mercredi 19 décembre 2007

Journée de voyage

Mardi 18 décembre

Je suis sensé partir mardi matin en compagnie du P. provincial, directement pour Lomé. Cependant, comme le disait Don Bosco, ce qu’il faut prévoir, c’est l’imprévu. Je ne parts pas avec le provincial, et mon billet d’avion ne va pas directement au Togo, mais me fait atterrir à Cotonou, capitale du Bénin, pour me rendre par la route à Lomé, 150 km plus loin sur la côte.
Voilà pour le compte rendu lapidaire des évènements. Je détaille à présent les modestes péripéties qui rythment le voyage, et qui le rendent digne d’être écrit pour souvenir.
Je vais à Yaoundé comme prévu dimanche dans l’après-midi pour rejoindre Douala le lendemain matin tôt, profitant de la compagnie du P. Sabe, l’économe provincial qui se rend lui-même au Centre-Afrique et qui prend l’avion à la capitale. Il me fait déposer à la procure des missions pour que j’y passe la journée, que j’y retrouve le soir le provincial devant arriver du Congo, et que j’en parte le lendemain matin pour prendre mon avion.
C’est en me laissant à la procure que le P. Sabe m’annonce qu’il m’a finalement pris un billet pour Cotonou, ce qui ne manque pas de me soucier un minimum, étant donné que je n’ai pas de visa pour le Bénin… Heureusement, me dis-je, je serai avec le provincial, qui est habitué à ce genre de manœuvre, tout ira pour le mieux.
Je reste donc à la procure des missions, vaste bâtisse au centre de Douala. Je me pose dans un fauteuil, pour lire un peu la matinée et me promener dans l’après-midi. Je rencontre au déjeuner un belge, d’une septantaine d’années, mordu de voyage depuis le début de sa vie active, et qui, depuis qu’il est « pensionné » passe le plus clair de son temps à voyage de part le monde. Nous passons une partie de l’après-midi à discuter ; il me raconte des voyages de quinze mois qui le mènent de la Belgique à l’Australie en traversant tous les pays de l’Europe de l’Est, la Russie puis la Chine etc. Il aime beaucoup la Chine et y va régulièrement. Sa discussion me fait passer le temps et son accent liégeois n’est pas sans rappeler le P. Piret, même s’il n’aime pas qu’on le lui dise.
Bref, nous passons l’après-midi ainsi, pénardement installés à discuter. Nous sommes rejoints ensuite par un personnage haut en couleurs, un visage à la Sim, brûlé par le soleil, dégingandé, sec comme un coup de trique. Il a une soixante-dizaine d’années, passées toute en Afrique. Son père était technicien dans le béton, il a participé à la mise en place du chemin de fer au Cameroun, puis à la seconde guerre. Frddy, puisque c’est son nom, a donc suivi son père puis l’a lâché pour se lancer dans des affaires semble-t-il assez douteuses de paillotes à frites, puis dans la mécanique. Un type autant mytho qu’amusant, et il est très amusant… Subodorant ma condition, il se lance dans une série de blagues de corps de garde, avec lesquelles il espère (gentiment) me mettre mal à l’aise, mais j’en connais certaines et rie aux autres (tiens, qui l’eût cru ?). Adopté. Il me prend rapidement en amitié et nous nous asseyions pour refaire le monde, il expose ses grandes théories sur la guerre en Irak, sur les juifs, sur l’uranium appauvrit, le tout ponctué par des blagues et des saillies qui me donnent l’impression d’être aux grosses têtes. « et maintenant, une question de madame Chombier, de Bâle… ».
Tout se passe donc bien, mais, voyant le soir venir, je commence à m’inquiéter un peu de l’absence du provincial. Je demande au frère hôtelier, qui me dit que le provincial est inscrit… trois jours plus tard !
Eh bien, ils communiquent entre eux les salésiens, c’est beau à voir ! Je me rassure tout de même en me disant que seul ou avec lui, le voyage ne sera pas si compliqué que ça. C’est juste le principe qui m’énerve.
Départ le lendemain, poireautage de trois heures à l’aéroport à cause de la convocation pour l’enregistrement. Je ne me plains pas, je vois sur les tableaux d’affichages qu’un vol en partance pour Abidjan a… 13 heures de retard !
La compagnie s’appelle « Toumaï Air Tchad », ce qui m’incite mine de rien à écouter avec plus d’attention que d’habitude les consignes en cas de crash… Mais ces quelques lignes prouvent que le vol s’est bien passé.
Arrivé à l’aéroport de Cotonou, par une chaleur sèche, très différente de Douala, et à mon goût plus supportable, je m’adresse au gars de l’immigration en lui expliquant ma situation de transit sans visa etc. Il est très conciliant et me donne un cachet, sans autre forme de procès.
Je prends ensuite un taxi pour qu’il m’emmène au car pour me rendre à Lomé, mais il me convainc qu’il vaut mieux louer un taxi pour faire les 150km, les cars étant des charters, je suis sûr de ne pas partir après la nuit, et je ne suis pas sûr d’arriver… Bon, j’accepte en négociant le prix à 25000CFA, soit environ 40€. Je mets mes affaires dans le nouveau taxi, sous l’œil vigilant de celui qui m’a conduit depuis l’aéroport. Le nouveau chauffeur réclame d’être payé d’avance alors que l’autre a le dos tourné. Je n’y vois pas d’inconvénient, me disant qu’à sa place je me méfierais avant de faire un tel trajet. Mais quand le premier voit que j’ai payé, il se met en colère en menaçant l’autre s’il ose me larguer en brousse. Voilà qui me rassure… Je n’avais pas pensé à ce genre de manœuvre. Et me voilà, parano comme je suis, à stresser pendant tout le début du voyage, puis quand il me fait descendre à la frontière pour les formalités de visa, je suis persuadé qu’il va m’abandonner en piquant tout mon avoir. Mais non, ce type est aussi antipathique qu’honnête, et rapide, ce qui est appréciable étant donné le temps perdu à la frontière à cause des camions.
J’y perds d’ailleurs 15€ à cause de ma niaiserie administrative. Comme une bille, je me présente au bureau du Bénin d’abord, alors que je n’en ai aucun besoin. Je sors du pays ! Mais les gars m’attrapent, voyant mon visa irrégulier, et me font payer un visa de 48h, soi-disant pour que je n’ai pas de problème au poste togolais. Ces derniers sont trop occupés à essayer de rançonner un groupe de nigériens qui récriminent et me mettent négligemment le tampon, sans évidemment regarder mon visa Béninois, ce qui n’est pas leur affaire…
Les cinquante km restants se passent sans encombre, dans ce paysage très différent du Cameroun. Je cite au passage deux noms de villes exotiques que nous avons traversées au Bénin, la ville de Ouidah, au joli nom et au séminaire où travaille, je crois, un ancien de l'IET, puis la ville de Grand-Popo, qui je crois se dit "Ka-Kah" en langue locale... (sans commentaire).

La saison des pluies vient de s’achever, et la végétation est très verte, bien qu’assez rase par rapport à la forêt tropicale. Sur la droite donc, cette savane verte, avec quelques maisons en parpaing ou quelques cases dont les murs sont faits de feuilles de palmier. Sur la gauche, nous apercevons de temps en temps la mer, bordée par une plage de sable qui à l'air très jolie ; j'essaierai d'y aller demain!
L’habitat est très différent du Cameroun, ce dont je m’étais rendu compte dès Cotonou. Cette ville est très basse, encore plus qu’Ebolowa, où quelques bâtiments comptent plusieurs étages ; Cotonou en a encore moins. Il y a beaucoup moins de monde dans les rues, moins de bruit, plus de poussière et de vent qu’à Douala ou Yaoundé.
J’arrive ensuite à Lomé, où je trouve assez vite le théologat salésien, où je suis accueilli par les huit formateurs, et les cinquante séminaristes, venant de trois provinces
s’étendant du Sénégal au Gabon.

7 commentaires:

Anonyme a dit…

And so begins a new chapter...

Glad to hear you made it one piece, my prayers and best wishes for your new setup. Keep us posted.

greg a dit…

Deux infos pour la culture G : P. Piret est de Charleroi ; Grand Popo Football Club est devenu le nom d'un groupe de musique électronique. Sinon j'aime toujours autant ton style fluide !

Benedicat omnipotens Deus

Anonyme a dit…

on dirait que tu racontes n'importes koi sur les gens, je ne t'en veux pas c'est normal de dire ce que tu penses , mais les traités et dire du n'importe quoi sur eux n'est pas normal, s'ils te lisent il peuvent te porter plainte. as-tu imaginé? je te prend un cas simple celui de kastel. connaissais-tu ces intentions? il ne faut pas dire du n'importe quoi sur les gens, sois prudent dans tes paroles, dis ce que tu penses, mais il faut savoir le dire pour ne pas te creer d'ennuie.

Anonyme a dit…

Joyeux Noel !

Sébastien THOMAS a dit…

Cher Gaultier,
Je te souhaite une très bonne année 2008 au Togo ! Et je forme des voeux pour que tout se calme autour de toi, et que tu puisses profiter à fond de ce stage !
A bientôt mon frère !
Sébastien

Anonyme a dit…

je rigole bien en lisant le message anonyme ci dessus. Je vois mon cher Gau, que tu n'a pas pu t'empêcher de donner l'adresse de ton blog, même à ceux sur qui tu ironises gaiement... Délicieux d'honnêteté !!

En revenant en France, quand tu seras à l'aéroport de Lomé, n'oublie pas de passer à la douane togolaise...

briend family a dit…

Meilleurs voeux à toi!!!
Bon courage et profite à fond!
anais et hans