Le marché
Les enfants du foyer ne viennent pas tous d’un milieu misérable. Certains sont même issus de familles aisées. Leur unique point absolument commun est le marché. Tous ont vécu et ont été récupérés là-bas, après y avoir vécu une semaine, ou plusieurs mois. Cet endroit permet aux enfants abandonnés ou qui ont fui leur maison de trouver de l’argent, fruit de petits travaux de porteurs etc ou de menus larcins.
Ils sont au bout d’un moment repérés par les éducateurs ou se présentent d’eux-mêmes au foyer, las de dormir dehors et de se faire houspiller toute la journée, une fois l’esprit d’aventure épuisé.
Le 31 décembre, pour préparer la fête, qui sera quasiment la même que celle de Noël pour le plus grand plaisir des enfants, j’accompagne cinq gaillards au marché pour acheter quelques gadgets de décoration.
C’est l’occasion de découvrir ce lieu que je trouve fascinant. Le marché est situé dans et aux abords d’un grand bâtiment qui fait office de halles sur deux étages, abritant ainsi de nombreux commerçants qui vendent de tout. Dehors se vendent les bétails vivants, de l’arachide et de l’igname. Il y a aussi tout un coin où se vendent les tomates, piments rouges et verts et d’autres légumes comme le gombo qu’on ne trouve qu’en afrique. Les couleurs sont absolument magnifiques, on dirait un tableau composé avec des couleurs primaires, les rouges et les verts contrastent magnifiquement sur les nattes beiges qui les mettent en valeur.
J’ai toujours entendu parler des odeurs des marchés, des parfums des épices etc. mais ici l’odeur qui prédomine est celle de la sueur du bétail et des porteurs, je tente de sentir les choses mais il faut goûter. Les mamas me guettent et rient à mes questions naïves. Je prends une gousse noire sèche qui ressemble à un haricot séché, sous l’œil goguenard de quelques unes qui m’y encouragent. Évidemment, c’est du poivre noir, et c’est relativement fort… Je me penche ensuite vers des sortes de fleurs bizarres et je demande ce que c’est, les mamans rigolent en me regardant et me répondent que c’est pour faire de la sauce. Sans blague ? Je croyais que c’était pour faire du verni à ongle !...
Puis, nous rentrons avec les enfants dans le marché couvert, là, l’image est toute autre. Le manque de lumière fait ressortir les couleurs rouges et marrons qui semblent sales et malsaines. Le bruit est assourdissant. Il y a là des grosses femmes dépenaillées qui semblent vautrées même quand elles sont debout, une attire mon regarde, misérable, assise dans l’immondice qui tapisse le sol, elle tente de vendre trois maigres choses en tenant d’une main une petite fille qui pleure de faim. Puis nous avançons un peu plus dans l’obscurité et une odeur saisis la gorge, une odeur chaude et grasse, si épaisse qu’on croit pouvoir la toucher. C’est l’odeur du sang des bêtes tuées par les bouchers. Leurs étals sont sordides, dégoulinants, bourdonnants de mouches, les hommes tranchent sur leurs tables les grosses pièces de viandes, les assaisonnant de leur sueur. Les tables sont usées à force de coups, au point d’avoir complètement changé de forme, je reste quelques instants saisi par ce spectacle et me crois plongé dans une description de Hugo ou de Zola, l’odeur en plus.
Nous sortons de cet endroit et je peux respirer.
Nous sommes ensuite aidés par « Maman Mo », une charmante dame qui a toujours énormément aidé Don Bosco pour s’occuper des enfants du marché et qui aide systématiquement Élie à faire de bonnes affaires.
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