Le marché
Les enfants du foyer ne viennent pas tous d’un milieu misérable. Certains sont même issus de familles aisées. Leur unique point absolument commun est le marché. Tous ont vécu et ont été récupérés là-bas, après y avoir vécu une semaine, ou plusieurs mois. Cet endroit permet aux enfants abandonnés ou qui ont fui leur maison de trouver de l’argent, fruit de petits travaux de porteurs etc ou de menus larcins.
Ils sont au bout d’un moment repérés par les éducateurs ou se présentent d’eux-mêmes au foyer, las de dormir dehors et de se faire houspiller toute la journée, une fois l’esprit d’aventure épuisé.
Le 31 décembre, pour préparer la fête, qui sera quasiment la même que celle de Noël pour le plus grand plaisir des enfants, j’accompagne cinq gaillards au marché pour acheter quelques gadgets de décoration.
C’est l’occasion de découvrir ce lieu que je trouve fascinant. Le marché est situé dans et aux abords d’un grand bâtiment qui fait office de halles sur deux étages, abritant ainsi de nombreux commerçants qui vendent de tout. Dehors se vendent les bétails vivants, de l’arachide et de l’igname. Il y a aussi tout un coin où se vendent les tomates, piments rouges et verts et d’autres légumes comme le gombo qu’on ne trouve qu’en afrique. Les couleurs sont absolument magnifiques, on dirait un tableau composé avec des couleurs primaires, les rouges et les verts contrastent magnifiquement sur les nattes beiges qui les mettent en valeur.
J’ai toujours entendu parler des odeurs des marchés, des parfums des épices etc. mais ici l’odeur qui prédomine est celle de la sueur du bétail et des porteurs, je tente de sentir les choses mais il faut goûter. Les mamas me guettent et rient à mes questions naïves. Je prends une gousse noire sèche qui ressemble à un haricot séché, sous l’œil goguenard de quelques unes qui m’y encouragent. Évidemment, c’est du poivre noir, et c’est relativement fort… Je me penche ensuite vers des sortes de fleurs bizarres et je demande ce que c’est, les mamans rigolent en me regardant et me répondent que c’est pour faire de la sauce. Sans blague ? Je croyais que c’était pour faire du verni à ongle !...
Puis, nous rentrons avec les enfants dans le marché couvert, là, l’image est toute autre. Le manque de lumière fait ressortir les couleurs rouges et marrons qui semblent sales et malsaines. Le bruit est assourdissant. Il y a là des grosses femmes dépenaillées qui semblent vautrées même quand elles sont debout, une attire mon regarde, misérable, assise dans l’immondice qui tapisse le sol, elle tente de vendre trois maigres choses en tenant d’une main une petite fille qui pleure de faim. Puis nous avançons un peu plus dans l’obscurité et une odeur saisis la gorge, une odeur chaude et grasse, si épaisse qu’on croit pouvoir la toucher. C’est l’odeur du sang des bêtes tuées par les bouchers. Leurs étals sont sordides, dégoulinants, bourdonnants de mouches, les hommes tranchent sur leurs tables les grosses pièces de viandes, les assaisonnant de leur sueur. Les tables sont usées à force de coups, au point d’avoir complètement changé de forme, je reste quelques instants saisi par ce spectacle et me crois plongé dans une description de Hugo ou de Zola, l’odeur en plus.
Nous sortons de cet endroit et je peux respirer.
Nous sommes ensuite aidés par « Maman Mo », une charmante dame qui a toujours énormément aidé Don Bosco pour s’occuper des enfants du marché et qui aide systématiquement Élie à faire de bonnes affaires.
jeudi 7 février 2008
Joyeux Noel...
Noël à Kara
Je reprends donc mes activités auprès des jeunes le lundi, pour préparer la fête de Noël. Ici, c’est la veillée de Noël, de sept heures à sept heures.
Les enfants confectionnent quelques décorations, et préparent des sketchs et des danses pour occuper tout le monde jusqu’à l’aube. Nous préparons aussi du jus de bisappe, à base de je ne sais plus quelles fleurs rouges, de jus de citron et de sucre, et un repas de pâte d’igname et d’ailes de poulets.
La messe de Noël est prévue pour ceux qui le veulent, et que j’accompagne, à l’hôtel Kara, maison de grand luxe pour accueillir les diplomates etc. Nous nous y rendons avec une grosse trentaine de nos gaillards, et je me demande quel accueil nous réservera la haute société du coin. Je ne m’étais pas trompé, dans le restaurant de l’hôtel, aménagé sommairement en chapelle pour l’occasion, trônent fièrement les notables de la ville, plein d’eux-mêmes et de dédain pour les jeunes qui entrent en troupeau. Les regards assassins que leur jette une femme non loin de moi m’exaspèrent, d’autant que nous attendons la messe pendant… une heure ! Le prêtre était arrivé à 20h20, déjà vingt minutes de retard, et il est resté à faire des salamalecs à des gens plus riches que les autres, puisque plus en retard…
Messe assez triste, une chorale à hurler, le maître d’hôtel qui coure dans tous les sens pour poser des chaises… mais les gens chantent, participent, et prient.
Les enfants sortent de là surexcités par la fête qui les attends. Celle-ci dure jusqu’à 4h du matin pour moi, et cinq heures pour le pauvre Elie, qui garde un œil sur les derniers acharnés de la danse, et qui ne s’offusquent pas de passer les dix mêmes chansons depuis plus de 8 heures ! J’ai préféré m’éclipser discrètement, moi qui fut pourtant un danseur devant l’éternel avant mon entrée au séminaire. On déplorait mon absence dans toutes les soirées de France et de Navarre pendant au moins un an. Et j’ai réussi à faire le compte de mes soirées, je peux dire humblement, même si je vais passer pour un démon de la nuit, que j’ai fait…4 soirées dans ma vie, sans compter les nouvel ans (ce qui porterait le compte à 7) et les mariages…
Donc, quatre heures du matin, c’est évidement se coucher de bonne heure pour moi…
Bref, les enfants étaient contents, d’autant qu’un généreux donateur espagnol avait fait don de 1000€ pour leur donner à chacun un cadeau, ce qui fut fait grâce à l’industrie chinoise du jouet… Trois jours plus tard, j’étais agréablement surpris de constater qu’il restait encore 2 roues sur quelques voitures, d’autres avaient été customisées dès la nuit de Noël, elles roulaient nettement moins bien mais pouvaient être tirées sans problème par une ficelle.
Ce qui est vraiment beau, c’est la simplicité de la joie de la plupart, qui étaient heureux d’avoir une petite voiture de police, et qui se sont aussitôt organisé un circuit avec les bancs pour faire la course. Evidement quelques pleurs et grincements de dents, puisque tous n’avaient pas les mêmes cadeaux, et que certains eurent des animaux en plastiques, qui firent triste mine sur le circuit pour la course avec les voitures. Cela m’a mené à une question, de l’éléphant et du rinocéros, le quel est le plus fort ? Parce que le rinhocéros est quand même vachement fort non ? (si quelqu'un à une réponse argumentée à proposer, reportez-vous aux commentaires, interdiction de signer Simon Jéremy (que ceux qui ont une culture cinématographique plus grande que celle d’un céphalopode lobotomisé comprennent)).
26 décembre
Une bonne nuit plus tard, nous prenons une journée de rangement avec les enfants, ce fichu harmattan ayant fini par me donner le rhume du siècle. Parlons de ce mystérieux harmattan. On dirait le nom d’un méchant dans un comics espagnol, mais c’est le mitral local, un vent sec et frais qui souffle en permanence pendant plusieurs mois ici. Il dessèche la peau, gerce les lèvres, donne le rhume, fait tomber en panne les voitures à cause de la poussière qu’il véhicule, il fait tomber les cheveux, perdre les dents, tousser, cracher, expectorer et certains prétendent que c’est à cause de lui qu’Eve a croqué la pomme, mais c’est une autre histoire…
27 décembre
Le surlendemain de Noël, toute la communauté prend une demi-journée de recollection, sur une montagne alentour, portant le nom de Thabor. Tiens ! J’ai déjà entendu ce nom-là quelque part. Pour la petite histoire, c’est le nom de cette montagne qui donna l’expression « monter à bord » d’un bateau, puisqu’un jour que des gens se promenaient sur le lac de Tibériade, dans un bateau vert et blanc, d’une élégance rare, et plus fort que l’ébène, pour les trop mauvais temps (merci Diane Tell – décidément je pète un câble moi… c’est encore l’harmattan), et quelqu’un se présente sur la rive, faisant signe au bateau. Les plaisanciers voient l’homme et croient qu’il demande quel est le nom de la montagne qui se situe dans le coin, et lui répondent « le mont Thabor ». Le gars répond « merci mais vous êtes trop loin ! ».
Ce quiproquo incompréhensible est néanmoins instructif autant que peu connu, je l’ai moi-même découvert ce matin seulement. (Je vais prendre mes pilules maintenant)
Toujours est-il que nous nous retrouvons, après avoir suivi une route sinueuse passant au milieu de tout petits villages, dans un cadre splendide, un petit centre de retraite, aménagé par un missionnaire alsacien, mais qui parle bien français. Nous dominons toute une grande vallée, qui commence à jaunir, en ce début de la saison sèche. Les baobabs laissent pendre leurs gros fruits, les palmiers dansent dans le vent et toute l’atmosphère est chargée de la poussière amenée par le vent, et qui donne à tout le paysage une impression de brouillard hivernal.
Le P. Raphaël nous exhorte sur le thème de l’abandon, avec beaucoup de sincérité, le pauvre sera déçu quand le supérieur lui dira ensuite à table « il n’y a rien de plus frustrant que de prêcher devant les salésiens, parce qu’ils ne t’écoutent absolument jamais »…
Nous rentrons ensuite à Kara, Elie et moi pour retrouver nos chenapans, et les pères leurs activités. Comme chaque soir, nous nous retrouvons à 19h pour les vêpres suivies du dîner, qui nous laisse libres à 20h30 pour dormir tôt afin de se lever pour la prière qui est à…5h15 du matin !!!!!!! MAIS POURQUOI SI TÔT ???????????!!!!!!!!!!!!!!!!!!
Je reprends donc mes activités auprès des jeunes le lundi, pour préparer la fête de Noël. Ici, c’est la veillée de Noël, de sept heures à sept heures.
Les enfants confectionnent quelques décorations, et préparent des sketchs et des danses pour occuper tout le monde jusqu’à l’aube. Nous préparons aussi du jus de bisappe, à base de je ne sais plus quelles fleurs rouges, de jus de citron et de sucre, et un repas de pâte d’igname et d’ailes de poulets.
La messe de Noël est prévue pour ceux qui le veulent, et que j’accompagne, à l’hôtel Kara, maison de grand luxe pour accueillir les diplomates etc. Nous nous y rendons avec une grosse trentaine de nos gaillards, et je me demande quel accueil nous réservera la haute société du coin. Je ne m’étais pas trompé, dans le restaurant de l’hôtel, aménagé sommairement en chapelle pour l’occasion, trônent fièrement les notables de la ville, plein d’eux-mêmes et de dédain pour les jeunes qui entrent en troupeau. Les regards assassins que leur jette une femme non loin de moi m’exaspèrent, d’autant que nous attendons la messe pendant… une heure ! Le prêtre était arrivé à 20h20, déjà vingt minutes de retard, et il est resté à faire des salamalecs à des gens plus riches que les autres, puisque plus en retard…
Messe assez triste, une chorale à hurler, le maître d’hôtel qui coure dans tous les sens pour poser des chaises… mais les gens chantent, participent, et prient.
Les enfants sortent de là surexcités par la fête qui les attends. Celle-ci dure jusqu’à 4h du matin pour moi, et cinq heures pour le pauvre Elie, qui garde un œil sur les derniers acharnés de la danse, et qui ne s’offusquent pas de passer les dix mêmes chansons depuis plus de 8 heures ! J’ai préféré m’éclipser discrètement, moi qui fut pourtant un danseur devant l’éternel avant mon entrée au séminaire. On déplorait mon absence dans toutes les soirées de France et de Navarre pendant au moins un an. Et j’ai réussi à faire le compte de mes soirées, je peux dire humblement, même si je vais passer pour un démon de la nuit, que j’ai fait…4 soirées dans ma vie, sans compter les nouvel ans (ce qui porterait le compte à 7) et les mariages…
Donc, quatre heures du matin, c’est évidement se coucher de bonne heure pour moi…
Bref, les enfants étaient contents, d’autant qu’un généreux donateur espagnol avait fait don de 1000€ pour leur donner à chacun un cadeau, ce qui fut fait grâce à l’industrie chinoise du jouet… Trois jours plus tard, j’étais agréablement surpris de constater qu’il restait encore 2 roues sur quelques voitures, d’autres avaient été customisées dès la nuit de Noël, elles roulaient nettement moins bien mais pouvaient être tirées sans problème par une ficelle.
Ce qui est vraiment beau, c’est la simplicité de la joie de la plupart, qui étaient heureux d’avoir une petite voiture de police, et qui se sont aussitôt organisé un circuit avec les bancs pour faire la course. Evidement quelques pleurs et grincements de dents, puisque tous n’avaient pas les mêmes cadeaux, et que certains eurent des animaux en plastiques, qui firent triste mine sur le circuit pour la course avec les voitures. Cela m’a mené à une question, de l’éléphant et du rinocéros, le quel est le plus fort ? Parce que le rinhocéros est quand même vachement fort non ? (si quelqu'un à une réponse argumentée à proposer, reportez-vous aux commentaires, interdiction de signer Simon Jéremy (que ceux qui ont une culture cinématographique plus grande que celle d’un céphalopode lobotomisé comprennent)).
26 décembre
Une bonne nuit plus tard, nous prenons une journée de rangement avec les enfants, ce fichu harmattan ayant fini par me donner le rhume du siècle. Parlons de ce mystérieux harmattan. On dirait le nom d’un méchant dans un comics espagnol, mais c’est le mitral local, un vent sec et frais qui souffle en permanence pendant plusieurs mois ici. Il dessèche la peau, gerce les lèvres, donne le rhume, fait tomber en panne les voitures à cause de la poussière qu’il véhicule, il fait tomber les cheveux, perdre les dents, tousser, cracher, expectorer et certains prétendent que c’est à cause de lui qu’Eve a croqué la pomme, mais c’est une autre histoire…
27 décembre
Le surlendemain de Noël, toute la communauté prend une demi-journée de recollection, sur une montagne alentour, portant le nom de Thabor. Tiens ! J’ai déjà entendu ce nom-là quelque part. Pour la petite histoire, c’est le nom de cette montagne qui donna l’expression « monter à bord » d’un bateau, puisqu’un jour que des gens se promenaient sur le lac de Tibériade, dans un bateau vert et blanc, d’une élégance rare, et plus fort que l’ébène, pour les trop mauvais temps (merci Diane Tell – décidément je pète un câble moi… c’est encore l’harmattan), et quelqu’un se présente sur la rive, faisant signe au bateau. Les plaisanciers voient l’homme et croient qu’il demande quel est le nom de la montagne qui se situe dans le coin, et lui répondent « le mont Thabor ». Le gars répond « merci mais vous êtes trop loin ! ».
Ce quiproquo incompréhensible est néanmoins instructif autant que peu connu, je l’ai moi-même découvert ce matin seulement. (Je vais prendre mes pilules maintenant)
Toujours est-il que nous nous retrouvons, après avoir suivi une route sinueuse passant au milieu de tout petits villages, dans un cadre splendide, un petit centre de retraite, aménagé par un missionnaire alsacien, mais qui parle bien français. Nous dominons toute une grande vallée, qui commence à jaunir, en ce début de la saison sèche. Les baobabs laissent pendre leurs gros fruits, les palmiers dansent dans le vent et toute l’atmosphère est chargée de la poussière amenée par le vent, et qui donne à tout le paysage une impression de brouillard hivernal.
Le P. Raphaël nous exhorte sur le thème de l’abandon, avec beaucoup de sincérité, le pauvre sera déçu quand le supérieur lui dira ensuite à table « il n’y a rien de plus frustrant que de prêcher devant les salésiens, parce qu’ils ne t’écoutent absolument jamais »…
Nous rentrons ensuite à Kara, Elie et moi pour retrouver nos chenapans, et les pères leurs activités. Comme chaque soir, nous nous retrouvons à 19h pour les vêpres suivies du dîner, qui nous laisse libres à 20h30 pour dormir tôt afin de se lever pour la prière qui est à…5h15 du matin !!!!!!! MAIS POURQUOI SI TÔT ???????????!!!!!!!!!!!!!!!!!!
Débuts...
Débuts à Kara
Me voilà dans le bain dès le samedi. Le foyer pour les enfants à risque se compose en fait de trois maisons. Il y a le foyer Jean-Paul II, pour sept enfants pour le moment, qui sont en premier accueil, ce sont de plus jeunes enfants, tout juste sortis de la rue ou certains qui ont été régressés du grand foyer, pour mauvais comportement. Le foyer Jean-Paul II a pour but de donner envie aux enfants de vite changer, perdre leurs habitudes belliqueuses, laisser tout à fait le marché, pour aller au foyer Immaculé, foyer d’accueil et de réinsertion. Justement, ce foyer, le plus grand, où je passe le plus clair de mon temps, accueille environ soixante gamins, de 9 à 20 ans. Ils sont organisés en petits, moyens et grands. Tous sont scolarisés dans des institutions alentours, et ils reçoivent là la structure familiale éducative qu’ils n’ont pas eue en famille. C’est un ensemble de 4 bâtiments, autour de deux cours et d’un terrain de foot, le tout faisant à peu près la taille d’une école primaire moyenne, avec la même ambiance sonore, moins le cri des filles…Celles-ci sont accueillies dans le foyer Ignace. Elles sont une dizaine, de 8 à 17 ans, avec une vielle maman qui se charge de leur encadrement et de donner cours à celles qui ne sont pas encore re-scolarisées. Chez les filles, l’ambiance est plus calme, parfois plus lourde que chez les garçons, ce sont de petits bouts de femmes qui ont pour la plupart déjà enduré assez de souffrances pour toute leur vie.
Alors premier contact avec le foyer immaculé surtout. J’arrive dans ce lieu en me demandant vraiment à quelle sauce je vais être mangé, mais je suis tout de suite surpris par le travail fait par Elie. Les enfants l’aiment, ont confiance en lui, et sont heureux. Dès les premiers instants dans cette maison, je suis rassuré, je serai heureux ici.
Evidemment, les gamins me regardent un peu de travers au début, se demandant qui est ce blanc, barbu (hihi ça c’est pour faire hurler môman…) qui débarque d’on ne sait où. En effet, Elie n’a prévenu que les éducateurs de mon arrivée. Ceux-ci m’accueillent chaleureusement et Bertin me fait faire le tour de la maison immédiatement. Je vois tous ces visages d’enfants qui rient courent et jouent et je me demande où sont les enfants terribles contre lesquels on m’avait mis en garde au Cameroun avant mon départ…
L’après-midi, parlons le même langage pour faire connaissance, foot ! Je me lance fièrement pieds nus avec les enfants dans le sable plein de cailloux, en me disant que ce n’est pas à un vieux scout qu’on apprends à virer ses godasses, mais je déchante rapidement, ils ont des semelles de corne aux pieds, à force de vivre pieds nus et ils ne sentent pas la morsure des caillasses. Je m’apprête à laisser tomber au bout d’un quart d’heure quand la première bagarre commence. Deux gamins s’insultent en kabiyé, et se balancent de tartes avec une belle énergie. Bien sûr, je suis tombé sur deux coriaces, qui refusent de me répondre en français pour que je comprenne de quoi il retourne. L’un d’eux, qui subit plus qu’il ne donne les coups est particulièrement agité. J’entreprends de le sortir du terrain pour le raisonner, mais il se débat comme un beau diable et ne veut pas m’écouter. Et là, mon pif à un coup de génie, il se met à saigner. La vue du sang stupéfie tous les enfants qui sont persuadés que je me suis pris un coup, alors que c’est juste le soleil et l’harmattan (j’y reviendrai), qui me font couler le raisiné. Je vais rapidement me nettoyer, ce qui me permet d’avertir Elie de l’histoire. En deux coups de cul hier à Pot, l’affaire est réglée et les gladiateurs au lit après une douche. Elie m’apprend ensuite que l’un d’eux, est légèrement diminué mentalement et subit sans cesse les quolibets de ses camarades, ce qui donne lieu à des débordements ponctuels…
Bon, première journée concluante, je bois un coup d’eau avec les enfants en me disant que je suis un vrai africain maintenant (surtout qu’il n’y pas d’eau minérale et que je vais creuver de soif sous peu). Et voilà comment se flinguer une nuit et une journée ! Nul besoin d’huile de ricin, l’eau d’ici marche tout aussi bien…
Me voilà dans le bain dès le samedi. Le foyer pour les enfants à risque se compose en fait de trois maisons. Il y a le foyer Jean-Paul II, pour sept enfants pour le moment, qui sont en premier accueil, ce sont de plus jeunes enfants, tout juste sortis de la rue ou certains qui ont été régressés du grand foyer, pour mauvais comportement. Le foyer Jean-Paul II a pour but de donner envie aux enfants de vite changer, perdre leurs habitudes belliqueuses, laisser tout à fait le marché, pour aller au foyer Immaculé, foyer d’accueil et de réinsertion. Justement, ce foyer, le plus grand, où je passe le plus clair de mon temps, accueille environ soixante gamins, de 9 à 20 ans. Ils sont organisés en petits, moyens et grands. Tous sont scolarisés dans des institutions alentours, et ils reçoivent là la structure familiale éducative qu’ils n’ont pas eue en famille. C’est un ensemble de 4 bâtiments, autour de deux cours et d’un terrain de foot, le tout faisant à peu près la taille d’une école primaire moyenne, avec la même ambiance sonore, moins le cri des filles…Celles-ci sont accueillies dans le foyer Ignace. Elles sont une dizaine, de 8 à 17 ans, avec une vielle maman qui se charge de leur encadrement et de donner cours à celles qui ne sont pas encore re-scolarisées. Chez les filles, l’ambiance est plus calme, parfois plus lourde que chez les garçons, ce sont de petits bouts de femmes qui ont pour la plupart déjà enduré assez de souffrances pour toute leur vie.
Alors premier contact avec le foyer immaculé surtout. J’arrive dans ce lieu en me demandant vraiment à quelle sauce je vais être mangé, mais je suis tout de suite surpris par le travail fait par Elie. Les enfants l’aiment, ont confiance en lui, et sont heureux. Dès les premiers instants dans cette maison, je suis rassuré, je serai heureux ici.
Evidemment, les gamins me regardent un peu de travers au début, se demandant qui est ce blanc, barbu (hihi ça c’est pour faire hurler môman…) qui débarque d’on ne sait où. En effet, Elie n’a prévenu que les éducateurs de mon arrivée. Ceux-ci m’accueillent chaleureusement et Bertin me fait faire le tour de la maison immédiatement. Je vois tous ces visages d’enfants qui rient courent et jouent et je me demande où sont les enfants terribles contre lesquels on m’avait mis en garde au Cameroun avant mon départ…
L’après-midi, parlons le même langage pour faire connaissance, foot ! Je me lance fièrement pieds nus avec les enfants dans le sable plein de cailloux, en me disant que ce n’est pas à un vieux scout qu’on apprends à virer ses godasses, mais je déchante rapidement, ils ont des semelles de corne aux pieds, à force de vivre pieds nus et ils ne sentent pas la morsure des caillasses. Je m’apprête à laisser tomber au bout d’un quart d’heure quand la première bagarre commence. Deux gamins s’insultent en kabiyé, et se balancent de tartes avec une belle énergie. Bien sûr, je suis tombé sur deux coriaces, qui refusent de me répondre en français pour que je comprenne de quoi il retourne. L’un d’eux, qui subit plus qu’il ne donne les coups est particulièrement agité. J’entreprends de le sortir du terrain pour le raisonner, mais il se débat comme un beau diable et ne veut pas m’écouter. Et là, mon pif à un coup de génie, il se met à saigner. La vue du sang stupéfie tous les enfants qui sont persuadés que je me suis pris un coup, alors que c’est juste le soleil et l’harmattan (j’y reviendrai), qui me font couler le raisiné. Je vais rapidement me nettoyer, ce qui me permet d’avertir Elie de l’histoire. En deux coups de cul hier à Pot, l’affaire est réglée et les gladiateurs au lit après une douche. Elie m’apprend ensuite que l’un d’eux, est légèrement diminué mentalement et subit sans cesse les quolibets de ses camarades, ce qui donne lieu à des débordements ponctuels…
Bon, première journée concluante, je bois un coup d’eau avec les enfants en me disant que je suis un vrai africain maintenant (surtout qu’il n’y pas d’eau minérale et que je vais creuver de soif sous peu). Et voilà comment se flinguer une nuit et une journée ! Nul besoin d’huile de ricin, l’eau d’ici marche tout aussi bien…
Arrivée à Kara
Mercredi 19 décembre
Arrivée à Kara
Départ de Lomé à 7h, un voyage de 6h de car, a travers des paysages désolés mais superbes de savane, de plantations de papayers et de manguiers, et j’arrive enfin à Kara. Un mototaxi me conduit (avec mes deux gros sacs et mon ordinateur…) jusqu’à la mission, distante de trois kilomètres de la ville proprement dite.
Ce qui me frappe immédiatement, c’est l’architecture peu commune des bâtiments du centre. Ils sont tous construits pour imiter l’architecture locale, le toit en dôme. J’ai l’impression de voir des maisons du proche orient ou encore ces villas de la Côte d’Azur, délires d’architectes pour de délirants fortunés, dans les années 70-80.
Le centre Don Bosco s’étend sur une quinzaine d’hectares, en plusieurs bâtiments que je n’ai pas encore tous situés et visités. Il y a un centre professionnel, un centre de promotion féminine, un internat pour soixante-dix pauvres gamins, la communauté proprement dite, et deux bâtiments pour les hôtes, celui pour les « hôtes de marque » où j’ai l’honneur d’avoir ma chambre (puisqu’il n’y a pas assez de place dans la communauté) et un autre bâtiment, pour les hôtes « indésirables » et pour le provincial, aux dires du supérieur. En effet, ce bâtiments furent construits par le provincial alors supérieur, voilà quelques années, et il a été tellement mal orienté qu’il y règne une chaleur insupportable. Le seul avantage étant l’absence des souris, qui y crèvent la gueule ouverte… Le provincial y a naturellement sa chambre pour profiter des luxueuses installations dont il est fautif… ainsi que les hôtes indésirables, qui à coup sûr n’y reviendront plus ! Le tout évidemment dit avec l’humour du P. José-Luis.
Justement, quelques mots sur la communauté. Tout d’abord, je peux dire qu’elle est très accueillante et chaleureuse, comme on peut s’y attendre au vu de sa composition espagnole, peuple qui n’est pas réputé pour sa froideur…
Elle compte 4 prêtres, un frère, un stagiaire salésien, et moi-même. Les prêtres sont (en ordre d’apparition) : le père Rafael, qui est Catalan, c’est-à-dire aussi peu espagnol qu’un corse est français, et c’est dire…, il est économe de la maison. C’est un grand bonhomme dégingandé qui porte sur son allure la marque de sa personnalité affable et maladroit. Ensuite vient le P. José-Luis, espagnol, directeur du centre et de la communauté. Il ressemble un peu Gérard Melki, en barbu grisonnant. C’est un très sympathique et dynamique bonhomme, visiblement plein d’humour et de piété. Puis vient le P. Trésor, Togolais, aumônier et responsable de l’internat. Il est très doux et presque effacé, devant les personnalités fortes de ses confrères, mais il semble être à sa place, tranquille présence. Enfin le P. Paco, espagnol également, curé de la paroisse (située en ville ainsi que le foyer des jeunes de la rue où je travaillerai). Il est le doyen de la communauté et semble taillé pour ce rôle : un visage bon et doux d’homme âgé et sage, il ressemble légèrement au pape, avec ses cheveux blancs, son sourire et la soutane blanche qu’il porte de temps en temps.
Voilà pour les prêtres, ensuite vient le frère Pépé, espagnol également, je ne sais pas si Pépé est son prénom ou un diminutif, mais je n’ai pas osé le demander sur le coup, craignant la boulette… Il est aumônier du centre professionnel. Il a postulé pour figurer dans Blanche-Neige pour jouer le rôle de grincheux, mais finalement Walt Disney a décidé d’en faire un dessin animé… il est en effet tout petit et barbu, avec une tendance à être bourru, mais très sympathique aussi, sinon je ne vois pas ce qu’il ferait dans cette communauté ! Enfin il y a Elie, stagiaire salésien, c’est-à-dire qu’il fait à peu près comme moi, deux ans entre la philosophie et la théologie. Il est Togolais et est responsable du foyer des enfants de la rue. C’est donc avec lui que je travaillerai la plupart du temps.
Après m’être restauré, le P. José-Luis me parle un peu de la mission auprès des enfants « à risque », qui sont en fait des prédélinquants et des orphelins, récupérés dans tous les sens du terme. Il me prévient de la difficulté de la mission à plusieurs titres, l’évidente complexité des rapports avec de tels gamins, la fatigue due à la présence permanente, de jour comme parfois de nuit, et le sentiment de ne rien faire alors qu’on fait tout. En fait, le cœur de cette mission est d’être là, d’être l’adulte réconfortant de par sa seule présence, ce qui fait que l’activité n’est pas évidemment visible tous les jours.
Le soir, après avoir diné, nous re-mangeons avec les jeunes internes qui fêtent leur départ en vacances de demain. Ils ont pour l’occasion préparé une ENORME plâtrée de pâtes à la tomate et aux piments, et un banc entier de poissons. Qu’on ne se méprenne pas cependant sur leur régime. Ces pauvres gosses payent une misère pour avoir le gîte et l’enseignement ici, et par souci d’économie ils doivent se débrouiller pour leur nourriture. Certains travaillent, d’autres font toutes les deux semaines les quinze kilomètres à pied pour rejoindre leur village et rapporter un peu de farine de manioc ou d’igname qu’ils partageront avec les autres. Ce système peut paraître très rude, mais c’est le seul qui permette aux parents de s’acquitter des frais d’inscription pour leur enfant, dans cette région terriblement pauvre. Ce diner était donc un véritable festin pour eux auquel ils ont participé à hauteur de 100CFA, soit 15 centimes d’euro, mais sacrifice pour certains…
Demain, le père José-Luis m’a conseillé de me reposer avant de me lancer dans les activités dès samedi, en compagnie d’Élie.
Arrivée à Kara
Départ de Lomé à 7h, un voyage de 6h de car, a travers des paysages désolés mais superbes de savane, de plantations de papayers et de manguiers, et j’arrive enfin à Kara. Un mototaxi me conduit (avec mes deux gros sacs et mon ordinateur…) jusqu’à la mission, distante de trois kilomètres de la ville proprement dite.
Ce qui me frappe immédiatement, c’est l’architecture peu commune des bâtiments du centre. Ils sont tous construits pour imiter l’architecture locale, le toit en dôme. J’ai l’impression de voir des maisons du proche orient ou encore ces villas de la Côte d’Azur, délires d’architectes pour de délirants fortunés, dans les années 70-80.
Le centre Don Bosco s’étend sur une quinzaine d’hectares, en plusieurs bâtiments que je n’ai pas encore tous situés et visités. Il y a un centre professionnel, un centre de promotion féminine, un internat pour soixante-dix pauvres gamins, la communauté proprement dite, et deux bâtiments pour les hôtes, celui pour les « hôtes de marque » où j’ai l’honneur d’avoir ma chambre (puisqu’il n’y a pas assez de place dans la communauté) et un autre bâtiment, pour les hôtes « indésirables » et pour le provincial, aux dires du supérieur. En effet, ce bâtiments furent construits par le provincial alors supérieur, voilà quelques années, et il a été tellement mal orienté qu’il y règne une chaleur insupportable. Le seul avantage étant l’absence des souris, qui y crèvent la gueule ouverte… Le provincial y a naturellement sa chambre pour profiter des luxueuses installations dont il est fautif… ainsi que les hôtes indésirables, qui à coup sûr n’y reviendront plus ! Le tout évidemment dit avec l’humour du P. José-Luis.
Justement, quelques mots sur la communauté. Tout d’abord, je peux dire qu’elle est très accueillante et chaleureuse, comme on peut s’y attendre au vu de sa composition espagnole, peuple qui n’est pas réputé pour sa froideur…
Elle compte 4 prêtres, un frère, un stagiaire salésien, et moi-même. Les prêtres sont (en ordre d’apparition) : le père Rafael, qui est Catalan, c’est-à-dire aussi peu espagnol qu’un corse est français, et c’est dire…, il est économe de la maison. C’est un grand bonhomme dégingandé qui porte sur son allure la marque de sa personnalité affable et maladroit. Ensuite vient le P. José-Luis, espagnol, directeur du centre et de la communauté. Il ressemble un peu Gérard Melki, en barbu grisonnant. C’est un très sympathique et dynamique bonhomme, visiblement plein d’humour et de piété. Puis vient le P. Trésor, Togolais, aumônier et responsable de l’internat. Il est très doux et presque effacé, devant les personnalités fortes de ses confrères, mais il semble être à sa place, tranquille présence. Enfin le P. Paco, espagnol également, curé de la paroisse (située en ville ainsi que le foyer des jeunes de la rue où je travaillerai). Il est le doyen de la communauté et semble taillé pour ce rôle : un visage bon et doux d’homme âgé et sage, il ressemble légèrement au pape, avec ses cheveux blancs, son sourire et la soutane blanche qu’il porte de temps en temps.
Voilà pour les prêtres, ensuite vient le frère Pépé, espagnol également, je ne sais pas si Pépé est son prénom ou un diminutif, mais je n’ai pas osé le demander sur le coup, craignant la boulette… Il est aumônier du centre professionnel. Il a postulé pour figurer dans Blanche-Neige pour jouer le rôle de grincheux, mais finalement Walt Disney a décidé d’en faire un dessin animé… il est en effet tout petit et barbu, avec une tendance à être bourru, mais très sympathique aussi, sinon je ne vois pas ce qu’il ferait dans cette communauté ! Enfin il y a Elie, stagiaire salésien, c’est-à-dire qu’il fait à peu près comme moi, deux ans entre la philosophie et la théologie. Il est Togolais et est responsable du foyer des enfants de la rue. C’est donc avec lui que je travaillerai la plupart du temps.
Après m’être restauré, le P. José-Luis me parle un peu de la mission auprès des enfants « à risque », qui sont en fait des prédélinquants et des orphelins, récupérés dans tous les sens du terme. Il me prévient de la difficulté de la mission à plusieurs titres, l’évidente complexité des rapports avec de tels gamins, la fatigue due à la présence permanente, de jour comme parfois de nuit, et le sentiment de ne rien faire alors qu’on fait tout. En fait, le cœur de cette mission est d’être là, d’être l’adulte réconfortant de par sa seule présence, ce qui fait que l’activité n’est pas évidemment visible tous les jours.
Le soir, après avoir diné, nous re-mangeons avec les jeunes internes qui fêtent leur départ en vacances de demain. Ils ont pour l’occasion préparé une ENORME plâtrée de pâtes à la tomate et aux piments, et un banc entier de poissons. Qu’on ne se méprenne pas cependant sur leur régime. Ces pauvres gosses payent une misère pour avoir le gîte et l’enseignement ici, et par souci d’économie ils doivent se débrouiller pour leur nourriture. Certains travaillent, d’autres font toutes les deux semaines les quinze kilomètres à pied pour rejoindre leur village et rapporter un peu de farine de manioc ou d’igname qu’ils partageront avec les autres. Ce système peut paraître très rude, mais c’est le seul qui permette aux parents de s’acquitter des frais d’inscription pour leur enfant, dans cette région terriblement pauvre. Ce diner était donc un véritable festin pour eux auquel ils ont participé à hauteur de 100CFA, soit 15 centimes d’euro, mais sacrifice pour certains…
Demain, le père José-Luis m’a conseillé de me reposer avant de me lancer dans les activités dès samedi, en compagnie d’Élie.
Me revoilà
Ca y est, je peux enfin venir sur Internet. Je mets en ligne quelques vieux messages et je me mettrai à jour un peu plus tard.
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