jeudi 3 avril 2008

Semaine Sainte

Semaine Sainte

Une très belle semaine sainte. Vraiment forte, pieuse, et bien célébrée. Mention spéciale pour le chemin de croix du vendredi saint. C’en fut un vrai de vrai !
Nous partons dès sept heures de la paroisse, la tête encore dans le pâté, pour faire une marche de deux heures dans la brousse derrière la paroisse, par une chaleur étouffante dès huit heure. La foule est nombreuse, nous marchons sur ce terrain pierreux et aride qui permet bien d’imaginer la marche du Christ hors de la Ville Sainte. Les enfants courent partout, les femmes portent courageusement leur bébé sur le dos, malgré le soleil qui nous frappe et la poussière qui nous fait suffoquer. Au bout d’une heure et demie, nous ne pensons plus qu’à boire, mais nous nous agenouillons dans les pierres « nous t’adorons ô Christ, et nous te bénissons ! ». Les stations se succèdent, en kabiyé ou en français, avec de simples mais efficaces méditations qui nous font rentrer dans le mystère que nous célébrons et auquel nous participons. Le P. Paco m’impressionne de stoïcisme et de résistance physique, du haut de ses soixante-dix ans, il prend la tête avec une grande et grave autorité, il ne semble même pas souffrir de la chaleur, du moins ne le montre-t-il pas, et il nous conduis ainsi à la fin de notre marche, en un lieu accidenté, bien « golgothique », où nous achevons notre prière.
Notre marche prend fin à deux pas du centre professionnel, à ma grande surprise. Je me croyais au milieu de nulle part… Je peux paresseusement rentrer m’abreuver et prendre une douche, alors que les fidèles doivent prendre le chemin du retour, toujours sous le soleil, pour retourner à la paroisse. Les enfants du foyer rentrent à pied également, et j’arriverai avant eux, ayant eu le temps de prendre une douche et de boire un coup. Je suis édifié par la résistance physique dont font preuve tous ces gens, habitués à la marche sous le soleil, sans boire.

L’après-midi, célébration de la Passion et vénération de la Sainte Croix, toujours aussi recueillie. Cette fois, heureusement, la passion est en français et elle n’est pas mimée, ce qui permet un plus grand calme et plus de prière. Le soir, le P. José-Luis revient d’un village perdu dans la brousse, dans lequel la Passion a été célébrée pour la première fois. Il est très ému de la ferveur de ces quarante-cinq chrétiens, qu’il a pu confesser et communier dans le plus profond recueillement. Il était touché de leur patience, d’autant plus qu’ils auraient à retourner chez eux dans la nuit, au milieu de la brousse et des serpents. Les villages ici ne sont pas des regroupements de maisons collées les unes aux autres, elles sont au contraire souvent très éloignées les unes des autres, en fonction des terres cultivables, des points d’eau etc.

Pâques

Un millier de participants, tous en plein air, un feu immense, une panne de courant, quatre-vingt baptêmes d’adultes, trente première communions, dix confirmations, huit lectures, six gouttes de pluie, quatre heures de célébration, trois chorales, un seul sauveur…
Non, ce n’est pas le dernier spectacle de Robert Hossein, c’est une veillée pascale à Kara… Et encore, devant mon émotion à la vue des catéchumènes, un fidèle me dit qu’à la Cathédrale, ils sont environ cinq cent !!!
Émotion, recueillement, prière, mais certainement pas ennui en cette sainte nuit qui a pris fin à deux heures du matin. J’avoue que j’avais peur avant d’y être, les longueurs dans de telles célébrations sont parfois étouffantes, mais peut être suis-je devenu patient, et en tout cas l’Esprit Saint était là ! Vraiment une magnifique messe, une ampleur et une ferveur, parfois un peu distraite par la pluie, les sautes de courant, ou des couacs musicaux m’ont profondément édifié. Ce qui est touchant, ce sont particulièrement les applaudissements et les you-yous à chaque nouveau baptisé, accueilli dans une communauté consciente du mystère célébré et de la joie qui en est le fruit.
Nous avions emmené nos enfants avec Élie, mais ils se sont vite réfugiés dans le camion pour y dormir paisiblement, veillés sueñiosement (jeux de mot bilingue pour les amateurs…) par le frère, terrassé par de nombreuses activités ces derniers temps… Cette fatigue passagère des enfants ne les empêchera pas de danser jusqu’à l’aube à la maison, mais ce sera sans moi, on dort sois pendant, sois après la messe…

Le jour de Pâques, nous nous retrouvons en communauté autour d’un repas pantagruélique, comme à son habitude admirablement concocté par notre cuisinier de choc, Coffi, qui, au passage, malgré son nom fait le café le plus dégueulasse d’Afrique, mais puisque c’es la seule chose qu’il rate, on lui pardonne… J’écris précisément en digérant le gigot de porc et les autres délicieusetés abondamment mises à notre menu. Je ne vais pas tarder à retourner au foyer où les enfants doivent être en train de roupiller paisiblement, repus d’un bon repas servi par nos chères mamans.

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