lundi 8 octobre 2007

Lundi 24 septembre - mercredi 3 octobre

LUNDI 24 SEPTEMBRE
Cours
Je rends les devoirs aux mécaniciens et électriciens, nettement meilleurs que les menuisiers. Nous préparons ensuite une dictée pour jeudi. Ils me charrient en me faisant répéter la fin du mot « ridicule » « ridi…quoi ? » et éclatent de rire. Je leur fait alors une petite leçon de prononciation française, sur les lettres muettes, notamment le « l » dans un certain mot de trois lettres que j’écris au tableau pour leur expliquer…

Puis, pendant le cours de religion avec les quatrièmes, nous commençons par un gros débat sur « noir/blanc », pourquoi Jésus est représenté en blanc, pourquoi le noir est symbole de mal. Je m’en sors en ayant une petite sueur froide au début. Ils sont trente, à crier dans tous les sens et prennent mes réponses nettes comme des marques d’agressivité. Situation difficile. Je finis par leur dire que s’ils veulent se croire opprimés par le monde entier, ils le peuvent etc. Je leur fait admettre que le noir comme mal dans l’opposition blanc/noir n’a rien à voir avec leur couleur de peau et que si des gens sont racistes, tous ne le sont pas et les chosent se tassent.
Ils demandent d’eux mêmes que je reprenne mon cours sur la genèse. Wahou ! J’ai eu chaud !
Rechute, quand nous parlons des fils de Noé. L’un d’eux me demande pourquoi on dit que Cham est le père de tous les africains, alors que c’est lui qui a vu la nudité de son père… Nous nous expliquons et ça passe…
Je sors de ce cours en nage, mais content, le dialogue se met en place, ils me testent et j’ai l’impression d’assez bien m’en sortir. J’espère que les autres cours seront plus pacifiques, même si c’est excellent de crever ces abcès qui les font souffrir. Je sens dès que nous parlons des relations nord/sud que la blessure est encore vive pour eux. Je penses du coup leur faire un exposé sur l’esclavage.

MARDI 25 SEPTEMBRE
RAS
Rien à signaler à part ma joie et mon soulagement de voir l’ambiance dans le presbytère s’améliorer et se décontracter de jours en jours. Je ne sais pas pourquoi, mais depuis ce week-end, Freddo devient bavard, marrant, attentionné. Nous passons nos soirées à échanger des anecdotes sur des thèmes diverses. Ce soir, le macabre est à l’honneur avec partage sur le thème « comment traite-t-on les cadavres chez moi », que ce soit en Pologne, au Congo ou en France. Évidement, spéciale dédicace pour JY, j’ai raconté l’histoire de la grand’mère de la cousine, qui était ramenée sur le toit de la voiture…
Également, aujourd’hui a eu lieu la plus grosse pluie que j’ai vue de ma vie ! Un truc de dingue, des seaux d’eau qui sont tombés d’un coup. J’étais tranquilement en train de lire « le cave se rebiffe » sur la terrasse de la maison, quand un mur d’eau est tombé derrière moi. Artur, fidèle au poste de blasé m’a dit « mais ça c’est gouttelettes de l’eau, attends le moi de le octobre, là grrrrosse ploui ! ».

MERCREDI 26 SEPTEMBRE
Une journée qui avait mal commencé !
Le mercredi, il y a la messe à 11h au centre, et je n’ai pas de cours de la matinée. J’en profite pour dormir jusqu’à 8h, quel bonheur ! Et j’ai vraiment besoin de prendre un peu de sommeil de temps en temps. Bref, à 7h40, je pionce comme un loir et voilà que Zbignew se met à tambouriner à ma porte comme un sourd. Je me lève en catastrophe, pensant que les martiens sont arrivés. En fait, c’est je P. Joseph qui me cours après partout, il croit que j’ai oublié de venir donner cours de français à une classe de troisième qui me réclame. En fait, j’avais fait un échange de cours avec un prof de physique pour ce matin et bon, quiproquo, et ils se retrouvent sans prof. Devant mes explications vasouillardes et ma voix d’outre tombe, le P. Joseph me dit qu’il me supplée pour cette fois.
Je suis un peu furieux parce que je suis dans mon bon droit mais c’est sur ma pomme que ça retombe.
Au déjeuner, Artur est persuadé que je suis encore énervé à cause de ça et il me dit que ça lui fait bien plaisir de me voir enfin de mauvaise humeur. Ça ne loupe pas, ça me fout effectivement en rogne. Que les autres se plantent d’accord, mais que ça me retombe dessus et qu’on me charrie en plus, ça me saoule un peu !
Heureusement, tout se termine bien l’après midi. Je pense devoir me battre avec le prof de physique pour maintenir notre arrangement que je crois rompu par lui, mais il me reçoit en me demandant pourquoi moi, j’ai rechangé les horaires. Nous sommes en fait d’accords et victimes d’une erreur de la secrétaire dans la saisie des horaires. Il me donne même un bout de son sandwich aux fayots pour sceller notre arrangement.

Je passe ensuite deux heures dans la bibliothèque pour ranger les bouquins etc. et je pars à la répétition de chants d’une des chorales des jeunes. J’assiste à leur séance de vocalises, qu’Ousman dirige avec beaucoup de fierté. Il me demande ensuite si j’ai quelque chose à dire. Je suis bien gêné, mais tout ce qu’ils viennent de faire est un non-sens complet ! Je lui dit diplomatiquement qu’il y a deux trois choses à changer… Il conseillait de chanter très haut et très fort dès le début. Il félicitait donc tout ceux qui toussaient et criaient comme des damnés. Je leur explique comme il faut faire, puis je leur distribue les pupitres pour s’entraîner un peu à chanter comme un vrai chœur. Après ça, ils commencent à préparer la messe de dimanche, et je me carapate pour me rendre à une deuxième répétition, celle de la chorale commune au centre professionnel et à l’internat professionnel des filles, juste voisin. Là, je trouve une chorale d’une trentaine de garçons et filles, d’un niveau déjà assez bon, je les ai jugés dimanche dernier à la messe.
Je leur donne les mêmes indications. Ils rient beaucoup à mes grimaces pour montrer comment bien articuler et ils semblent bien aimer le refrain de vocalises « moi j’aime la crème au chocolat »…Je me la joue ensuite à la Jugnot dans les choristes en les faisant tous chanter devant moi pour distribuer les pupitres, basses, ténors, soprani et alti. Nous faisons ensuite quelques exercices de respiration et d’harmonique que la maison Ste Thérèse connaît bien.
Je ressors de là crevé, cela fait deux heures et demie de chorale en tout, mais ravi, surtout d’entre les jeunes qui, s’égaillant dans la ville, chantent qu’ils aiment la crème au chocolat !

JEUDI 27 SEPTEMBRE
Cours et bibliothèque
Je donne comme prévu à mes élèves menuisiers la dictée que nous avons préparée lundi, c’est un extrait de Daudet, « le Petit Chose » Il n’y a rien de difficile, et je les aide en mettant en garde contre les petits pièges. Cependant, en corrigeant leurs écrits pendant qu’ils font un contrôle de grammaire à la suite, je me rends compte que sur les 13 présents, 9 ont 0 pointé et la meilleure note est de 8,5/20… Y’a du boulot !
Je passe l’après-midi à enregistrer les livres de la bibliothèque et j’atteins le millième, courage, plus que deux mille !

Le soir la pluie tombe à verse, je corrige ce que je disais mardi, c’est aujourd’hui la plus grosse pluie de ma vie ! Plein d’éclairs, évidemment plus d’électricité et ce n’est que le début !

VENDREDI 28 SEPTEMBRE
Idem
Je rends aux élèves leurs superbes dictées en les avoinant cordialement. Ils semblent tout de même déçus d’eux-mêmes mais celui qui a la meilleure (sic) note ose récriminer contre ma correction qu’il estime trop sévère. Voyez-vous ça !
Je leur propose ensuite de venir avec moi à la bibliothèque pour emprunter un livre chacun qu’ils devront lire en un mois, grand mal m’en a pris ! Nous débarquons, moi et ma vingtaine de sauvages (les absents d’hier ont réapparu comme par miracle la dictée et le contrôle finis) dans la bibliothèque dont les 1500 premiers livres sont rangés. En moins de deux minutes, le bazar le plus général règne dans mon antre… J’avais mis par terre un tas de livres que je destinais à l’index, des livres de contenu sulfureux ou tout simplement inutile, comme des livres de science-fiction ou de nombreux guides pour s’assurer correctement en Suisse dans les années 70. Les livres viennent en effet de containers de provenance Helvète, venus directement par la mer de là-bas…
Bref, j’ai le malheur de leur dire de ne pas prendre les livres au sol, puisqu’ils ne sont pas intéressants, et en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, ils sont tous pris par les élèves qui me supplient de pouvoir les prendre, puisqu’ils ne serviront à rien… Je les autorise naïvement, pensant que ça me débarrasserait. Je leur demande ensuite de choisir chacun un livre à lire. Ils se précipitent au hasard, prenant un livre sans même en lire le titre, leur « choix » est réglé en cinq minutes. Je prends ensuite en note les livres qu’ils choisissent. L’un veut lire Germinal de Zola, j’ai beau lui dire que c’est peut-être un peu grand, il s’en fiche, un autre prend un énorme roman sentimental, faisant fi de mes conseils… Pendant ce temps, certains trouvent des livres d’éducation sexuelle, bourrés d’illustrations photographiques à faire rougir un camionneur allemand, et me pressent de les laisser le prendre…
Je suis ensuite obligé de vérifier tous les livres qu’ils prétendent faire sortir, chacun en ayant devant lui un tas. J’y reconnais certains livres bannis mais plusieurs ont pris au hasard des livres dans les rayons et prétendent les avoir trouvés au sol. Heureusement, je connais précisément les livres que je ne veux pas garder, alors je reprends patiemment les Voltaire, Balzac et autres Montherlant qu’ils prétendent me soustraire…
Puis je me rends compte que je m’expose à des complications quand ils seront surpris avec plein de livres de la bibliothèque dans leurs sacs au moment de quitter le lycée. Je leur signe une décharge mais les somme de taire cette affaire et de faire disparaître au plus vite les ouvrages coupables… Puis j’assure mes arrières en confiant mon erreur au Fr Paul-Marie…

Le reste de la journée se passe sans encombre, je continue mon rangement et mon enregistrement des livres. Puis la pluie. Je reviens sur mes considérations d’hier, c’est ce soir la plus grosse pluie que j’ai vue de ma vie !

SAMEDI 29 SEPTEMBRE
Ah ! la chorale…
Comme d’hab, je passe quelques heures à ranger la bibliothèque, en m’énervant contre le pseudo classement en place, Basile Boli (je ne savais pas qu’il écrivait lui aussi) côtoie fièrement Maupassant…
J’en suis à trois cartons de déménagement pleins de livres à donner où à bruler.

L’après-midi, chorale ou plutôt chorales. La première, celle des amis de Don Bosco est assez modeste en quantité et en qualité, mais la deuxième, la chorale des internes filles et garçons est bien fournie et promet ! Je leur apprend en une heure un chant d’offertoire de l’Emmanuel « grain de blé qui tombe en terre » et ne peux m’empêcher de sourire benoîtement en les dirigeant, c’est une sensation extraordinaire d’avoir une trentaine de jeunes voix qui chantent bien, sauf les basses qui chantent cacophoniquement malgré mon soutien le plus appuyé. Nous allons surement animer la messe des adultes un de ces quatre, ce qui sera une grande récompense pour ces jeunes qui montreront aux « vieux » qu’ils savent faire de belles choses carrées.

DIMANCHE 30 SEPTEMBRE
Départ du P. Freddo
Freddo part ce matin à 7h, pour prendre son mois de vacances bisannuel dans sa famille, à Pointe Noire, au Congo Brazzaville. Je me retrouve donc seul avec Zbigniew pour le mois à venir, l’occasion de mieux se connaître.
Ce matin, c’est la chorale des amis de Don Bosco qui anime, à la messe des jeunes de 8h30. Les choristes sont arrivés pour la plupart avec une heure de retard hier, ce qui m’a mis dans une belle colère et nous a obligés à faire une répétition à…7h 30 du matin. Sans complexe, ces ânes arrivent encore avec une demi-heure de retard !
Je n’avais participé hier qu’à l’échauffement vocal et à la répétition du chant d’entrée du fait du timing séré avec la chorale des internes. Je ne connais donc pas les chants en langue et me retrouve dans la chorale, Ousman dirigeant, à apprendre les chants en les chantant pendant la messe. Heureusement qu’il m’a filé les textes, sinon j’aurai fait du play-back… Ousman me demande de faire le soliste pour les couplets des chants français, tout se passe finalement assez bien. J’ai seulement du mal à danser en cadence avec les autres sur les chants en langue, tiens, c’est étonnant ça…

L’après midi passe tranquillement, je fais mon bout de prêche aux vêpres, le courant est coupé, il pleut, c’est une soirée de dimanche quoi…

LUNDI 1 OCTOBRE
Les petits chameaux !
Cours de français avec les menuisiers, nous préparons une nouvelle dictée et je tente de leur faire comprendre comment ne pas se tromper entre les infinitifs et les participes passés, les fameux verbes homonymes qui sont la cause de tant de fautes dans les mails… J’espère d’ailleurs ne pas faire ce genre de fautes dans le présent torchon, j’en aurais honte, étant donné que c’est vraiment ce qui me fait le plus pester en lisant des mails ! bref, tout se passe bien avec eux.
Après une heure de pause dans mon emploi du temps, que je passe évidemment dans mon antre livresque, j’attaque le cours des méca élec, et là, c’est chaud ! Cette bande de gougnafiers ne cesse de ricaner pendant la dictée, puis pendant le contrôle de grammaire que je leur prop… non, impose. Il y en a deux qui sniffent un espèce de truc louche que je prends pour un bâton de colle et supprime, pour découvrir qu’il s’agit d’un innocent inhalateur de menthol. Je ne les engueule pas moins pour autant. Ensuite, deux types se lèvent et se disputent pour une histoire de portable, je ne comprends rien de leurs explications, ils parlent d’un pari sur mon dos, que l’un d’eux devait me poser une question sur le contrôle, je ne comprends pas en quoi cela constitue une prouesse… Ensuite le premier s’approche du deuxième pour lui reprendre son portable, celui-ci brandit son compas en le menaçant de l’empaler s’il fait un pas de plus. Je crains alors de me retrouver avec un remake de massacre à la tronçonneuse version compas, ce qui est moins dangereux mais tout de même salissant. Je les empoigne pour les emmener chez le fr. Paul-Marie pour qu’ils s’expliquent avec lui mais ils éclatent de rire en me disant que c’était pour rigoler. Je ne sais pas si c’est du lard ou du cochon, mais ça commence à passablement m’irriter, d’autant plus que le contrôle est encore en cours. S’ajoute à ça les hauts cris que pousse Roland, un des bons élèves de la classe, pour dénoncer plusieurs tricheurs qui lisent prétendument sur leurs tables des antisèches. Ne l’ayant pas constaté moi-même, et ne voyant rien en regardant la table, j’en conclue un non-lieu.
Quand le contrôle est fini, j’essaye de leurs faire le cours sur les PP et les infinitifs, mais ils ne laissent pas une seconde de silence, malgré mes coups de gueule, qui n’ont pour effet que de les énerver en les surprenant. Je leur dit qu’ils me font chier et qu’ils n’ont qu’à se démerder sans moi puisqu’ils sont si intelligents. Je prends mon barda et claque violemment la porte. De toute façon nous ne sommes qu’à cinq minutes de la fin du cours, mais je veux leur montrer qu’ils poussent un peu le bouchon !
Ils me croisent ensuite un peu penauds dans le centre, me voyant tête baissée et peu avenant. Je croise Roland à qui je demande de m’expliquer pourquoi c’était tant le brin. Il me répond comme je le voulais, c’est-à-dire en me conseillant la fermeté. Il me reproche, à raison, de ne pas avoir mis dehors les fouteurs de trouble (comme diraient « les inconnus », on a les références qu’on peut…) alors que je les en avais menacés. Je le remercie de sa franchise et promets une plus grande fermeté. Il me reproche aussi de ne pas avoir mis zéro aux grugeurs, car lui et d’autres bossent et en ont gros sur la patate. Ok, je vais être dur.
Je me rends compte que c’est dur d’être dur. Je veux être aimé des élèves, ce qui est normal, parce que c’est comme ça qu’ils voudront travailler. Alors je pense aux profs que j’ai moi-même eu, et je rends compte que les plus durs étaient respectés et aimés, et que les lavettes étaient chahutés.

Je redoute ensuite le cours de religion des 4e méca elec, qui m’avaient donné des sueurs froides la semaine dernière. Mais, à ma grande et agréable surprise, ils semblent captivés par l’exposé que je leur fait, au long de la lecture de la Bible (nous en avons une trentaine alors ils peuvent suivre en direct) de l’histoire de Joseph en Égypte. Je m’arrête à un moment pour leur demander si cette manière de faire leur va et s’ils ne dorment pas tous. Ils me répondent que c’est super et qu’il faut continuer. En fait, c’est un cours reposant, je lis une histoire, ils notent deux ou trois trucs et ils savent que le contrôle ne sera pas vache. Je veux qu’ils comprennent la Bible et qu’ils sachent ce qu’il y a dedans, ça les change des débats sur Gandhi…

MARDI 2 OCTOBRE
Encore et toujours la bibliothèque…
Journée passée dans la bibliothèque à virer des tonnes de bouquins…

J’ai de temps en temps de passionnantes conversations avec Pierre Claver, un séminariste salésien arrivé récemment, qui est Hutu et a connu ce qu’il appelle pudiquement les « évènements » de 1994. Pour mieux comprendre cette horrible page d’histoire et mieux le comprendre lui, j’ai regardé hôtel Rwanda. Très franchement, je ne l’ai pas regardé de la même façon le lendemain et j’ai entamé la discussion sur la suite, après les évènements. Il m’a expliqué que les Hutu, meneurs du massacre à l’origine, se sont fait chasser par les Tutsi au moment de leur reprise du pouvoir par les forces rebelles. Il m’a raconté ensuite sa fuite, à pied, sur des milliers de kilomètres à travers le Congo Kinshasa puis le Congo Brazzaville. Ce qui m’a énormément frappé, c’est sa façon de parler de la mort. Je lui demandais comment il avait la force de continuer à marcher alors qu’il avait perdu ses parents et presque tous ses frères et sœurs, comment il surmontait sa peine, et il me répondait qu’il ne ressentait pas de peine de les avoir perdus, puisqu’il était absolument persuadé de mourir très vite. La marche et la fuite n’étaient que devoirs de tentative de survie. Il n’avait aucun doute quant à l’issue proche, voire immédiate pour lui de toute cette histoire. La mort n’est peine, pour un chrétien, qu’en tant qu’elle est séparation d’avec l’être aimé, mais quand la sienne propre est proche, on ne sens pas cette séparation trop rudement. Il n’empêche qu’il a survécu et qu’il ressent maintenant cette amertume, qu’il ne montre pas mais qu’on sent, par son silence et sa discrétion, souvent présente chez ceux qui ont dans le fond du cœur une douleur qui les rend étrangers à la légèreté.

MERCREDI 3 OCTOBRE
Temps perdu…
Je pense que c’est une des choses qui me pèsent le plus ici, c’est le temps que l’on peut perdre, et qui semble être naturel aux gens. Dans une journée, nous perdons peut être presque une heure à chaque fois à attendre l’un ou l’autre ou à ne rien faire entre deux activités. Par exemple, les cours se finissent à 12h et le déjeuner n’est qu’une demi-heure plus tard. Aujourd'hui, j’atteins cependant des sommets en me rendant trois fois à la banque, pour qu’on me dise que ce n’est pas ouvert, puis que je n’ai pas les bons papiers puis que c’est fermé. Enfer et damnation !
Puis nous avons une réunion des profs qui, pour me mettre de bonne humeur me fait louper mes répétitions de chorales et dure deux heures pour…rien ! Bavardages inutiles et ratiocinations stériles à propos des cheveux des élèves ou de leurs tenues négligées…

Le soir, nous accueillons le P. Jean-Jacques, qui est prêtre en brousse et passe une nuit ici de temps en temps. Il est très sympa et j’aimerai beaucoup passer quelques jours avec lui, là-bas, loin de tout. Je parts dans de grandes considérations sur la différence de développement entre l’Europe et l’Afrique, du fait du décalage dans le temps de la création des états car il est pessimiste sur le sort à long terme de son continent. Nous avons mis plus de mile ans à stabiliser la France, ils n’ont qu’une centaine d’année d’existence pour la plupart, il faut du temps au temps. Il me demande ensuite un cours sur la révolution française. C’est un grand plaisir de parler du pays à quelqu’un qui écoute ! Puis nous terminons la soirée en beauté avec la victoire de Marseille contre Liverpool…
Demain, débarquement de quatre italiennes pour deux semaines et du provincial salésien pour une semaine de visite canonique, je vais ranger ma chambre…

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Merci pour ton histoire au jour le jour. Sympa pour la dédicace!! cette histoire va faire le tour du monde!
Pour info., j'ai vu en Pologne une momie du 17ème siècle exposée comme Lénine, dans du verre et en direct. ça fait peu froid dans le dos.