vendredi 12 octobre 2007

Jeudi 4 octobre - mardi 10 octobre

JEUDI 4 OCTOBRE
Journée calme soirée trouble
Je redoute l’arrivée des italiennes, m’attendant à un groupe du même acabit que ceux qui étaient là au début et m’ont assommé de suffisance. Mais rien ne vient.
Je donne mes cours normalement, sauf chez les menuisiers, chez qui j’attrape, à mon grand désespoir, un tricheur.
C’est un pauvre garçon, qui est toujours au premier rang et ne fait jamais de bruit. Cependant, quand je l’interroge, il a tendance à être lent à la détente, et c’est peu dire. Cette fois encore, je leur donne une dictée que nous avons préparé lundi, à propos de quelque chasse à l’éléphant. Pendant la dictée, deux d’entre eux sont à la traine comme je ne l’ai jamais vu, ils ont une moitié de dictée de retard. Alors je m’attarde auprès d’eux et surveille ce qu’ils écrivent pour savoir où ils en sont. Mais en m’attardant auprès de Georges, je regarde la copie de son voisin pour voir s’il suit. À ce moment, ce génie sort une deuxième copie de son cahier qui remplace la première. Or, sur cette nouvelle copie, la dictée est écrite jusqu’au bout alors que je n’ai pas fini de dicter. De plus elle ne souffre, a priori, d’aucune faute alors que la première est un torchon qui ferait rougir un illettré. J’hésite un instant à le piquer car il me fait pitié, mais je dois être juste. Je lui fonds dessus et le confonds. J’accepte cependant d’écouter sa défense bredouillante et vasouillarde qui ne parvient même pas à me convaincre, moi qui suis bonne poire. Pendant ce temps, les autres élèves hurlent au scandale, non pas contre moi mais contre lui et réclament de le vouer aux gémonies en l’exposant publiquement, pieds et poings liés et couvert de confiture pour nourrir les fourmis qui sont au passage envahissante sur mon bureau. Je l’envois chez le P. André qui le mènera au P.
Joseph chez qui, ironie du sort, son propre père est là en train de parler des résultats déprimants de son fils… Je reprends la dictée en exhortant les élèves à choisir le zéro fièrement plutôt que la bassesse de la tricherie, s’ils ne se sentent pas capables de marner un minimum.
Ensuite de ça, je retrouve mes chenapans mécaniciens et électriciens qui se calment peu à peu, surtout quand j’en sors un qui menaçait d’étriper son voisin de devant pour une histoire de stylo…

En fin d’après midi, Zibi est parti je ne sais où alors je conclus l’adoration paroissiale à la suite du chapelet quotidien du mois de Marie. Or, impossible de trouver un missel, alors je dois retrouver de mémoire l’oraison finale, ce que je parviens à faire, mais en bredouillant abominablement, ce qui n’a aucune espèce d’importance.
Finalement, les italiennes arrivent demain, mais le P. provincial est déjà là pour sa visite canonique.

VENDREDI 5 OCTOBRE
Journée mondiale de l’enseignant
Bon plan, aujourd’hui pas de cours. C’est la journée mondiale de l’enseignant.
Je ne me souviens pas d’avoir vécu pareille journée en France, peut être le monde se limite-t-il au Cameroun ?
Toujours est-il que c’est l’occasion d’organiser quelques matchs de foot et de volley, prof élèves et élèves entre eux. J’apporte sans grande conviction ma glorieuse tenue de grand père, que je cède volontiers à un prof qui se lamente d’avoir oublié la sienne. Je regarde ainsi peinardement les professeurs gagner encore et me fais houspiller par mes élèves qui veulent encore me voir me viander dans la boue… Dans l’après-midi, je parviens enfin, au bout d’une semaine de tentative, à obtenir l’argent qui me vient de France. Je pars alors à la recherche d’un dictionnaire, dont je rêve depuis que je suis ici. Je trouve dans le premier magasin ce que je cherche, à savoir un authentique Petit Robert édition de bureau, pas de poche. Mais le vendeur me le propose à 25000 CFA. Je ne lui en offre que dix mille, mais il ne consent, après force tractations, à ne me le céder qu’à dix-huit mille. Je lui dis alors que je vais voir ailleurs ce qu’on m’en demande. Il me souhaite bonne chance.
C’est vrai que j’aurais dû en avoir de la chance. Ce bandit détient le seul Robert de toute la ville. Je fais tous les magasins qui vendent en vrac des bouquins au milieu des casseroles et des télés pour finalement revenir chez lui, sous une pluie battante. Il m’attendait et ne fléchis pas devant mes récriminations. Il vent en effet des dicos neufs à 6000, mais celui-là, édité en 1977, à 18. Je cède et trouve même le moyen de me faire refourguer pour 3000 CFA un code orthographique et grammatical, qui, à la réflexion, ne me servira qu’à l’extrême rigueur à caler une armoire… J’attends la fin de la pluie dans son boui-boui en fumant une Pall-Mall, et je repars cependant tout content d’avoir ce pesant bouquin. Finalement, 30€ pour un Robert, ce n’est pas trop cher.

Le soir, les italiennes arrivent. Ce n’est pas ce que je croyais. Ce sont deux femmes d’une grosse soixantaine d’année, accompagnées de deux jeunes filles de mon âge. Ces dernières ne parlent pas un mot de français mais sont là pour rendre service au dispensaire des sœurs. La doyenne, Giovanna, est la sœur d’un prêtre salésien mort ici voilà treize ans. Après s’être battue bec et ongle pour récupérer le corps de son défunt frère, devant la lutte de toute la paroisse pour garder ce prêtre qui aurait souhaité être enterré ici, elle a préféré tourner casaque et depuis ce moment elle revient tous les ans avec des médecins pour aider au dispensaire. Elles sont très sympathiques, vivantes, enjouées, et je me rends compte que c’est bon de trouver des européens de temps en temps…

Tiens, anecdote qui me reviens seulement maintenant, en parlant d’Europe, l’autre jour, en prenant mon petit déjeuner, je picorait des morceaux d’une espèce de saucisson à l’ail sans ail et probablement sans porc. Me révoltant contre l’immondice de cette chose, je regarde l’étiquette pour voir où est l’usine des empoisonneurs. Que vois-je, l’étiquette a pour marque « Belle Vendée ». Tiens ! Et l’adresse du fabriquant, je vous le donne en mille : les Lucs sur Boulogne !!!
Si les cousins me lisent, prière leur est faite de plastiquer l’entrepôt où de prendre en otage le personnel pour qu’ils améliorent leur came ! M’enfin, ça fait du bien de bouffer français, hum ! hum !

LUNDI 9 OCTOBRE
Routine…
Rien de très spécial, les cours, les élèves… Je m’échine en ce moment à faire comprendre aux menuisiers l’accord du participe passé avec être ou avoir. C’est dur, car ils ne reconnaissent pas être ou avoir quand ils sont conjugués… M’enfin, ils sont sympa et les cours sont détendants.
Aujourd'hui, ils me tannent pendant toute l’heure pour que je leur dise les noms de douze apôtres, sans me dire pourquoi. Je me doute bien qu’il y a une entourloupe et en effet ils ont un contrôle l’heure d’après avec le P. Artur, en religion, où ils doivent donner ces noms.

En rentrant à la maison après mes cours, je me dis que décidément je voudrais avoir des caméras à la place des yeux pour ne pas perdre une miette de tous les trucs que je croise. Que ce soit les mototaxis avec quatre personnes dessus, les voitures bondées, avec quatre personnes sur la place avant droite, cette chèvre qui mange un tas de riz tombé au milieu de la route, et qui slalome entre les voitures qui passent pour ne pas en perdre une miette, etc. En marchant, j’entends derrière moi deux gamins qui se disputent « allemand » « mais non !
Français » « mais non, allemand, regarde ses cheveux » « mais non, je te dis, il est chez les pères. » Je me retourne et annonce à l’un d’entre eux qu’il a raison. Ils sont pétrifiés et je suis content de mon effet. Je continue donc et les entends encore parler, ils ne sont pas convaincus !

Ce soir, nos chères italiennes nous invitent, chez nous, à un repas italien.
Elles ont apporté huit valises de divers cadeaux pour les gens d’ici, et dans l’une d’elles elles ont entassé toutes sortes de denrées toscanes. Quel bonheur de manger du saucisson et du parmeggiano reggiano ! Une bonne bouffée d’Europe dans laquelle je croque à pleines dents !

MARDI 10 OCTOBRE
Bibliothèque
Je commence à venir à bout de mon triage, j’ai trois gros cartons de livres et je suis en train de faire une superbe tour fortifiée avec tous les livres que je viens de trier…

Ce soir, j’apprends une terrible nouvelle. Daniel, celui avec qui j’avais acheté des livres l’autre jour, qui est un ancien du centre professionnel, dont il a été renvoyé, et qui a été renvoyé du gardiennage de la paroisse pour une sombre histoire de vol vient d’être arrêté après avoir volé 5 millions de CFA (cent mile euros environ) dans une station essence avec une bande de voyous. Il laisse une petite fille dont il me disait la semaine dernière encore qu’elle était tout pour lui…

1 commentaire:

tanguy a dit…

jlavais pas lu celui là oui j'ai bossé ac dada a la belle vendée ! et c'est vrai que c'est dégueu...