samedi 8 septembre 2007

Troisième salve

Vendredi 31 août 2007
Départ des italiens, menuiserie
Ce matin, les italiens s’en vont. Le départ est prévu à 8h, dernier carat ! A 9h, nous sommes encore en train d’emballer les chaises africaines qu’ils ont fait faire par une ébéniste de la ville. Sylvie à en effet travaillé pour eux pendant tout le mois. C’est elle qui était là voilà quelques jours. J’ai appris depuis que les italiens comptent tout revendre pour la bonne cause, en envoyant ici le produit de leur commerce.
Bref, les adieux durent un bout de temps, à grand renfort de larmes et de « à l’année prochaine ». Les Salésiens prennent avec beaucoup de philosophie ces belles promesses, étant donné que depuis vingt ans les volontaires viennent d’Europe. Seuls deux ou trois reviennent une deuxième fois…

M’enfin, les voilà partis. Je suis un peu dur avec eux mais je modèrerai mes propos dans quelques temps quand la présence d’européens me manquera.
Conséquence de leur départ, les gens se rendent compte que j’existe. Je ne joue pas le pauvre oublié pas accueilli etc., mais j’étais en fait pris par les gens de la paroisse pour un italien, et ils n’osaient pas trop m’adresser la parole, pensant que je ne comprenais pas le français. En plus, ils étaient là depuis deux semaines quand je suis arrivé, alors leurs rapports avec la population locale étaient déjà très développés.

Au déjeuner, ambiance intime, avec Fr Paul-Marie et le P Joseph. Celui-ci arrive une demi-heure en retard, ce qui nous laisse le temps de disserter avec Paul-Marie. Aujourd’hui, nous parlons des différences dans les rapports sociaux en France et en Afrique. Il m’explique les trois niveaux de relations qu’on trouve en Afrique. On peut en effet appeler quelqu'un « Monsieur », ou « Madame », dans les rapports administratifs et impersonnels, comme en Europe. De même également qu’en Europe, on appellera les personnes par leur prénom quand une certaine connivence est déjà installée. Par contre il existe ici, et dans toute l’Afrique, un rapport qui vient du village de brousse. Celui-ci c’est naturellement transmis aux quartiers, sortes de villages dans la ville, et à la paroisse, communauté aussi importante que celle du village. Ce rapport est celui qui est manifesté par l’appellation « papa » et « maman ». Ainsi, on appellera quelqu'un papa ou maman a partir du moment ou cette personne à l’âge pour être notre géniteur et est dans un proche par l’histoire, le sang ou les valeurs partagées.
Ensuite, nous parlons du plan physique des relations. Ici, les hommes et les femmes se manifestent très rarement de la tendresse publiquement. Je n’ai encore jamais vu de couples se tenant par la main comme on en voit partout en France. En fait, je crois ne jamais avoir vu un homme et une femme marchant côte-à-côte. Par contre, les hommes se tiennent très couramment par la main ou par la taille, ce qui peut surprendre un occidental. Cela ne signifie rien par rapport à la fameuse « barrière » à côté de laquelle chacun se situe…
Nous concluons la discussion par une des innombrables anecdotes truculentes de Paul-Marie. Il me raconte comment, une fois qu’il était invité en France à un colloque sur la pauvreté il avait été traité. Les organisateurs avaient invité à la base le P. JM Petitclerc, salésien très connu et proche de notre gouvernement soit dit en passant. Paul-Marie était à l’époque à Argenteuil avec lui et Petitclerc lui demanda de le suppléer à ce meeting. Paul-Marie se retrouva le seul noir, et traité comme tel. Il a alors été abordé par plusieurs personnes, de la haute bourgeoisie, visiblement peu accoutumées à se frotter à des « personnes de couleur ». Ils lui parlaient tous en « petit nègre », dans le genre Tintin au Congo : « alors, toi y en a venir de la brousse ? Toi y en a parler français »… Paul-Marie devait intervenir et a joué les Martin Luther King, ce qui lui a valu un tonnerre d’applaudissements et une semaine de vacances chez les gens qui l’avaient pris pour un évadé de plantation de coton… Énorme rigolade !

Sinon, toujours la menuiserie. Étant donné que je déménage demain, je pense que c’était ma dernière journée dans ce travail. Nous ne sommes qu’à la moitié de la réalisation des tables…

Samedi 1er septembre 2007
Arrivée à la mission
Déménagement vers mon lieu de mission pour les deux ans à venir. Comme je le disais, je regrette un peu de quitter le centre professionnel, où le confort me convenait bien. Cependant, ce ne serait effectivement pas bon pour ma mission. La paroisse est vraiment plus au cœur de la population et me permettra de toucher des réalités plus profondes.
La paroisse est située deux cent mètres en dessous du centre, sur le même axe routier qui relie Yaoundé au Gabon. C’est la grand-rue de la ville, pleine de monde toute la journée. La mission comprend une grande église, une dizaine de classes, une grande salle pour les jeunes avec babyfoot, le presbytère et une chapelle pour les messes des jeunes. En effet, pendant la grand-messe de 8h30 le dimanche, les jeunes se retrouvent dans cette chapelle, située derrière le presbytère.
Le curé, le P. Valentino est donc parti en Italie pour se faire soigner, c’est donc le P. Frédéric qui m’accueille et me montre mes appartements. La maison est nettement plus spartiate que le centre, mais tout à fait vivable. Ma chambre est moins grande et surtout sale et triste, avec un sol en ciment brut et des murs qui avaient dû être blancs…
Le père Frédéric, qui est devenu « Frédéric tu » en deux minutes et qui deviendra bientôt « Frédo » je pense, me fait visiter la paroisse. Quand je lui dis que j’aime la musique, il bondit d’enthousiasme pour me montrer un local où est entreposé le matériel d’un groupe de musique des jeunes. Y’a même une batterie !!! On va bien samuzé !
Je me rends dans l’après-midi à la répétition de chant des adultes que je souhaite noyauter pour y donner quelques nouveaux chants. Je découvre alors que le chef est très compétent, mais que ses chanteurs sont un peu trop cool, ce qui les empêche de correctement fignoler leurs chants. De plus, le chef n’a pas le réflexe, ni semble-t-il le désir, de baisser le ton des chants qui forcent les soprani à hurler comme des cochons à l’abattoir pour sortir péniblement les notes souhaitées. Je manque à plusieurs reprises de partir en fou rire devant les mimiques qu’il fait pour engueuler les femmes qui ne se tiennent pas droit ou ne respirent pas correctement. On dirait le présentateur noir dans « le cinquième élément », Ruby Rod.
Il est très content de mon arrivée, mais pas autant que Frédéric qui me voit déjà soliste et qui espère que je ferais grimper le nombre de participants à la messe. Étant donné que l’église est déjà blindée à craquer, je me demande ce qu’il veut de plus…

Tout s’annonce donc plutôt bien ! Ma seule inquiétude est que j’ai beaucoup de mal à comprendre Frédéric. Il n’articule pas le moins du monde, et avec son accent congolais, c’est un peu tendu ! Mon oreille se fera…

Dimanche 2 septembre 2007
Jour du Seigneur
Calme plat. La messe de ce matin permet au P. Joseph, venu la présider, de me présenter à la communauté qui m’applaudit avec enthousiasme quand elle apprend que je ne suis pas volontaire, mais séminariste et envoyé par mon évêque.
Au déjeuner du dimanche, la paroisse accueille les pères du centre, et le reste de la semaine, c’est le contraire. Par contre, le soir, chacun chez soi.
Au cours du repas, j’apprends que le départ des italiens soulage tout le monde. Je me rends compte que leur groupe souffrait de multiples frictions et qu’ils ont failli éclater dès la première semaine. Je comprends maintenant ma gène ! De plus, Artur dit que de nombreux cœurs ont chaviré du côté des jeunes de la paroisse pour ces beaux et belles italiennes prompts aux caresses chaleureuses ! Tu m’étonne Simone ! Je l’avais bien dit à Mirko qui m’avait répondu « ma, jé lor ait dit ma, tou connais les jènné fill, cépa si simmple ! ». Résultat, ils ont blessé les gens…Moralité : « tripote pas tes potes ! »
Je passe l’après-midi dans ma chambre à travailler et à regarder « the bourne identity », en bénissant mon superbe ventilo que j’ai trouvé dans ma chambre et qui me permet de supporter la chaleur accablante d’aujourd’hui. Frédéric me rit au nez quand je lui en parle en disant qu’au Tchad, il a eu des semaines à 47° à l’ombre !!!

Le soir, je préside les vêpres solennelles de la paroisse, rôle qui échoit au diacre ou au prêtre normalement… Frédéric me dit que ce sera dorénavant mon affaire…

Lundi 4 septembre 2007
Rentrée des classes de N’Ko Ovos
Pour les écoles primaires, c’est aujourd’hui la rentrée, c’est le cas de celle de la paroisse, l’école Don Bosco d’N’ko Ovos (nom du quartier). Les enfants arrivent dès 7h du matin, accompagnés de leurs parents. Ils sont tous en uniforme bleu ciel, et trépignent d’impatience devant leurs salles de classe. La moitié au moins des élèves ne sont pas inscrits encore et le seront pendant la semaine à venir…
Les enfants sont étonnamment silencieux par rapport aux enfants européens. Je suis habitué aux cris stridents des gamins qui jouent dans la cour de récréation, mais ici, même pendant les récrées, le bruit est tout à fait supportable, léger. Finalement, les heures de cours sont plus bruyantes, on entend les enfants psalmodier avec ferveur leur alphabet, sous la férule des professeurs qui les entrainent à crier de plus en plus fort. Toutes les leçons s’apprennent en rythme, en tapant des mains et en parlant en cœur. Le sens inné du rythme et de la chanson des camerounais est tout-à-fait exploité ici !
Je continue un peu de menuiserie en attendant que les cours commencent vraiment.
L’après-midi, je pars avec Daniel, un jeune anciennement élève en mécanique au centre Don Bosco, pour acheter des livres de cours de français. Il m’emmène chez le libraire, me fait asseoir là-bas en délogeant un des employés de sa chaise, il me donne un papier pour y inscrire ma commande, et il me dit qu’il s’occupe de tout. Je suis gêné, je me sens comme un pacha avec mon fidèle serviteur. Il négocie les prix, et me demande 6800CFA pour deux livres, dont un de deuxième ou troisième main…Daniel n’est pas le roi du négoce !

D’ici, j’entends les enfants de maternelle chanter à tue-tête « un petit perroquet…avait un anana-na-na-na…il avait (voix de la maitresse)…un anana-na-na… »

Mardi 5 septembre 2007
Hibou, caillou, chou, genou…
Aujourd’hui, je me plonge dans la préparation de mes cours de français, aidé par les livres achetés hier. Je fais des cours de grammaire, ce qui me permet de me rendre compte que j’ai absolument tout oublié ! Maman ! Au secours !
J’y passe toute la journée et me sépare donc de la menuiserie, au grand dam de Valery, qui commence à monter les tables.
La pluie tombe à verse pendant tout l’après-midi, rendant impossible toute sortie. De plus, les toits des maisons étant en tôle, le bruit des trombes d’eau est vraiment assourdissant.

Mercredi 5 septembre 2007
Votre mission, si vous l’acceptez…
Ce matin, réunion des professeurs à 9h, les choses sérieuses commencent ! Enfin, presque… Sur les vingt professeurs du centre, nous ne sommes pas plus d’une dizaine, réunis pour parler du projet éducatif et des décisions à prendre pour les élèves qui triplent. La réunion est assez pénible, surtout à cause du bruit assourdissant des chiens qui aboient sous les fenêtres, de la menuiserie et du plombier qui creuse dans le béton avec son burin pendant une heure une salle plus loin…
Suite à cela, je vois le P. André, préfet des études, pour qu’il me rencarde un peu sur la façon de donner cours, et pour qu’il me donne des livres d’exercices et des livres de grammaire. Un fois de plus, je me suis emballé en achetant des livres par moi-même, ce qu’il me propose est beaucoup plus utile…Il me dit en outre que j’aurais toutes les classes non pas de troisième comme je l’avais compris, mais de troisième année de collège technique, l’équivalent d’une quatrième pro en France. Il me dit en outre qu’il ne faut pas m’attendre à un niveau trop bon, « ils sont carrément nuls !(sic) ». Bon ! Ça va être sympa !
Puis je vois le P. Joseph, qui me donne plus de précisions sur ma mission en général. Il veut que je m’occupe des enfants de cœur, de la chorale des jeunes et de surveiller les catéchistes (qu’ils soient là et qu’ils donnent effectivement leurs cours). Voilà pour la paroisse. Ensuite, il veut que je donne ces 7-8h de français, plus une de religion, et enfin il veut que je sois ses yeux et ses oreilles à la radio pour surveiller que tout se passe bien comme c’est prévu. Il n’a en effet pas le temps de contrôler ce qui s’y passe. La radio est pourtant située à vingt mètres de son bureau, mais il est toujours accaparé par des gens qui viennent se plaindre de porter la misère du monde sur leurs épaules, et que leur fils est malade, leur fille enceinte, la grand-mère a perdu ses dents et le grand-père ses cheveux, sans compter que le chien à la jaunisse et que la chèvre à eu un petit à trois pattes…
En rentrant, je croise Pauline, une couturière que j’avais rencontrée avec Mirko il y a deux semaines. Elle me dit qu’elle a besoin de mes mesures pour mon costume traditionnel pour lequel elle a reçu le tissu. Je n’ai jamais rien demandé de tel ! Elle prend mon numéro de portable et me harcèle depuis…Le problème est que je ne comprends pas un traitre mot quand elle me parle au téléphone à cause du bruit qui l’environne…
Je passe mon après-midi à préparer un peu les cours de français, notamment l’interrogation du premier cours pour tester leur niveau, j’ai peur du résultat, mais ce n’est pas insurmontable. On explorera les délices du subjonctif imparfait de la deuxième forme plus tard…niargh niargh niargh !

Jeudi 6 septembre 2007
Ausweis et diminutif
Aujourd’hui, le P. Joseph veut me faire faire mon permis de séjour. Je m’attends à une queue interminable à la police, mais je me rends compte que le fait d’être blanc, accompagné du supérieur d’une congrégation religieuse permet de faire avancer les choses… Le préposé est quand même assez pénible, je pense qu’il a du faire ses études en France dans une école de fonctionnaires ou un truc comme ça, il est chiant comme un employé de mairie…Il demande qu’on produise un papier qui prouve que je suis religieux car cette qualité donne droit à une division par trois des frais pour obtenir le permis de séjour. 60000 au lieu de 200000CFA quand même ! Illico presto le P. Joseph me fait un certificat dûment tamponné en rouge, je lui dis que ça fait plus sérieux. Je lui propose aussi de retourner au commissariat en soutane…(Il avait fustigé pendant son sermon de dimanche dernier tous les faux prêtres qui arborent leur soutane fièrement).
Sinon, je suis passé chez le coupe-tifs. Je demande à Artur l’adresse d’un coiffeur pour visage pâle capable de s’occuper honorablement de mes cheveux. Il m’indique un type qui est coiffeur à mi-temps et…vendeur de DVD de films piratés le reste du temps. Il faut donc le chercher près de l’échoppe de son deuxième emploi, située sur le rond point central d’Ebolowa. J’y vais avec Isidore, un jeune du centre. Nous trouvons le gonze, qui m’emmène dans son « salon ». Il s’agit d’une boite en bois de la taille de deux cabines téléphoniques…Il me dit que je suis bien tombé, qu’il est expert en coiffure, pas comme tous ces types qui se prétendent coiffeurs. Je me rassure et lui dit ce que je souhaite : plus court sur les côtés et laisser des cheveux au dess…VOUAM ! Il est déjà rentré à pleine tondeuse au milieu de mes cheveux ! Il me taille la boulle à zéro en moins de deux secondes ! Je retiens à grand-peine un énorme fou rire en le voyant me massacrer les cheveux comme jamais ! En plus, et là je ne peux m’empêcher de pouffer, il commence à me tondre la barbe que je n’ai pas rasée depuis deux jours, puis il me passe la tondeuse sur tout le visage, sur le front, sur le pif, je crois même qu’il va me raser les sourcils… Et il a le culot de me dire « alors ! Des coiffeurs comme ça, vous en avez jamais vu en Europe ! » et moi de lui répondre dans un éclat de rire libérateur « ah ça, c’est sur ! ». Heureusement, au moment de payer, je ne crache que 1000CFA, c'est-à-dire 1,50€, ce qui reste relativement peu cher, même pour un « massacre à la tondeuse I ». La prochaine fois, j’irai chez une coiffeuse pour dames, elles au moins savent surement respecter une coiffure autre que le style boule de billard coiffable à l’éponge.
Sinon, je participe un peu à la réalisation d’un solivage en bois pour mettre un plafond en placoplâtre dans une nouvelle salle. Là encore, un temps hallucinant perdu par les ouvriers. Les poutres qu’ils avaient faites, avec des mi-bois etc. étaient à l’évidence trop épais. Ils faisaient la taille de chevrons de couverture, et pesaient donc très lourd. Ils doivent tous les désépaissir de dix bons centimètres, étant donné qu’il y a au moins 20 poutres, une matinée de plus de foutue ! Dépité par le rythme, je change un peu de crèmerie pour me prendre un cours de mécanique avec Charles et M. Simon, qui retapent une SEAT pour ce dernier. Charles m’explique les systèmes de suspensions puis démarre la voiture comme dans les films pour la tester. Il prend deux fils qu’il frotte sur la batterie parce qu’il n’a pas encore reconnecté le démarreur avec le contact de la clé.

Vendredi 7 septembre 2007
Préparation de cours
RAS, seulement préparation de mes cours de grammaire. Temps gris mais sec.

Deuxième salve


Jeudi 23 août 2007
RAS
Je commence quand même à me faire un peu chier. La menuiserie est encore en rade, no comment. J’ai dormi 3h cet aprèm, sans vergogne car tout le monde me conseille de prendre des forces pour affronter l’année scolaire qui est plus que chargée. À ce rythme, je vais vraiment être chargé à bloc !
Le courant est encore parti pendant quatre heures.

Vendredi 24 août 2007
RAS + messe à la cathédrale

Rien de très neuf, à part une messe de trois heures et demie à la cathédrale pour les vœux de trois sœurs et l’institution du nouveau vicaire général.
Il faut quand même que je raconte cette messe épique. Il faut imaginer la cathédrale d’Ebolowa (je prendrai des photos le moment venu), avec seulement deux cent personnes, ce qui la remplit à ¼, mais deux chorales qui se disputent les chants et une douzaine d’enfants de chœur. Déjà, nous prenons les vingt minutes de retard légales. Puis la messe commence. Les rites pénitentiels prennent le temps habituel pour l’Afrique, je reconnais les chants du Kyrie et du Gloria, que j’ai entendu dimanche dernier, mais je ne comprends toujours pas un mot de Bulu alors…
Puis arrive la procession de la parole de Dieu. Une bande d’au moins quinze personnes dansent dans la nef pour apporter une Bible. Lectures, puis sermon. L’évêque commence en anglais, alors je me dis que ça va prendre du temps. Je m’endors aussitôt, puis me réveille un quart d’heure plus tard, il parle alors en français. Je me rendors peinard en me disant qu’il reste de toute façon le bulu…Ce qui est le cas.
Après le sermon arrivent les officiels et ceux qui ont prévu le coup. C’est le moment des vœux et la messe a déjà durée une heure et demie. Les vœux sont classiques, mais après ceux de la première retentit un violent bruit suraigu. Je pense que c’est du larsen et je me dis que j’en ai rarement entendu d’aussi forts. Pourtant, personne ne semble s’en soucier. Puis je comprend que c’est la mère de la jeune fille qui manifeste son approbation…s’en suit un véritable concours de youyous à tout bout de champs, jusqu’à la fin de la messe, surtout quand il y aura les intronisations des chanceliers, procureurs et recteurs du diocèse. Ces installations sont faites en privé dans nos diocèses mais c’est l’occasion d’une grande fête ici.
Pour la procession des offrandes, encore quinze personnes dansent, et apportent des sacs de bananes, de manioc, deux poulets vivants dans des paniers (bonjours l’ambiance) et des pacs d’eau minérale (très esthétique…). La suite fut catholique, mais dura, dura, dura…
Je m’habituerai, c’est mon boulot !

Samedi 25 août 2007
Finale des JO de la prison, messe du soir dans une petite chapelle
Nous partons à 9h pour la cérémonie de clôture des JO de la prison d’Ebolowa, où j’étais la semaine dernière. Comme d’hab, nous attendons pendant les vingt minutes de politesse avant que les choses ne commencent…Cela permet à tous les prisonniers de venir nous proposer un à un leur marchandise douteuse. Notamment l’un d’eux qui veut me vendre ses cannes en ébène véritable. Je ne me souvenais pas que l’ébène était aussi léger et qu’il laissait des traces de cirage sur les mains quand on le touchait…
L’un des types que j’avais vu la semaine dernière me prend à part pour me demander de respecter la promesse d’argent que je lui avais faite. Je suis honoré qu’il pense à moi dans son sommeil car je ne me souviens pas lui avoir fait une telle promesse en dehors de ses rêves. Il m’explique qu’il attend depuis huit mois son jugement, qu’il ne connaît personne ici etc.
Qu’est ce qui est vrai et qu’est ce qui est faux ? C’est le problème de tous ces pauvres types ; ils racontent tellement de bobards qu’on passe certainement à côté de vraies situations dramatiques, mais on est forcés de se détacher beaucoup et de dire systématiquement « non ». Je me rends d’ailleurs compte déjà du danger du détachement, de la facile tranquillité qu’il procure quand on se dit « ce n’est pas ma vie, je ne peux pas prendre sur moi tout le mal du monde… », mais je goûte surtout l’amertume qui remplit l’être quand on se retourne vers la facilité de notre vie alors que celui qui tend la main se retourne dans sa fange, et dit « merci » ! Ce merci et ce sourire qui l’accompagne sont comme des coups de talon qui m’enfoncent la figure dans la boue de mon égoïsme. Si seulement les pauvres pouvaient être méchants ! Si seulement ils pouvaient être ingrats ! Si seulement ils pouvaient être faciles à rejeter !
Mais non, ils sont là, ils nous crèvent les yeux, et puissions-nous ne jamais nous habituer à eux, puissions-nous ne jamais laisser notre langue s’habituer à l’aigreur de notre égoïsme !


Les jeux commencent enfin, par un concours de chants, disputé entre 4 prisonniers. L’un d’eux chante du rap, l’autre est fou, le troisième est absent et le quatrième est le seul à jouer de la musique et à bien chanter. Bonne rigolade !
Après ça se dispute la grande finale de volley. Magnifique match, vraiment du sport ! Impressionnant !
Pendant la mi-temps, nous assistons à la finale de course sur trois pieds, c'est-à-dire que deux types courent, unis par une de leurs jambes. C’est un vieux jeu scout, mais le voir disputé par des taulards au fin fond de la brousse, c’est assez…surprenant ! Puis il y a la grande finale de tir à la corde, occasion de montrer ses muscles. Ces types déploient tout de même une énergie surprenante quand on sait ce qu’ils mangent : une boulette de farine de maïs par personne et par repas, et basta ! Les jours de fête, comme aujourd’hui, ils ont droit à une boite de sardines. Yepee !
Je profite également de la mi-temps pour faire un brin d’histoire : les JO d’Ebolowa et ceux de la prison sont nés voici 20 ans. On les a appelés naturellement jeux olympiques, sans se poser plus de questions. Mais le gouvernement, après avoir admiré le concept, a demandé une taxe sur le nom « jeux olympiques »…Ils sont comme ça les africains !
Les JO de la ville, dont le siège est la paroisse, s’appellent maintenant Jeux Organisés, et ceux de la prison Vacances Sportives. On avait pensé à Vacances Championnat, mais les initiales sonnaient moins bien…
Nous reprenons le match, qui se solde par une victoire de l’équipe des « Inquiéteurs ». Avant le match de foot, nous avons un entracte présenté par un jeune animateur salésien. Il nous fait un show avec un ballon de foot qu’il maîtrise parfaitement. Il le fait rebondir sur la tête en enlevant et remettant son T-shirt etc. Une vraie otarie !
Match de foot, RAS. Puis une épreuve pour le moins originale : « Bobo mangetout ». Il s’agit, comme le nom l’indique, d’un concours de bouffe ! Deux types prennent place autour d’une table, avec devant eux une assiette pleine de pâtes, de fayots et de viande douteuse, deux bananes, un bâton de manioc
[1] et une bouteille de Fanta. Tous les détenus sont autours à les motiver pendant qu’ils se goinfrent frénétiquement. Le suspense est à son comble quand ils ont tout mangé en même temps. La course se termine à la bouteille de Fanta qu’il faut avaler plus vite que l’autre, et…c’est l’équipe de la Juventus qui le remporte, représentée par un détenu titubant après son effort éminemment sportif et qui vient de gagner un repas gratuit !
Nous assistons ensuite à la remise des prix. Il s’agit de pains d’une livre de savon, de T-shirts, casquettes et de boîtes de sardines pour améliorer l’ordinaire. Cette remise des prix dure un temps fou, je m’éclipse pour faire discrètement quelques photos de la prison. J’en fait deux ou trois, puis je suis repéré par deux gars qui me demandent de leur tirer le portrait. Je me retrouve en un rien de temps submergé par les taulards en mal de photos. Je leur dit que je ne les imprimerai pas, mais eux me disent qu’ils veulent que leur image voyage jusqu’en Europe, ils veulent voyager ! Pour eux, l’image est très importante, et le sort de celle-ci joue sur le leur. C’est pourquoi je ne peux pas faire de photos à tous bouts de champs dans les villages où je passe. Je voudrais pourtant en faire plus, chaque coup d’œil est un dépaysement !
Je suis rattrapé par le P. Mierko, la cérémonie s’est terminée sans que je m’en rende compte. Nous rentrons.

Le soir, j’accompagne le même P. Mierko à la messe dans une petite chapelle à la limite de la ville. Il veut que je vienne car je lui ai fait répéter son sermon…il me présente à la communauté comme séminariste et son prof de français, et il précise que je serais tenu responsable de ses fautes !
C’est une petite chapelle, de 50 places. Il y a environ une trentaine de personnes, qui chantent comme deux fois plus, comme toujours. Au moment de la quête, une femme se lève, probablement une bamiléké
[2], et harangue les autres pour payer des nouveaux bancs pour la chapelle. Elle demande 2500CFA aux femmes, 1000 aux enfants, et 3000 aux hommes. C’est une petite fortune pour eux, mais il faut 100000CFA (150€ environ) pour payer les bancs, et une veuve a déjà donné 50000 à elle seule. Il faut donc encore 50000. Aussitôt la quête finie, elle fait les comptes pendant le début de la prière eucharistique…
Elle nous annonce le résultat à la fin de la messe : 7500CFA au lieu des 50000 qu’on aurait du donner en tout…
Nous allons ensuite donner la communion à une vielle femme malade, seule dans sa petite maison. J’y vais avec le P. Mierko. Il est 19h, mais il fait nuit noire et je manque de me vautrer deux fois dans la boue du chemin qui mène chez elle. Un jeune qui nous accompagne me dit dans un éclat de rire « alors, mon frère français ! C’est ça l’Afrique » je lui réponds « on m’avait dit qu’il faisait chaud en Afrique ! Tu parles ! ».
La maison de la veuve est une pièce unique, d’une vingtaine de mètres carrés. Elle a deux lits et un foyer en guise de cuisine. Ce que je trouve très dangereux, c’est que le feu n’a pas d’évacuation pour la fumée, ce qui explique la noirceur des murs et du plafond, faiblement éclairés par l’unique lampe à pétrole présente dans la pièce.

Nous rentrons dîner au centre, où nous retrouvons une troupe d’italiens venant du centre Don Bosco de Yaoundé pour passer le week-end avec les nôtres. J’en ai vraiment ras-le-bol des ritals ! Ils sont bruyants et je comprends rien à table, c’est vraiment chiant ! Heureusement qu’il y a le P. Mierko qui parle français et les pères du centre.
Je commence aussi à avoir hâte que le P. Joseph revienne de la retraite qu’il anime à Yaoundé, car je ne sais toujours pas ce que je vais faire cette année. Le P. Artur (le polonais) se contente de me dire « passionce »…

Dimanche 26 août 2007
Messe paroissiale et excursion en brousse
Ce dimanche, le P. Frédéric, vicaire de la mission (paroisse), me demande de servir la messe de 8h30. C’est la messe en français, sachant qu’il y en a une en anglais à 7h et une en bulu à 10h30. Chacune des messe a sa chorale, celle en Bulu en voit 4 se succéder selon les dimanches.
La messe paroissiale me permet de me rendre compte de la ferveur populaire, il y a au moins 600 personnes, mais ils arrivent jusqu’à l’offertoire (au bout d’1h…) et évacuent les lieux en moins de dix secondes…Je constate aussi la liturgie assez déplorable du P. Frédéric, due au fait qu’il est salésien…Le clergé local diocésain est en effet beaucoup plus respectueux des normes liturgiques et il a un bien plus grand respect de la ferveur populaire. Les chants n’ont rien à envier de nos répertoires paroissiaux de campagne…Nous avons droit à « l’amour à fait les premiers pas » et autres réjouissances hautement théologiques...Je comprends aussi à quoi servent les rythmes préenregistrés des synthés ainsi que la bibliothèque des instruments tels que la trompette, les « voice ohoh » etc. L’organiste en use avec…enthousiasme !
Je vais tout faire pour rejoindre la chorale et essayer d’y instiller quelques chants de l’Emmanuel et d’autres chants plus modernes !

L’après midi, nous allons en balade avec les italiens pour visiter un village et une grotte dans la brousse. La semaine dernière, les hauteurs, et là, les profondeurs ! Charles nous sert de chauffeur comme d’habitude car, non seulement il est extrêmement sympathique, mais il peut servir d’interprète pour les ritals. Il est le responsable de l’atelier de mécanique automobile et vient du village que nous allons visiter.
Dès la sortie d’Ebolowa, première embrouille, un flic barre la route à l’aide d’une herse faite d’une planche percée de clous, et il demande à voir les papiers du véhicule. Le chauffeur les lui passe, fébrile, car il sait que quoi qu’il y trouve, le policier trouvera moyen de nous amender. Le centre DB
[3] lui facilite la tâche car la visite technique est en retard de deux mois…Après un quart d’heure de négociation, le pauvre Charles s’en tire avec une convocation au commissariat le lendemain, et l’honneur de s’expliquer avec le P. Artur, notre économe, qui, je le rappelle, est slave…
Nous repartons donc et entrons dans la brousse (comprendre forêt équatoriale). Au milieu d’une descente, l’aventure continue. Nous voyons devant nous deux voitures à l’arrêt. La plus proche est une sublime « espace » bordeaux d’au moins vingt ans passés après la date de péremption. Elle est bondée et trois personnes sont sur le toit… Le véhicule devant elle est un taxi non moins rempli, qui est en panne. J’apprendrai dans l’après midi le rôle éminemment stratégique de ce taxi. Il a la mission d’emporter une sono, un générateur et tout le matériel pour faire la maxi teuf mensuelle dans le village voisin de celui de Charles. Celui-ci s’empresse d’aller aider de ses connaissances le malheureux pilote du taxi stratégique. Je le rejoint peu après en glissant dans la boue de la piste pour le voir à l’œuvre. Là, c’est le cliché de l’Afrique ! Un morceau de fil de fer et du scotch, et la voiture redémarre !!! Il y a en fait un problème d’électricité et Charles court-circuite la bobine pour aller du transfo au démarreur en passant par le transpondeur analogique de différenciation injective, sans passer par l’alternateur, en embrassant la crémière et sa fille la belle-mère et le vieux par derrière la maison. Enfin, je crois que c’est ça, mais je ne suis pas expert baby…
Nous dépassons les deux véhicules en mordant dans la broussaille. Nous retrouverons le taxi au retours, il aura fait…500m…
Au bout de 3km de piste, nous arrivons dans le village de Charles. Six ou sept maisons, trois chèvres et douze poules. Il nous fait visiter la maison de sa grand-mère. Elle ressemble beaucoup à celle que j’ai vue en allant porter la communion hier chez la veuve. Une pièce, deux lits, le feu au milieu etc. Charles me dit que c’est la maison typiquement sud-camerounaise. Il est étonné que je lui demande pourquoi les gens ne meurent pas tous asphyxiés. Pourtant, en passant devant des maisons avec le feu allumé, je constate qu’il en sort une épaisse fumée de partout. Je ne sais pas pourquoi, mais ça m’intrigue…
Il nous emmène ensuite visiter leur exploitation de cacao. Il s’agit en fait d’une portion de forêt avec plein de cacaotiers. C’est la saison de la récolte, les fèves sont mûres, il nous en ouvre une et nous goutons ce qui deviendra après séchage et torréfaction le chocolat que nous connaissons. Ça n’a pas du tout le même goût tel quel…
Nous marchons dans la brousse, émerveillés par cette nature si sauvage et si belle. Si seulement les italiens pouvaient cesser deux minutes de brailler !
Il me montre comment on délimite les exploitations. Il y a des grosses plantes rouges qui servent de bornes tout au long des terrains. On dirait comme des minuscules bouquets de longues feuilles rouges. C’est quand même marrant comme système !
Après une demi-heure de marche dans la forêt ponctuée par les explications de Charles, nous reprenons la voiture pour aller à la fameuse grotte. Elle est située dans le village après celui de Charles (je ne retiens pas encore les noms de lieux, qui sont trop compliqués à mes oreilles…). Nous y prenons une brassée de guides, comme pour tous les lieux touristiques semble-t-il. Nous rentrons dans la forêt et découvrons alors une rivière souterraine dont le toit est effondré à un endroit. Les guides nous disent de marcher dans le lit souterrain de l’eau pour arriver à une autre ouverture, après cinquante mètres dans un décor à couper le souffle. Il s’agit en fait d’un simple boyau humide de vingt mètres. Rien d’extraordinaire, mais c’est tout de même joli. Les italiennes nous réjouissent de leurs cris à cause d’une chauve-souris vampire géante d’au moins quatre…centimètres de haut !

Nous reprenons ensuite la route, en prenant au passage les habituels passagers opportunistes de la brousse. Cette fois-ci quatre personnes et un bébé. Nous rencontrons également la grand-mère de Charles que nous avions ratée plus tôt. Il nous dit qu’elle a soixante-quinze ans, mais en parait dix de plus. L’espérance de vie au Cameroun est de soixante ans pour les femmes…

Lundi 27 août 2007
Menuiserie
J’espérais pouvoir enfin vraiment travailler, je suis servi. Valery semble s’être mis un pétard dans le cul ce matin, il doit être en surtension, au moins 0,2 ! Il me dit qu’on commence à être à la bourre. Sans blague ?! Soixante tables en une semaine !
Je me rends compte alors que les machines qui étaient en panne depuis quelques jours ont en fait des doubles, mais qu’il avait la flemme de prendre les lames de l’une pour aller sur l’autre !!! En trois tours de clé à molette, les lames sont mises sur l’autre machine et nous pouvons travailler. Nous aurions pu faire ça voici trois jours, mais non, il avait pas envie ou pas pensé, ou les deux ! Comment un pays peut tourner si toute l’industrie marche comme ça ? Et j’ai l’impression que c’est le cas : l’industrie marche comme ça et le pays comme on le sait !
Grosse journée, ça fait du bien ! A la fin du travail, bonheur, l’eau de la citerne a chauffé au soleil et je prends avec délice ma première douche chaude depuis la France !

Le P. Joseph est rentré à midi ! Je vais enfin connaître mon avenir immédiat ! Enfin, il me dit qu’on se verra demain… passionce…

Cet après-midi, une odieuse découverte jette l’effroi parmi les italiens. Lucia s’adresse à moi devant le manque d’intérêt des salésiens devant le crime : un poulet est sequestré dans le garde-manger depuis deux jours, dans l’attente d’une horrible mort pour assouvir la coupable faim des misérables humains que nous sommes. Elle me dit que je suis quelqu'un de gentil et que je pourrais prendre la défense du malheureux gallinacé. Je réprime à grand peine un fou rire en lui disant que la pauvre bête, malgré le traitement barbare qui lui est infligé, ne ressent pas l’angoisse de la mort étant donné que les animaux s’endorment dans les pièces sombres, ce qui est le cas du cellier.
Nous profiterons de l’absence de la délégation italienne le lendemain pour déguster le poulet, assaisonné d’une bonne rigolade !

Mardi 28 août 2007
Menuiserie, ordres de mission
Journée de menuiserie, classique, RAS à part l’absence bienvenue des ritals partis visiter un hôpital à 80km dans la brousse. J’avoue m’être un peu défilé, content d’être soustrait à leur présence, et Valery a vraiment besoin de moi pour les tables.

Le soir, le P. Joseph me donne ma mission : je déménagerai ce week-end pour la mission, c'est-à-dire la paroisse, à 5min à pied, pour me centrer sur le centre de jeunes (soutien scolaire, sport, chorale etc.) et je donnerai quatre ou huit heures de cours de français en troisième. Enfin, je pourrai me prendre un créneau de la radio pour me familiariser avec les médias.
Je suis content de savoir ce que je vais faire, mais un peu déçu de ne pas vivre ici, au centre professionnel, où je commence à me sentir chez moi… La mission prime, Dieu me comblera !
[1] Ça se présente comme une espèce de tige de 50 cm de l’épaisseur d’un gros cœur de palmier. C’est très bourratif et je trouve ça dégueulasse pour l’instant, mais les locaux l’appellent « bâton essentiel », comme ils appellent le PQ « papier essentiel ». C’est dire son importance dans le régime alimentaire.
[2] Ethnie de l’Ouest du Cameroun, ils sont considérés comme les juifs locaux. Ils tiennent les cordons des bourses de toutes les associations et n’ont pas leur pareil pour réclamer de l’argent et pour le gérer au mieux.
[3] Don Bosco eh ! Patate !

Première salve



Mercredi 15 août 2007

Voyage + accueil
Le voyage en avion s’est passé sans encombre, 6h15 qui sont passées très vite grâce aux films que j’ai enchainés…ce qui m’a permis de ne pas trop penser au saut que je faisais, en quittant la famille pour cette terre inconnue.
Dès la descente de l’avion, on comprend que le climat à changé en 6000 km ! Je sens de l’air chaud me venir des persiennes du couloir de débarquement et je pense au début que ce sont les refoulements de la climatisation, mais non, c’est bien l’air ambiant, je suis en Afrique, il pleut mais il fait trente degrés dehors !
Je savais que Thomas, séminariste Camerounais aux études à Bruxelles, et avec qui j’avais passé une année là-bas, devait venir me prendre à l’aéroport avec « Papa Ngaliembou » mais je suis extrêmement soulagé de le voir m’attendre après le contrôle des passeports. Nous poireautons pendant deux clopes avant que mes bagages n’arrivent, sans dommage, impecc ! Puis nous sortons de l’aéroport, le plus grand du Cameroun, mais qui évidemment est ridicule à côté de celui de Beauvais… Je suis directement harcelé par deux gamins qui me demandent dix euros parce qu’ils ont porté mon sac sur trois mètres, en me l’ayant pris des mains. Je ne suis pas encore rompu aux techniques de négoce, mais je me doute que dix euros sont légèrement exagérés, puisqu’ils représentent le tiers du SMIC local…Nous les ignorons et sortons sans plus de troubles.
Dans le parking, je m’amuse à regarder les voitures, dont l’une est couverte de boue des roues jusqu’au toit, sans qu’il y ait la moindre visibilité par le pare brise, et pourtant elle est garée à un endroit qui n’a absolument pas été inondé. Marrant. Papa Ngaliembou a cependant une très belle Toyota avec une clim super efficace, ce qui me fait me dire que je ne passerai pas une nuit dans un taudis. Non pas que ça me rebute tellement, mais tant qu’on peut faire la transition en douceur…
Alors nous sortons et traversons Douala. Là, c’est le plongeon. Pas de lignes sur la route, on roule à droite quand on peut, et à gauche…quand on peut ! Les taxis moto se bousculent et Thomas me dit qu’ils sont la cause de dix accidents par heure, ça ne loupe pas, à notre gauche l’un d’entre eux se casse la gueule, pas de bobo, éclat de rire dans la voiture.
Je me rends compte que je suis vraiment dans un univers radicalement différent de tout ce que j’ai pu voir avant, une végétation totalement nouvelle, manguiers, papayers, bananiers etc. et une crasse inouïe. On a l’impression que la boue sourd de chaque scellement des parpaings inégaux. Et l’état du macadam se détériore au fil de la route, sans parler de la foule qui fait commerce de trois brosses à dents, ou des échoppes « plombier professionnel », « coiffeur moderne » et autres fantaisies pleines d’autant de charme que de fautes d’orthographe.
Nous larguons Thomas en cours de route, et arrivons au quartier de Papa Ngaliembou, et là, mes espoirs de confort s’envolent, nous tournons à gauche, quittant une portion de route étonnement neuve, pour s’aventurer dans un dédale de chemins aussi pentus que boueux. Hallucinant ! Sa Toyota grimpe sans rechigner dans ces lits de torrent aux pierres saillantes, avec des trous de trente centimètres. Plus on avance, plus je me dit que la voiture doit être son seul luxe et que nous allons nous retrouver dans un bouge immonde. Je m’en fous cependant royalement, je suis heureux d’être là et Papa Ngaliembou est extrêmement sympa et rigolard. Mais au bout de dix minutes, nous arrivons devant une grosse maison-forteresse quasiment neuve, assez kitch dès l’abord pour reconnaître sans doute le goût Africain, et je suis accueilli par toute la maisonnée de l’Emmanuel du quartier qui était rassemblée pour fêter le quinze août. On chante et on tape des mains pour m’accueillir, puis nous nous posons au salon avec Papa Ngaliembou pour se boire un Martini plein de glaçons. Je me suis d’ailleurs rendu compte après que je ne sais pas d’où venait l’eau pour les faire, on verra demain à la musique intestinale…
Puis on nous sert, à 17h… un copieux repas typiquement du coin, j’avais bien fait de lui dire dans la voiture que j’avais envie de tout gouter ! En fait, ça tombe bien que ce soit le quinze août, puisqu’on finit ainsi tous les restes du repas de fête. Au menu crudités qui me permettent d’apprécier les vrais avocats, puis riz accompagné de porc et bœuf épicés. Je ne sais pas d’où venait le porc, mais je n’avais jamais gouté cette partie là, des bouts moyens en taille, avec quatre centimètres de graisse gélatineuse…mais c’était pas mal, puis du poisson avec de l’écorce de je sais pas quoi, très noir, comme de la mélasse mais assez doux. Quand je prends un morceau du poisson, il me dit que c’est la tête et que ce ne sera pas très bon, j’en prends un autre, 100% d’arêtes, immangeable…puis des bananes plantain frites, très bonnes, et de la racine de manioc, entre la pomme de terre et la banane, vraiment pas mal non plus. Le tout accompagné d’une bouteille de pinard français, un Cabernet Sauvignon très agréable.
J’apprends ensuite que Papa Ngaliembou est avocat, ce qui explique son aisance et sa position sociale. J’en ai la preuve le soir même : je vais avec lui pour accompagner des gens dans un endroit où prendre un taxi, puisqu’ils ne montent pas dans leurs chemins douteux. On se fait arrêter par les flics parce qu’on dépose quelqu'un en plein carrefour, et il lui suffit de dire « eh ! chef, je suis avocat », sans aucune preuve, pour qu’on nous laisse passer notre chemin…je lui dit alors que je dirai toujours que je suis avocat et il me répond en éclatant de rire que ça marche encore mieux pour les prêtres ! Ça m’va !
Nous rentrons et je décide d’aller écrire ces quelques lignes avant de me coucher, je me permet d’abord une inspection des gogues, un chiotte normal, mais des cafards, sans exagérer, longs comme mon index, et je constate que la porte n’est tout simplement pas à la bonne taille pour l’encadrement, ce qui empêche toute fermeture. Étant donné que la douche est dans la même pièce, sans cabine et sans bac mais avec évacuation directement au sol, j’espère ne pas être surpris sexe nu demain matin !
Je me pieute maintenant dans un lit king size avec la clim’, comme dans toutes les pièces de la maison, pour me préparer à la deuxième partie de mon voyage.
Première journée parfaite, le reste suivra !!!

Jeudi 16 août 2007
Voyage Douala-Yaoundé
Je me lève comme prévu vers 7h pour prendre le petit dèj avec Papa Ngaliembou et partir tôt à la capitale. Je me rends compte que la douche n’a qu’un seul robinet, celui avec un petit truc bleu en plastique…réveil assuré ! On nous sert de l’omelette aux oignons et un café, le réveil se poursuit aussi efficacement.
Je n’avais rien compris hier, ce n’est pas quelqu'un qui doit m’emmener en voiture jusqu’à Yaoundé, mais nous sommes sensés y aller ensembles en bus. Peu importe, papa Ngaliembou doit nous emmener au départ du car pour 9h, sa belle sœur tarde, nous partons sans elle, elle se débrouillera avec les taxis pour prendre le prochain départ…Il contacte Papa Pierre, responsable de l’Emmanuel Cameroun, qui vit à la capitale, pour qu’il se charge de moi et me fasse faire le transfert.
Le voyage dure trois heures, et je ne touche pas au livre que j’avais pris, subjugué par le paysage. En traversant encore la ville, je suis fasciné par tous ces commerçants, artisans et autres marchants ambulants (allitération). Puis nous roulons dans la forêt pendant deux cent kilomètres. Les essences d’arbres me sont inconnues, sinon par la télé, et je guette sur les arbres pour voir des singes. Je n’en verrai pas mais j’aperçois un toucan, ou un oiseau lui ressemblant, ce qui suffit à me consoler. À mesure qu’on s’éloigne de la ville, les maisons se font de plus en plus pauvres, de la brique au bois, du bois au torchis, puis une petite ville et ainsi de suite, jusqu’à Yaoundé.
Là, papa Pierre arrive avec sa femme et son chauffeur dans une Nevada arborant « Mission catholique, communauté de l’Emmanuel ». Je n’ai pas besoin de longtemps pour qu’on se reconnaisse…Il m’emmène directement manger un morceau, et nous atterrissons dans une espèce de rôtisserie assez sale, où nous mangeons un très bon poulet aux piments, avec des frites et des plantains frites. Je manque de m’étouffer avec le piment que j’avale de travers, bien qu’il ne soit pas trop piquant. Maman Françoise est très intriguée par le fait que je fumais quand ils sont arrivés pour me prendre, alors que ce n’est visiblement pas bien vu du tout dans le pays. Bourde, je me planquerai à l’avenir…Elle m’explique que ça ne fait pas sérieux, que c’est pour ceux qui se « refuge » dedans…
Puis nous partons pour le car qui doit m’emmener à Ebolowa. Pierre me prévient que le transport sera spartiate, ce que je constate en voyant les mythiques cars africains, surmontés du classique chapeau de bagages. Après une demie heure d’attente, nous faisons charger les sacs, je m’apprête à monter dans le car, quand Pierre décide de prévenir le P. Joseph, supérieur d’Ebolowa, que je parts. Il demande de tout stopper pour qu’on me dépose à la maison mère de Yaoundé !
Nous déchargeons et reprenons la voiture, je sens que Pierre commence à faire la gueule même s’il n’en dit rien…nous tentons alors de repartir et la circulation est totalement bloquée vers le centre ville, impossible de bouger. Pierre et Françoise me disent que ça tombe bien puisqu’il y a une cérémonie de condoléance pour une de leurs cousines, dans la direction opposée. En route pour ma « première expérience sociale camerounaise » selon Pierre ! Nous arrivons dans une maison en construction avec une vingtaine de mamans en Boubou, nous prenons place et poireautons. Visiblement, on attend une délégation qui est bloquée sur la route. Elles arrivent au bout d’une demi heure en expliquant que toute la circulation de la ville a été bloquée parce que le Président se déplaçait…tu parles d’un merdier !
La cérémonie commence par une prière en français suivie de chants de tristesse puis de louange. Nous restons à l’écart pour une raison que j’ignore, puis nous allons à l’intérieur pour manger tous les trois. Je n’ai pas fin mais me forces, au menu sorte de pâte de haricots orange frite avec des piments accompagné de bananes vertes cuites, de manioc et d’arachides bouillies. Pas mal, mais à 16h…
Un coup de fil du P. Khonde qui commence à s’inquiéter nous remet sur la route, qui s’est débouchée entre temps. Sans encombre particulière – je ne compte pas les contresens et passages sur les trottoirs – nous parvenons à la maison mère des salésiens, un collège qui donne sur le principal carrefour de Yaoundé, le carrefour de la poste centrale.
De ma chambre, j’ai vue sur le Hilton, la Société Nationale d’Investissement, et d’autres immeubles modernes. Mais je vois en contraste, juste à ma gauche, un immeuble de vingt étages, en béton, qui n’est tout simplement pas fini, et abandonné depuis dix ans…on s’est contenté de l’utiliser pour peindre au dernier étage une grande inscription « votez Paul Biya »…
Je rencontre le P. provincial, ainsi que le P. Arthur, un polonais d’une trentaine d’années, qui sera à Ebolowa avec moi. Après cela, je vais me promener dans les petites rues adjacentes pour découvrir de plus près tous ces petits vendeurs qui vendent de tout et de rien, attendant des heures pour trouver un rare client plus riche qu’eux. Je rentre par des ruelles miteuses puant horriblement et je retrouve le P. Arthur en me plaignant, pour amorcer la conversation, de la chaleur. Il me répond qu’au contraire il fait abominablement froid, et je comprends que mes pulls resteront sagement rangés pour un bout de temps !
À l’heure où j’écris, j’attends pour aller à l’office en entendant le ballet des voitures sur le carrefour. A entendre la fréquence des klaxons, on croirait qu’ils sont branchés directement sur les pistons des moteurs ! Il est 18h45 et le soleil est couché depuis maintenant un quart d’heure.

Vendredi 17 Août 2007
Yaoundé-Ebolowa
J’écris ces lignes trois jours après les faits, ils seront donc moins bien détaillés, dommage pour les souvenirs, mais les conditions ne me permettaient pas d’écrire.
Journée qui commence bien, levé pour la messe de 7h, petit dèj, puis je passe le reste de la matinée à travailler sur les souvenirs de Grand Père que Papa m’a donnés à relire. Après le déjeuner, je commence à me sentir patraque, et ça va aller en s’empirant pendant tout l’après-midi. Je reste au lit et je sens la fièvre monter progressivement. Je devais partir à 13h par le bus avec quelques professeurs d’Ebolowa en formation ici à Yaoundé, mais le P. Joseph préfère que j’attende le soir, vers 18h, qu’arrive une voiture d’Ebolowa qui fait l’aller-retour pour déposer quelqu'un. J’attends donc, puis nous voilà en Pickup pour le voyage. Roger roule à tombeau ouvert sur la route qui est très bonne mais très dangereuse à cause des piétons qui marchent n’importe où et des troncs d’arbres posés ça et là le long de la route et qui interdisent de mordre sur l’herbe un tant soit peu.
Je crois mourir pendant ce voyage, qui ne dure que deux heures qui m’en paraissent quatre. Je grelotte et veux mettre le chauffage, mais, évidemment, les ventilateurs de la voiture ne sont conçus que pour la rafraichir…
Nous arrivons vers vingt heures trente à Ebolowa, où nous accueille le P. Joseph. Je suis très impressionné par la modernité des lieux, qui datent des années quatre-vingt, mais dont la peinture bien entretenue fait neuf. La mission d’Ebolowa est un complexe énorme, sur trois où quatre étage suivant les endroits. Je ne connais encore pas bien les lieux car aujourd’hui lundi 20 août, le P. ne m’a toujours pas fait visiter. Pour dire combien c’est grand, je me suis complètement perdu hier soir en rentrant de regarder la télé (bon réconfort pour le cafard, on capte plein de chaînes françaises !).
Je me couche en arrivant en m’excusant auprès du P., mais je ne tiens plus debout. Cependant, impossible de dormir avant tard, tous les soirs, jusqu’à deux heures du mat, il y à un ramdam de tous les diables dans la ville, je ne sais pas quand ces gens dorment !?

Samedi 18 Août 2007
Révolution dans les Pays-Bas et prison
A mon lever, vers 8h30 (grass-mat du convalescent), je tombe dans la galère totale, genre Chaillé… Je me lève, en me rendant compte que la fièvre est passée mais que les intestins n’apprécient pas la cuisine locale. Je fais mon affaire dans mes chiottes privées (heureusement), et je me rends compte que le PQ ne suffira absolument pas ! Qu’importe me dis-je, j’en profiterai pour prendre ma douce et laver la souillure que le fondement de mon être ne saurait tolérer sans rougir ! Peste ! Pas d’eau ! rien ! NOOOOOOOOOOOOOOONNNNNNN !!!!!!!!!!!!!
[1]
Énorme moment de solitude, je décide, après avoir rentabilisé le carton du rouleau, qu’il faut que je sorte pour me mettre en quête de la précieuse denrée. Je tombe sur le P. Joseph qui veut que je mange quelque chose, mais ce n’est pas par ce bout là du processus que je suis obnubilé…Il me confie à Patrice, une sorte de novice très sympa, à qui je demande des chiottes, qu’il m’indique, je fais le plus silencieusement les sept cabines sans trouver ce que je cherche et finalement, penaud, j’ose lui demander de me fournir ce dont j’ai besoin. L’affaire semble ridicule après coup, et j’aurais dû être plus simple, mais j’ai bien paniqué… (et une histoire de gros popo en plus a raconter dans les dîners entre copains !!!).

Après, plus sérieusement, je fais la connaissance d’une bande de sept italiens qui sont venus passer un mois ici. Il leur reste deux semaines. Le P. Mierco qui les accompagne me propose de rejoindre le groupe qui nous a devancés à la prison de la ville. Super, première expérience pastorale concrète, la taule !
On a certains clichés sur les prisons du tiers-monde, genre sale, plein de maladies, de corruption et de violences, et bien je n’ai pas encore changé mes clichés. C’est exactement ce que j’ai constaté. Une bande de pauvres bougres enfermés là. Pendant la journée, hommes, femmes et enfants mélangés. Certains jouent aux cartes, d’autres cuisent des arachides pour faire un peu de commerce, mais la plupart sont aujourd’hui accaparés par les jeux olympiques de la prison. Petite explication :
Depuis quelques années, dans la ville d’Ebolowa, s’organisent les jeux olympiques, qui voient s’affronter, par classe d’âges, tous les habitants de la ville, qui représentent leur quartier dans toutes les disciplines. Chaque quartier porte le nom d’un pays et doit se défendre en foot, hand, basket, babyfoot, ping-pong… ainsi qu’aux dames et…au quizz biblique !
Le principe est exactement le même dans la prison, sauf que ce sont les cellules qui s’affrontent. J’ai compté en visitant une cellule pour parler avec les gars environ huit lits sur quinze mètres quarrés…
Nous commençons par faire un tour de la prison avec le P. Mierko pour recueillir quelques doléances et demandes de médicaments. J’apprends alors qu’on ne prescrit les médicaments que pour trois jours pour empêcher qu’il n’y ait trop de trafic. Malgré cela, les gars revendent les ¾ de leurs médocs pour pouvoir becqueter ! Nous voyons un type qui a les jambes et les mains couvertes de cloques blanches qui n’ont rien de saines et qui dit au P. « docteur, ça m’fait mal pour pisser ! », et de joindre à la parole la preuve par la vue. Nous l’arrêtons à temps, on a compris. Oui, on a compris que ce pauvre type souffre le martyre mais préfère refourguer ses médicaments pour pouvoir se nourrir convenablement.
Nous passons dans une petite cours, dont les cellules, plus petites, n’ont pas de fenêtres mais des trous dans les portes. Elles portent les noms des grands patriarches de la bibles, avec de délicieuses fautes comme « mathuselam ». Cette cours avait été réalisée à la demande d’une sœur qui voulait séparer les mineurs des adultes. Comme beaucoup de bonnes intentions des missionnaires, cette initiative a vu le jour avec elle et périclité également avec son départ. Cette cours est maintenant fréquentée par tout le monde…
Deux types nous tirent par le bras pour nous mener vers une des cellules, la seule fermée à clef, où gît un jeune homme. Il a tenté de se suicider voilà deux jours en se tranchant la gorge, et a tenté de s’échapper de l’hôpital ou en tentait de le soigner. Beaucoup de tentatives, résultat, il n’est ni mort, ni libre, ni soigné, mais il est le plus blessé et le plus enfermé de tous. Il souffre et sa plaie est immonde. Il n’a rien mangé depuis longtemps. Le Padre donne discrètement à un salésien qui est dans un autre coin a palabrer une pièce de 100CFA pour qu’il lui achète de quoi manger.
Puis nous regardons le match de foot pour la qualification en demi-finale. Ce match oppose une cellule dont l’équipe s’est baptisée…Liverpool à une équipe…du centre Don Bosco ! Ils sont très présents autour de la prison et les jeunes ados qui animent les enfants sous la tutelle des pères font souvent du foot avec les prisonniers. Le match se déroule sans incident, commenté par un prisonnier qui parle dans une sono avec un débit de paroles digne des commentateurs de courses de lévriers !

Nous rentrons à pieds en passant par la paroisse pour déjeuner vers 12h30. Je suis incapable d’avaler quoi que ce soit, malgré le manque de nourriture qui me donne un mal de crâne à tout casser. Je m’excuse encore auprès du P. Joseph qui comprend que mon acclimatation soit difficile.
L’après midi, nous accueillons les jeux olympiques d’Ebolowa car les terrains de foot de la paroisse, habituellement utilisés à cet effet, sont squattés par un mariage. J’assiste au début du match Allemagne-Côte d’Ivoire quand le P. Mierko m’emmène avec lui chez une couturière pour récupérer des habits.
Une autre expérience dépaysante, la couturière n’a pas fini à cause de la coupure de courant mais nous accueille dans sa boutique pour papoter. C’est une baraque en bois de deux mètres sur deux, elle travaille pour le moment sur une vielle machine à pédale, il fait une chaleur étouffante et elle se plains de ces coupures de courant. Son fils de deux ans est tranquillement en train de couler un bronze dehors, presque sur le pas de la porte. Elle nous propose de la bière et est vexée que nous n’en prenions pas. Le P. Mierko me dit en partant que lorsqu’on passe trop de temps dans ce genre d’endroits, les gens autours sont persuadés que c’est parce qu’on recrute des prostitués. Pour eux, il est évident que tous les soirs nous avons de joyeuses compagnes au centre pour nous remonter le moral…
Rien d’autre de très notable jusqu’au soir, où j’assiste à la négociation entre les italiens et une chef d’atelier de fabrication d’objets en ébène et os. Ils commandent une centaine de bagues, une cinquantaine de petits éléphants etc. Je pense bien qu’ils vont tout revendre, mais je n’ose trop rien demander. Vu le prix d’achat, il est facile de se faire 1000% de bénef !

Dimanche 19 Août 2007
La citée de la joie et le caillou invincible

Pour la première messe du dimanche au Cameroun, on me propose d’aller à la léproserie. Il s’agit d’un village situé juste à la sortie d’Ebolowa, un peu dans la montagne. Les villageois sont partis pour laisser les lépreux s’y installer.
Ce dimanche, c’est la messe de clôture de la retraite des jeunes des quatre léproseries d’Ebolowa. Ils sont environ une quarantaine, rassemblés pour trois jours. Ils sont les enfants des lépreux et ne sont eux-mêmes pas atteints par la maladie. Nous nous serrons dans la chapelle du village, pour la messe célébrée par un salésien qui vient passer deux mois par an dans la paroisse salésienne d’Ebolowa. Je suis tout de suite soufflé par leurs chants et la joie qu’ils y mettent. C’est vraiment magnifique. Une belle et forte voix de femme chante tous les versets solos et je cherche des yeux de qui elle provient. Je la vois, il s’agit d’une jeune femme dont les deux jambes sont coupées et qui est assise au milieu des choristes.
Pendant la messe, un tout petit bambin pose sa tête sur les genoux de l’italienne devant moi, et y dort pendant tout le reste de l’office. Il règne une chaleur écrasante pendant toute la messe car le soleil, que je vois pour la première fois ici, frappe directement sur la tôle du toit, sans qu’il y ait de plafond pour nous en protéger.
A l’issue de la célébration, après la remise des prix des diverses équipes de la retraite, récompensant leurs jeux, nous somme invités par Armand, le chef, à manger un petit quelque chose. Nous pénétrons dans une grande pièce où est dressé un couvert en plastique. Je ne vois que des boissons et me dis que nous ne mangerons pas, ce qui me convient, vue la chaleur, mais on découvre alors une table entière de plats faits en notre honneur. Pâtes (cuites à l’africaine…), poissons grillés, bananes plantain etc. Yepee !

Puis nous rentrons en déposant au passage un diacre près de la cathédrale d’Ebolowa (eh oui, Ebolowa est un diocèse…). Et nous rentrons au centre à temps pour…le déjeuner ! Car ici aussi les plats sont cuisinés pour nous et pas question de les dédaigner. Re-Yepee ! (je commence à perdre mes espoirs de cure d’amaigrissement !)

L’après-midi, nous partons pour Akokass (orthographe douteuse), qui est un village situé à 20km dans la brousse, pour y voir un rocher magique. Je pense à une petite balade sans problème, j’y vais donc en tongs, tranquillou !
La piste n’est pas une partie de plaisir ! Ce sont des chemins particulièrement défoncés, avec d’énormes creux et bosses, et de forts dénivelés. La voiture brinqueballe pas mal, mais j’ai la chance d’être dans le pickup, ce qui n’est pas le cas de six italiens…encore fait-il beau. Au passage, les gens des villages que nous traversons nous hèlent « eh ! les blancs, vous allez où ! », « donnez-nous de l’argent », et même un petit gars de pas plus de dix ans qui cours vers nous en criant avec beaucoup d’assurance « donnes-moi mes 100 [CFA] ».
Nous arrivons à Akokass, où nous demandons la maison du chef de village. En effet, partout en Afrique, quand on va dans un lieu touristique, ou si nous visitons un village, il faut se signaler à son chef, pour qu’il soit au courant de notre présence en cas de problèmes qui pourraient nous arriver. Si un touriste est blessé, mordu par un serpent ou que sais-je, c’est au chef que revient la responsabilité devant les autorités.
Mais, pour trouver le chef, toute une histoire. Heureusement, nous avons Charles avec nous, le très sympathique chef de l’atelier de mécanique, qui est local et parle donc couramment le Bulu. On nous dit que le chef est dans le village suivant. Nous y allons, en emportant trois types bourrés comme six canons qui veulent nous aider à le trouver. Dans ce village accourt un type cravaté qui se présente comme le chef des excursions en l’absence du chef, ce qui est le cas aujourd’hui. Mais, alors que nous l’embarquons pour redescendre à Akokass, un type surgit en disant que celui-là n’est pas qui il prétend, qu’il n’est pas un notable etc.
Nous décidons de faire confiances à la compagnie locale des taste-vins de palme qui se défendent de toute usurpation. Nous démarrons prestement, ce qui nous fait perdre l’un des drilles, trop saoul pour se tenir correctement derrière et nous arrivons enfin pour le départ. Là, déluge mémorable en arrivant. Les italiens se pressent dans le pickup que je fuie pour me réfugier avec Charles chez un gars, où nous allons commencer à négocier les prix de l’ascension. En voyant la taille du cailloux, je comprend que les tongs ne sont peut-être pas les chaussures les plus adaptées… Il s’agit en fait d’une masse rocheuse d’environ cinq cent mètres de haut, en deux niveaux, le deuxième étant à pic. Le guide me dit fièrement que personne n’est jamais allé en haut, même une cordée d’américains qui prétendaient y planter un drapeau. Il m’explique que ce rocher est sacré, et qu’il est mystérieusement défendu contre toute intrusion.
Les prix passent de 3000 à 1000 par personne, ce qui est normal… puis nous partons. Entre-temps, la pluie a cessé, laissant toute la piste boueuse. Le P. Mierko me regarde d’un air narquois en me disant que je vais m’amuser dans la jungle avec mes tongs, mais, au même moment le guide me félicite d’avoir choisi de marcher pieds nus, comme un vrai…
Nous passons un petit ruisseau dans lequel nous sommes obligés de nous laver les mains sous peine de malédiction pour le village. Les guides (d’autres hommes du village se sont joints à nous) ne rigolent pas avec cela. Je peux sauter sans problème dans l’eau avec mes chaussures, mais les autres sont bien embêtés pour traverser sans se mouiller en l’absence de pont.
Je laisse mes tongs au ruisseau et commence en tête l’ascension avec un guide. Nous parcourons les premiers mètres en pleine jungle puis nous arrivons aux pieds du rocher proprement dit. Seules quelques herbes poussent presque à même la roche noire et glissante.
C’est sur ce terrain qu’il faut monter, sans glisser et tomber. Je marche à quatre pattes pour garder l’équilibre en pensant à l’horreur que sera la descente. L’ascension nous prend environ une heure au cours de laquelle nous lâchons le P. ainsi qu’une ou deux italiennes. Le jeu en vaut la chandelle ! La vue est magnifique ! Cependant, il s’agit d’une balade extrêmement dangereuse. La roche est très pentue et glissante et toute chute pourrait être fatale. Mais quand j’en parle à un des enfants qui nous on rejoint, intrigués par les blanc, il me rie au nez en me disant « alors il faut pas tomber ! ».
La descente est comme prévu périlleuse autrement que la montée, et nous l’effectuons en sautant de mottes en mottes d’herbes et en araignée sur les parties rocheuses. Arrivés en bas, une douce pluie commence à tomber, mais qu’à cela ne tienne, les six secoués de l’allée décident de reprendre leurs places extérieures. Bien mal leur en prendra !
Nous roulons une demie heure sous la plus grosse pluie que j’ai jamais vue ! En passant dans un des villages, cependant, nous voyons au moins deux cent personnes amassées sous les hallebardes, pour…la finale de foot de la coupe des villages de la piste ! Sous des mètres d’eau qui ne semblent pas les incommoder, ils sont tous là !
D’ailleurs, sur le chemin, nous croisons pas mal de villageois qui circulent d’un village à l’autre, sans plus de protection contre la pluie que s’il s’était agi d’un vulgaire crachin ! Nous prenons également au passage une jeune fille avec sa valise, qui veut aller à Ebolowa et qui n’a pas peur de monter se faire tremper à l’arrière du pickup !
Mais tout est bien qui finit bien, et nous sommes content de trouver une bonne douche (froide) pour nous réchauffer.

Lundi 20 août 2007
Anniv, cool attitude
RAS, à part une gentille attention des filles, qui me font un saucisson au chocolat pour mon anniv le soir.
Sinon, je passe ma journée à me balader aux JO, à lire et travailler.

Mardi 21 août 2007
Pas grand-chose de plus
RAS aussi, sauf que je me met à la menuiserie avec Valery, le prof des grands, pour faire 60 tables avant la rentrée. Cependant, cette foutue coupure de courant (qui dure depuis quatre jours) nous empêche d’utiliser plus d’une machine, le groupe électrogène étant très faiblard. Nous tombons en plus sur une panne machine et un manque hallucinant d’initiative de la part du prof qui n’est pas capable de se rabattre sur une autre machine. Il reste interdit et décide de laisser pour aujourd’hui.
Je trouve son organisation déplorable, évidemment je ne dis rien, mais par exemple, nous avons perdu en tout un temps fou à prendre les cent-vingt planches à assembler deux par deux pour les poser sur des chariots, les poncer, les reposer par terre, puis les remettre sur des chariots et ainsi de suite, alors qu’il aurait suffi de les déplacer directement d’un poste à l’autre. Je ne sais pas si je suis clair, mais en tout cas je suis étonné, et je me demande comment des délais peuvent être ainsi respectés !

Mercredi 22 août 2007
Menuiserie encore, incompétence organisationnelle encore
Je ne mets pas en doute les capacités de Valery pour la menuiserie mais son côté pratique laisse cruellement à désirer. Une fois de plus, nous devons arrêter de travailler à cause d’un problème des machines, plus précisément des fusibles, mais il n’est même pas capable de les remettre lui-même, alors que ce doit être courant comme panne. Non, il préfère s’en remettre à « quelqu'un du métier »…
En plus, le P. Arthur vient faire un tour et découvre furibard que les tailles des tables sont inférieures de… 25cm à ce qui était demandé ! Tout ça parce que Valery à voulu éviter des chutes en coupant en deux les planches qu’on lui avait donné plutôt qu’à la taille prévue !
Par contre, le courant est revenu et je suis guéri de mes problèmes avec la bouffe, ouf !
[1] Il y a en fait une coupure de courant, et le système d’eau repose sur un puits, dont on pompe l’eau électriquement.