Nous sommes samedi, demain je m’en vais. Déjà, enfin, je ne sais pas tellement. Les choses se sont précipitées cette semaine, sans que je ne me rendes compte que j’allais déjà m’en aller.
Mardi, je dois aller à Yaoundé pour faire mon visa pour le Togo, or j’apprends lundi soir que finalement il n’y a pas de consulat à Yaoundé, ce qui veut dire que je dois me rendre à Douala. Pas de problème, j’ai deux jours sans cours devant moi, cela devrait suffire. La suite me montrera que rien n’est si simple que ça ici décidément. Il est donc prévu que j’aille à Yaoundé le mardi matin pour tenter de foncer à Douala, 3h de route plus loin, dès l’après-midi pour coucher à Douala et faire le chemin du retour mercredi matin.
Je prends donc le car « Buca Voyage » mardi matin, après la messe de 6h30, et l’aventure commence. C’est mon premier voyqge en « car » ici, et c’est pas mal. D’abord, il faut comprendre ce que veut dire « car ». Il y a deux types de cars, le car « prestige », c’est-à-dire un véhicule comparable à ceux qu’on prend en France, et dans lesquels on rechigne à passer plus de deux heures, puis il y a les cars normaux, ceux…qu’on ne voit pas en France… Déjà, les inscriptions qui y sont faites sont pour le moins inquiétantes. « Dieu est avec nous » « roulons prudemment, le ciel est pour plus tard » et autres « à la grâce de Dieu ». Ce qui veut dire qu’on ne doit pas compter sur le chauffeur…Je ne condamne pas la confiance en la Divine Providence, mais j’ai tendance à dire « aide toi et le ciel t’aidera ». De plus, dans le car, des affichettes nous rappellent qu’il faut engueuler le chauffeur quand celui-ci roule trop vite. Bon ! Voilà du voyage participatif en perspective. Et alors on regarde la morphologie de la bête. On dirait un peu un « Jésus van » en plus grand, avec 5 rangs les uns derrières les autres. Sur le toit, deux tonnes de bagages, qui se composent essentiellement de sacs de maïs, de régimes de bananes et de poulets en paniers qui auront tout le loisir pour déféquer joyeusement sur les bagages « civils », intelligemment rangés sous eux. Ensuite vient le moment du placement. Je ne l’ai pas compris à l’aller, mais c’est une partie hautement stratégique du voyage, et même de la journée… Nous sommes appelés dans notre ordre d’achat de billets, et nous choisissons notre place. Moi, fiérot, je m’élance au fond du bus en me disant « quand j’étais p’tit, tout le monde volait y aller, c’est que ça doit être mieux ». Grand mal m’en a pris, voilà que le chargeur crie « serrez-vous bien au fond, c’est cinq par rangs ». « QUOI ?!!! », on est déjà quatre et je me dis qu’on va être serrés, et voilà qu’un type vient en plus s’encastrer entre nous. Nous sommes cinq types au fond, comme si on s’était donné le mot pour mettre les cinq plus rachitiques ensembles pour faire contrepoids.
Nous partons et le reste du voyage est long, seulement long mais très très long. J’avais prévu un bouquin pour tuer le temps mais j’ai les bras trop serrés pour le tenir. Alors je tente de dormir, ce qui me donne des coupures de circulation dans le bras à tel point que je redoute l’amputation. (bon d’accord, j’en rajoute, mais c’est pour dire que c’était long…) Enfin, je ne vais pas dramatiser, c’est l’aventure, on n’en meurt pas, et ça me fait déjà marrer.
Arrivée à Yaoundé, je me mets en quête d’un taxi, le temps de me faire draguer par un jeune homme aux mœurs hellènes, et me voilà à 12h à la maison provinciale, que j’avais quittée voilà tout juste quatre mois, n’ayant pas eu d’occasion particulière de revenir à Yaoundé.
Je suis alors saisi par l’immeuble délabré situé derrière la maison. Je l’avais déjà évidemment vu à mon arrivé, et décrit, mais il m’a frappé d’une toute autre manière cette fois-ci. Sans me lancer dans une étude ethno-politico-philosophico-architecto-baveuse, je dirais qu’il est un peu comme une allégorie du Cameroun. Il est situé sur un des plus gros carrefours de la ville, un des plus hauts édifices à perte de vue, et n’est pas terminé depuis plus de vingt ans. Monstrueux squelette, comme incendié mais avorté, il semble être un monument érigé à la gloire de l’inachevé. Je ne doute pas que d’aucuns y verraient un signe de l’humilité de l’homme devant la sauvage réalité de la nature dans les paysages désolés mais sublimes qu’offrent les canyons désertiques, mais là, j’ai peine à voir quelque chose de positif. Et ce qui en accentue le drame et qui donne tout son sens à l’œuvre, c’est l’inscription qui trône en son sommet. « Votez Paul Biya ». Comme si qui que ce soit avait le choix ! Il est en haut, et domine ce spectacle gênant de l’édifice abandonné aux corbeaux, du gâchis du travail des hommes qui l’ont commencé, et il ose narguer les autres bâtiments en étant le plus haut.
Voilà ce que malheureusement est dans un sens le Cameroun. Un pays dominé par un dirigeant qui commence sans jamais finir, et qui donne à tous ses sous-fifres et à tous les responsables administratifs cette même ligne de conduite qui fait que lorsque la vacance d’un poste se termine, ce sont les vacances de celui qui l’assument qui commencent… Loin de moi l’idée de cracher sur ce pays qui m’a accueilli, mais je trouve scandaleux qu’il soit de la sorte gâché par tant d’arrivistes, qui profitent des petits. (Ça y est, non content de se la péter à faire des jugements à l’emporte-pièce le voilà qui se la joue marxiste maintenant…)
Bref, cet immeuble est laid.
Le P. Miguel, un salésien qui est chargé de s’occuper de moi ici, me dit que je pourrais profiter demain de la voiture du P. Benoît, qui se rend à Douala pour prendre des colis au port, et qui emmène justement une dame qui doit aller au consulat du Togo. Parfait !
Je passe tranquillement l’après-midi à bouquiner ce que j’avais raté dans le car et à me balader dans les rues de Yaoundé, ville très animée mais sale et assez laide. J’ai l’immense plaisir le soir de manger du fromage, si délectable met dont je fus privé depuis mon dernier passage ici.
Mercredi, départ à 5h du mat’ pour arriver au plus tôt à Douala. Le voyage se passe sans heurt, dans la voiture du P. Benoît, une 4/4 climatisée, ce qui n’a rien pour me déplaire. Nous arrivons à 8h30 à la porte de Douala. Je dis bien « la » porte, parce qu’il n’y a qu’une seule route qui pénètre dans la plus grande ville du pays. Mais c’est malin ça ! Comme ça tout le monde a le plaisir de se taper une heure de bouchons tous les matins ! J’avoue qu’ je n’y aurais pas pensé !
Les gens semblent prendre la chose avec patience, et ne klaxonnent pas plus que d’habitude, c’est-à-dire trop de toute façon. Un bar porte même comme enseigne « bar de l’embouteillage ». Ils auraient pu pousser le bouchon (humour) jusqu’à s’appeler « bar du débouteillage ».
Le P. Benoît nous fait conduire ensuite au consulat par un taximan de confiance, en effet aussi rapide que sympathique. Nous faisons nos papiers rapidement avec un préposé compétent et efficace, qui nous promet le tamponnage de nos passeports deux heures plus tard. Je m’en réjouit et me prépare à me balader tranquillement et à lire mon bouquin devant une bonne bouteille de « top » (jus pétillant de pamplemousse très bon) mais Médiatrice (c’est le nom de la dame que nous avons conduite ici) en décide autrement et me propose de l’accompagner pour tuer le temps en achetant… une voiture ! Je découvrirai par la suite qu’elle avait secrètement prévu ce plan qui se déroulera à nos dépends. Et les choses deviennent pénibles.
Nous passons deux heures à discuter avec les vendeurs de voitures d’occasion, eux aussi malhonnêtes qu’elle peu au fait du marché visiblement, le tout sous une chaleur écrasante aggravée par les bagarres entre vendeurs qui se disputent la poire.
A la fin des deux heures, et comme rien n’est conclu, je me dis qu’une fois nos passeports récupérés nous pourrons rentrer peinardement et que je pourrais être à Ebolowa dans la soirée. Nous récupérons les papiers sans encombre, j’ai même l’heureuse surprise de ne payer que 15€ alors que j’en avais prévu plus du double, et nous rejoignons le P. Benoît pour manger un morceau. J’en profite pour manger un steak, que je demande le moins cuit possible et qui fut le plus cuit que j’ai jamais mangé, sous le regard horrifié des africains me voyant dévorer de la viande crue…
Et là, Médiatrice nous déclare qu’elle a fait venir de Yaoundé son chauffeur qui est en train de traiter l’affaire de voiture laissée un peu plus tôt. C’est là que nous découvrons qu’elle profitait en fait de nous pour régler ses petites affaires confortablement, ayant chauffeur et porte banane (je me coltine en effet un demi-régime qu’elle a acheté le matin sur la route et qu’elle ne veut pas laisser dans la voiture de peur qu’il prenne chaud…)
L’après midi se passe ensuite en d’invraisemblables rebondissements pour achever de négocier le prix, puis pour obtenir le transfert d’argent que son mari doit lui faire, visiblement aussi peu au courant que nous des velléités d’acquisition de sa femme, puis il faut changer la batterie, le filtre à huile, le disque dur et le tube cathodique de la bagnole. Comble du comble, Médiatrice ne veut pas rentrer avec sa propre voiture, ce qui nous aurait fait économiser trois bonnes heures. Elle veut rentrer avec le P. Benoît, ou avec la clim, je n’en sais rien.
Pendant ce temps, je lis furieusement pour ne pas m’énerver, et je déconseille au passage tout le monde de faire comme moi et de lire Germinal de Zola dans de telles conditions, parce que pour donner la « positive attitude », on a fait mieux depuis.
Bref, sept heures de perdues, je finis la journée furieux et sur le chemin du retour Médiatrice a le culot de critiquer mon silence en disant que c’est sûrement à cause des clopes que j’ai fumées dans la journée et qui me rendent taciturne ! Non mais y’en a des, j’vous jure !
Le lendemain, voyage nettement plus confortable, près d’une fenêtre, pour arriver à Ebolowa et foncer dans ma salle de cours, avec seulement une heure de retard qui ne semble pas avoir déprimé les élèves…
Et voilà, je vais aller mettre en ordre mes affaires, demain après-midi mon voyage recommence, vers de nouvelles aventures épiques…
4 commentaires:
Epic adventures is right! Well told and bravo for your composure, I get the feeling that you're becoming a seasoned world traveler...
Safe trip to your new digs, can't wait to hear how things pan out.
à plus
I'm so proud to have some coms in English on my blog ! That's really nice and worldwide !
If somebody could write one in Spanish, Italian or else, that would be really great ! And in latin, what a class 'lol'
@ +
¿Donde esta Juan?
Juan esta en la cocina.
¿Donde esta Maria?
Maria esta en el patio.
how's that for some Spanish?
la senorita del abanico va por el puente del fresco rio
valle chaille, los chicles en la bassura, sentaos burlinton
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