Fatigue fatigue…
Rien de bien grave, c’est seulement l’accumulation de ces quelques mois d’Afrique, à un rythme tout de même soutenu, et sans souffler depuis septembre, qui me met un peu sur les genoux en ce moment. Si on ajoute la chaleur permanente et les enfants qui se déchaînent pas mal ces derniers temps…
Je me retrouve avec quelques plaies suppurantes aux pieds, dues aux cailloux et aux moustiques, et qui ne veulent pas cicatriser, et hier soir, j’ai eu une bonne crise de fièvre, appelée en jargon médical SNF (Saturday Night Fever)… Bref, les pères de la communauté me donnent, sans que je ne leur demande rien, une semaine de repos dans le monastère bénédictin d’Agban, la semaine prochaine, Élie étant absent toute cette semaine. Ouf ! Merci les padres !!
Ora et Dormis
Comme promis, une bonne semaine chez les bénédictins me remet totalement sur pieds. Au milieu de la brousse, loin du bruit de la ville, et à l’abri de la chaleur grâce à l’ombre des arbres, voilà un lieu parfait pour se reposer efficacement.
Il s’agit d’une communauté bénédictine de la branche de St Ottilien, dont je ne connais pas grand chose, sinon qu’ils sont des bénédictins missionnaires, tenant des écoles, aidant la population à se développer etc. Bon, une semaine de retraite/repos ne donne pas lieu à force dissertation… Le tout est de remettre vite le pied à l’étrier.
jeudi 1er mai
Baptême du Palu
Je reprends le temps d’écrire à la suite mon « baptême » du palu. Ça, c’est pas de la petite maladie ! Vraiment, à crever ! Trois jours à 40 de fièvre, des nuits abominables, vomissements, toux, bref, tout ce qu’on peut souhaiter à son pire ennemi…Les pères me disent que je vais en avoir pour une semaine à m’en remettre totalement. Vachement utile le bonhomme !
Petit flash-back sur les semaines passées. Depuis mon retour de repos, la maison a enfin terminé de gros travaux d’aménagement qui étaient en marche depuis que je suis arrivé. Nous avions déjà terminé douches et WC depuis quelques temps, mais nous avons à présent fait des chapes de ciment dans le foyer à peu près partout où il y a avait de la terre avant, ne laissant que le terrain de foot sans ciment. Cela permet aux enfants de se sentir dans un lieu bien propre, qu’ils aient à cœur de respecter.
Concernant les enfants, quelques histoires sur certains, qui me semblent symptomatiques. Tout d’abord Éric. Éric est un garçon de 16 ans, souriant, gentil, que je me suis surpris dès le début à surnommer « gueule d’ange », le genre de type qui fait ses coups en douce. Seulement, en quatre mois, j’ai eu largement le temps de me faire amadouer… Toujours est-il qu’un jour, il y a maintenant un mois de ça, Élie chasse Éric, ainsi que deux autres gars, en leur disant de ne plus remettre les pieds au foyer sans leurs parents, pour leur faire passer l’envie des échappées nocturnes, devenues une habitude pour les gamins concernés. Au bout de deux jours, Éric vient avec une dame, qu’il dit être sa maman. Élie les renvoie tout de suite, il connaît la mère, et ce n’est pas elle. Éric amène alors sa vraie maman pour s’expliquer avec Élie. Celui-ci lui dit que si son fils ne change pas d’attitude, il sera renvoyé du foyer et devra retourner vivre avec elle. Et celle-ci de se défendre, devant son propre fils « Moi, ce garçon n’est plus mon fils, je ne veux plus en entendre parler ! C’est fini. S’il sort d’ici, qu’il se débrouille tout seul ! » Quelle magnifique attitude de mère !
Mais le garçon est tenace, et veut tenter de rester chez sa maman pour finir la semaine. Élie le laisse aller pour qu’il se rende compte de ce qu’il doit au foyer. Effectivement, au bout de seulement une journée, Éric se retrouve seul, au marché, trois ans en arrière. Je lui soignais patiemment une grosse plaie au pied depuis un mois, la voilà qui se réinfecte à fond, l’enfant perd confiance et ne sait plus où il en est. Élie l’envoie alors chercher pour lui donner une autre chance, en lui demandant de bien prendre ses responsabilités à l’avenir.
Éric revient, mais ce n’est pas fini ! Au bout d’une semaine et demie de présence au foyer, il trouve le moyen de se faire confier par sa classe les 2000F d’un concours sportif remporté par eux, et cet idiot mange aussitôt l’argent ! Au lieu de nous demander de l’aide en faisant amende honorable, il fonce encore au marché pour tenter de gagner cet argent en faisant des travaux de chien ! Finalement, pour éviter qu’il se fasse écharper par ses camarades, nous bouclons l’affaire en demandant aux professeurs de ne jamais confier un franc à nos enfants, même aux gueules d’ange ! Et résultat pour Éric, il sera copieusement puni dès son retour par une énorme attaque de palu due aux fatigues qu’il s’est infligé au marché.
Cette histoire montre une fois de plus que ces enfants peuvent revenir bien en arrière pour des bêtises, et nous devons tout le temps revenir à eux pour les aider…
Une autre histoire, plus courte, celle de Baram. En fait, je ne connais même pas son nom mais tout le monde l’appelle « Baram » ce mot semble vouloir dire grossier, dans le sens physique su terme. En effet, ce garçon à une grosse tête un peu niaise, de très grosses mains, et une allure générale pataude et rustre. Ce jeune a fini son temps au foyer Immaculée depuis un an, et il est maintenant à la charge du foyer Don Bosco, c’est-à-dire qu’il suit un apprentissage au centre professionnel, là où vit la communauté.
Il y a un mois et demi, il est parti voler 30 000 francs chez son grand-père. Cela représente environ 40€, ce qui ne parait pas énorme, mais qui est tout de même ici un bon mois de salaire. Au terme de rocambolesques péripéties toutes à la gloire de la maréchaussée locale, il s’échappe du commissariat avant de passer devant le commissaire et nous n’en entendons plus parler.
Cependant, il y à quatre jours, en nous rendant, Élie et moi au foyer, qui croisons-nous, assis sur une pierre ? Baram. Or, il ne cherche pas à nous éviter. Nous allons le voir et nous le voyons avec une infection à la main telle que jamais je n’en aurais imaginée ! La main avait quintuplé de volume, comme si une balle de hand-ball avait poussé dans sa paume. Il nous raconte qu’il est hébergé depuis quelques temps par ses parents, mais qu’il s’est blessé avec un bois qui lui a traversé de part en part la main, et dont un bout a dû rester fiché là ! et les parents qui ne font rien ?! Ce n’est pas par pauvreté, ceux-ci ont les moyens de l’emmener à l’hôpital, mais c’est parce qu’ils n’en ont rien à faire ! Quel scandale de voir tant d’irresponsabilité de la part des parents ! Et des histoires comme ça, il y en a plein d’autres ! Et si Baram ne nous avait pas croisé ? Il aurait pu mourir de septicémie ou de ce genre de saloperie !
Enfin, pour cette fois-ci, c’est bon, Don Bosco était sur le coup !
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