Mercredi 19 décembre
Arrivée à Kara
Départ de Lomé à 7h, un voyage de 6h de car, a travers des paysages désolés mais superbes de savane, de plantations de papayers et de manguiers, et j’arrive enfin à Kara. Un mototaxi me conduit (avec mes deux gros sacs et mon ordinateur…) jusqu’à la mission, distante de trois kilomètres de la ville proprement dite.
Ce qui me frappe immédiatement, c’est l’architecture peu commune des bâtiments du centre. Ils sont tous construits pour imiter l’architecture locale, le toit en dôme. J’ai l’impression de voir des maisons du proche orient ou encore ces villas de la Côte d’Azur, délires d’architectes pour de délirants fortunés, dans les années 70-80.
Le centre Don Bosco s’étend sur une quinzaine d’hectares, en plusieurs bâtiments que je n’ai pas encore tous situés et visités. Il y a un centre professionnel, un centre de promotion féminine, un internat pour soixante-dix pauvres gamins, la communauté proprement dite, et deux bâtiments pour les hôtes, celui pour les « hôtes de marque » où j’ai l’honneur d’avoir ma chambre (puisqu’il n’y a pas assez de place dans la communauté) et un autre bâtiment, pour les hôtes « indésirables » et pour le provincial, aux dires du supérieur. En effet, ce bâtiments furent construits par le provincial alors supérieur, voilà quelques années, et il a été tellement mal orienté qu’il y règne une chaleur insupportable. Le seul avantage étant l’absence des souris, qui y crèvent la gueule ouverte… Le provincial y a naturellement sa chambre pour profiter des luxueuses installations dont il est fautif… ainsi que les hôtes indésirables, qui à coup sûr n’y reviendront plus ! Le tout évidemment dit avec l’humour du P. José-Luis.
Justement, quelques mots sur la communauté. Tout d’abord, je peux dire qu’elle est très accueillante et chaleureuse, comme on peut s’y attendre au vu de sa composition espagnole, peuple qui n’est pas réputé pour sa froideur…
Elle compte 4 prêtres, un frère, un stagiaire salésien, et moi-même. Les prêtres sont (en ordre d’apparition) : le père Rafael, qui est Catalan, c’est-à-dire aussi peu espagnol qu’un corse est français, et c’est dire…, il est économe de la maison. C’est un grand bonhomme dégingandé qui porte sur son allure la marque de sa personnalité affable et maladroit. Ensuite vient le P. José-Luis, espagnol, directeur du centre et de la communauté. Il ressemble un peu Gérard Melki, en barbu grisonnant. C’est un très sympathique et dynamique bonhomme, visiblement plein d’humour et de piété. Puis vient le P. Trésor, Togolais, aumônier et responsable de l’internat. Il est très doux et presque effacé, devant les personnalités fortes de ses confrères, mais il semble être à sa place, tranquille présence. Enfin le P. Paco, espagnol également, curé de la paroisse (située en ville ainsi que le foyer des jeunes de la rue où je travaillerai). Il est le doyen de la communauté et semble taillé pour ce rôle : un visage bon et doux d’homme âgé et sage, il ressemble légèrement au pape, avec ses cheveux blancs, son sourire et la soutane blanche qu’il porte de temps en temps.
Voilà pour les prêtres, ensuite vient le frère Pépé, espagnol également, je ne sais pas si Pépé est son prénom ou un diminutif, mais je n’ai pas osé le demander sur le coup, craignant la boulette… Il est aumônier du centre professionnel. Il a postulé pour figurer dans Blanche-Neige pour jouer le rôle de grincheux, mais finalement Walt Disney a décidé d’en faire un dessin animé… il est en effet tout petit et barbu, avec une tendance à être bourru, mais très sympathique aussi, sinon je ne vois pas ce qu’il ferait dans cette communauté ! Enfin il y a Elie, stagiaire salésien, c’est-à-dire qu’il fait à peu près comme moi, deux ans entre la philosophie et la théologie. Il est Togolais et est responsable du foyer des enfants de la rue. C’est donc avec lui que je travaillerai la plupart du temps.
Après m’être restauré, le P. José-Luis me parle un peu de la mission auprès des enfants « à risque », qui sont en fait des prédélinquants et des orphelins, récupérés dans tous les sens du terme. Il me prévient de la difficulté de la mission à plusieurs titres, l’évidente complexité des rapports avec de tels gamins, la fatigue due à la présence permanente, de jour comme parfois de nuit, et le sentiment de ne rien faire alors qu’on fait tout. En fait, le cœur de cette mission est d’être là, d’être l’adulte réconfortant de par sa seule présence, ce qui fait que l’activité n’est pas évidemment visible tous les jours.
Le soir, après avoir diné, nous re-mangeons avec les jeunes internes qui fêtent leur départ en vacances de demain. Ils ont pour l’occasion préparé une ENORME plâtrée de pâtes à la tomate et aux piments, et un banc entier de poissons. Qu’on ne se méprenne pas cependant sur leur régime. Ces pauvres gosses payent une misère pour avoir le gîte et l’enseignement ici, et par souci d’économie ils doivent se débrouiller pour leur nourriture. Certains travaillent, d’autres font toutes les deux semaines les quinze kilomètres à pied pour rejoindre leur village et rapporter un peu de farine de manioc ou d’igname qu’ils partageront avec les autres. Ce système peut paraître très rude, mais c’est le seul qui permette aux parents de s’acquitter des frais d’inscription pour leur enfant, dans cette région terriblement pauvre. Ce diner était donc un véritable festin pour eux auquel ils ont participé à hauteur de 100CFA, soit 15 centimes d’euro, mais sacrifice pour certains…
Demain, le père José-Luis m’a conseillé de me reposer avant de me lancer dans les activités dès samedi, en compagnie d’Élie.
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1 commentaire:
On t’avais déjà enterré
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