de sortie) et qui se plaint de problèmes oculaires. Nous taillons ensuite une bavette sur la France lorsque j’entends des cris dans la prison, et je reconnais des jurons italiens, puis je vois sortir en trombe la dotoressa suivie de ses acolytes en furie. Elles me font signe de monter avec elles en voiture avant de partir en trombe en insultant copieusement une matrone qui les menace de la main. Je ne comprends rien de ce qui se passe, elles étaient sensées rester une heure et ne pas partir en criant… Elles m’expliquent alors que cette bonne femme est la maitresse du garde chiourme en chef, et qu’elle voit d’un mauvais œil la présence de quatre femmes, dont deux toute jeunes qui en laissent pas indifférent son amant. Elle les a donc tout simplement congédiées sans que les gardes en uniforme ne fassent quoi que ce soit…
Nous partons donc, pilotés par la sœur Maria-José, pour rentrer au centre. Mais nous ne prenons pas la bonne route. Étant à l’arrière du Pick-up avec les deux jeunes Nalia et Iréna, qui ne parlent pas français, je ne peux pas demander où nous allons. Après cinq minutes de route, nous arrivons aux abords de la cathédrale d’Ebolowa, que nous dépassons pour arriver dans un centre qui a tout l’air d’un pensionnat. Je vois une nuée d’enfants qui s’approchent timidement de nous. Le directeur nous accueille et s’étonne que nous ne nous soyons pas encore rencontrés. Puis Ileana (la dotoressa) se dirige avec lui vers son bureau pour parler de formalités pour faire entrer un enfant de la paroisse qui vient de perdre sa mère. Je reste dehors avec les enfants mais je trouve que quelque chose cloche. Nul ne parle. Alors je ne sais quoi dire et hasarde quelques grimaces. C’est alors un brouhaha de…signes ! En fait, tous les enfants qui sont là sont sourds-muets ! Impression surréaliste d’être moi-même le sourd muet ! Je ne comprends rien, mais ils me touchent les bras en se pinçant le nez. Je pense qu’ils disent que je pue, ce qui est toujours sympa à « entendre »… Mais le gardien surgit, hilare devant mon air interdit et m’explique que c’est leur façon de dire que je suis blanc ! Les blancs sont, ici comme en Asie, les longs nez ! Ils m’enseignent quelques autres mots comme garçon, fille, musulman (obédience du gardien), que l’on dit en plaçant les bras derrière la tête, imitant la prière à Allah.
Voilà pour cette expérience décapante.
Le deuxième moment qui sort de l’ordinaire est arrivé hier, je suis allé avec quelques profs du centre à un match de foot disputé contre les jeunes d’un village à trente km dans la brousse. Je ne leur ferait pas l’honneur de ma présence sur le terrain, puisque je subis depuis trois jours une bonne insurrection armée dans les Pays-Bas…
J’y vais donc pour faire quelques photos et profiter du calme du village. En effet, le bruit assourdissant des sonos extérieures des bars est pesant à la fin ici en ville. Nous partons avec une heure de retard, ce qui est assez normal pour attendre encore une demi-heure sur place que le culte protestant se termine.
Je suis accueilli avec le maximum de déférence, étant blanc, et reçoit de « Mr le directeur » à tous bouts de champs. Nous en rions bien avec Paul-Marie, qui me racontera ensuite ce que les gens disaient en boulou sur l’éventualité de me donner une de leurs femmes pour qu’elle vienne avec moi en Europe…
Match normal, nous perdons un à zéro, quelques magnifiques gamelles, dont la plus belle est celle d’un des supporters autochtones, c’est un papa d’une quarantaine d’années qui a bu un bon coup de vin de palme, ce qui le rend d’autant plus enthousiaste. Alors, quand la balle est envoyée en touche et qu’elle passe au dessus de lui, il part dans une magnifique détente à faire pâlir Barthez, mais il ne touche même pas le ballon et retombe de tout son long dans l’éclat de rire général qu’il déclenche, non sans fierté…
À l’issue de la rencontre, nous sommes reçus pour manger quelques tubercules de manioc avec de la sauce à l’arachide et on nous apporte deux jerricans de vin de palme, qui déclenchent l’acclamation des profs assoiffés par leur effort. Ce n’est pas exactement la boisson que je voudrais ingurgiter après un match de foot, mais ils ne partagent pas mon avis. La boisson disparaît en un tournemain, les laissant béats. Évidement, je goûte à la mixture. Ça à l’air de lait coupé d’eau avec des morceaux d’écorce en suspension. Le goût est celui d’alcool au bois, très amère, pas à mon goût du tout. Un papa m’entretient ensuite avec animation de la suprématie de ce breuvage sur tous les alcools, et vu ses yeux il doit être un croyant pratiquant…
Nous rentrons ensuite peinardement vers notre bonne ville pour arriver pour les vêpres.
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