Les choses suivent tranquillement leur cours ici. Je commence à bien m’habituer à la vie d’ici, à toutes les petites choses surprenantes du quotidien. Je ne suis ici que depuis un mois et demi et j’ai l’impression d’être arrivé il y a bien longtemps.
Depuis vendredi, nous accueillons un ancien joueur professionnel du FC Barcelone, qui vient faire une expérience de l’Afrique… Sa venue nous a tous un peu surpris, mais il s’avère un très brave homme, avide de travailler ici pour la mission. Il s’est vite mis à participer aux travaux de peinture du foyer des filles et autres menues besognes. Bien sûr, dès samedi, il nous a honoré de sa présence au foot pour donner une petite leçon. En son honneur, nous jouons sur le grand terrain de foot centre, dédaignant le petit terrain empierré habituellement utilisé au foyer. Je dis « nous » parce que depuis mon arrivée, je m’astreints avec plaisir à deux heures de foot hebdomadaires avec les enfants… Ce samedi, je suis dès mon entrée sur le terrain la risée des enfants du centre professionnel (qui ne sont pas les mêmes enfants que ceux du foyer, ce sont des villageois accueillis pour apprendre la soudure, la menuiserie ou la maçonnerie). Ils rient à chaque fois que je touche une balle et applaudissent alors que je fais une tête héroïque qui manque de peu de m’assommer. L’éclat de rire gagne aussi tous les joueurs quand je traverse le terrain en courant après avoir arrêté de jouer, à tel point que je me demande si mon short n’est pas intégralement craqué à l’arrière ou quelque chose de ce genre. Samuel, un des enfants du foyer qui vient boire avec moi m’explique que tout le monde se moque de moi parce qu’on a l’impression que je cours « pour attraper le canard ». Je pense qu’il faisait allusion à ma sveltesse qui n’est pas sans rappeler l’allure des chasseurs intrépides mais j’ai comme un doute…
Dimanche, petite mésaventure petit-déjeunatoire. Je pars de la maison un peu à la bourre pour aller à la messe, sans avoir eu le temps de manger. Je retrouve nos enfants qui sont en train d’acheter des beignets de farine de haricot (burk !), du gari (farine de manioc sec) etc., qui sont vendus en dehors de la paroisse pour le petit dèj de ceux qui viennent à la messe. Ils veulent toujours que je mange comme eux, que j’essaye leur régime alors je me dis que c’est la bonne occasion de manger avec eux (pardon pour le jeûne eucharistique). Je sais qu’on peut trouver des sandwichs au poisson légers et qui conviennent à peu près à quelqu’un levé depuis un quart d’heure… Je demande à une dame de m’en vendre pour 50F (7,5centimes d’€). Elle ne comprend rien de ce que je lui dis et me sert une assiette de riz qu’elle couvre d’une sauce rouge dont on imagine aisément la composition… Je m’arrache la bouche comme un fou, tu parle d’un réveil ! En tout cas le piment au petit déjeuner, c’est vraiment hard ! Je donne la fin de mon assiette à Leleng, un de nos gamins, qui est bien content de s’enfiler une ration gratis.
La semaine se passe normalement, nous avons un gamin, Mazabalo, à l’hosto avec les oreillons plus le palu, 40 de fièvre pendant quatre jours. Je passe la journée de mardi à son chevet, ce qui me donne l’occasion de voir l’ambiance hospitalière d’ici, évidemment exotique. Les heures de visites sont fermement affichées à l’entrée de l’édifice, ce qui n’effraye pas les familles qui déambulent dans tous les sens pour apporter le manger et le boire à leurs malades, les mêmes installent de petits campings familiaux dans les coins des couloirs, deux tapis, quatre personnes, du boucan et on est chez soi… La chambre de notre enfant compte huit lits, réservés aux cas pédiatriques pas trop graves. C’est relativement propre et sécurisant, mais les médecins n’ont pas l’air très à leur affaire, quand ils passent… Ce qui est par contre sympathique, c’est l’ambiance qui règne dans les chambres, tout le monde bavarde, les mamans rient, les enfants vomissent et pleurent, c’est un peu la fête quoi.
Depuis quelques temps, je m’occupe spécialement tous les matins de deux enfants de l’EIDB, école informelle Don Bosco, qui rassemble les enfants non scolarisés auxquels on apprend à lire et à compter. J’ai pris sous ma protection le petit Gnim, le plus jeune, qui n’a fait que le CP, c’est-à-dire qu’il ne connaît que son alphabet, et deux nouveaux, Tcha et Jean, dont le dernier ne parle ni français ni Kabyié… Je me retrouve donc instit de CP, avec pas mal de plaisir, moi qui ne me serais jamais cru capable d’apprendre à lire à qui que ce soit ! Je ne m’en sors pas trop mal, à grand renfort de dessins au tableau dont je suis assez fier… Mine de rien, je suis impressionné par la faculté d’apprentissage des jeunes enfants, spécialement pour les langues. Ainsi le petit Jean ne connaissait pas un mot de français vendredi lors de son accueil, mais, alors que j’écris ces lignes seulement cinq jours après son arrivée, il est capable de se faire comprendre pour beaucoup de petites choses et il communique bien avec les autres enfants. Ils ont comme un langage entre eux, comme une connivence intuitive de fortune qui leur permet de se communiquer l’essentiel.
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